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Journal Officiel de la Commune de Paris (1871)

Lundi 20 Mars 1871

SOMMAIRE
PARTIE OFFICIELLE. — Fédération républicaine. — Au peuple. — Elections municipales. — Aux citoyens de Paris. — A la garde nationale. — Le comité central de la garde nationale. — Successions en déshérence.

PARTIE NON OFFICIELLE. — Aux départements. — A la presse. — Levée de l’état de siège. — Occupation des ministères. — A l’opinion publique. — Réunion des maires. — Nouvelles étrangères. — Mottu, Picard et Vinoy. — Question des loyers. — Mort de Charles Hugo.
Le Royaume-Uni de Suède et de Norvège, par M. Merinos.

PARTIE OFFICIELLE

Paris, le 19 Mars 1871.

FEDERATION REPUBLICAINE
de la
GARDE NATIONALE
ORGANE DU COMITE CENTRAL

Si le comité central de la garde nationale était un gouvernement, il pourrait, pour la dignité de ses électeurs, dédaigner de se justifier. Mais comme sa première affirmation a été de déclarer « qu’il ne prétendait pas prendre la place de ceux que le souffle populaire avait renversés », tenant à simple honnêteté de rester exactement dans la limite expresse du mandat qui lui a été confié, il demeure un composé de personnalités qui ont le droit de se défendre.
Enfant de la République qui écrit sur sa devise le grand mot de : Fraternité, il pardonne à ses détracteurs ; mais il veut persuader les honnêtes gens qui ont accepté la calomnie par ignorance.
Il n’a pas été occulté : ses membres ont mis leurs noms à toutes ses affiches. Si ces noms étaient obscurs, ils n’ont pas fui la responsabilité, — et elle était grande.
Il n’a pas été inconnu, car il était issu de la libre expression des suffrages de deux cent quinze bataillons de la garde nationale.
Il n’a pas été fauteur de désordres, car la garde nationale, qui lui a fait l’honneur d’accepter se direction, n’a commis ni excès ni représailles, et s’est montrée imposante et forte par la sagesse et la modération de sa conduite.
Et pourtant, les provocations n’ont pas manqué ; et pourtant, le Gouvernement n’a cessé, par les moyens les plus honteux, de tenter l’essai du plus épouvantable des crimes : la guerre civile.
Il a calomnié Paris et ameuté contre lui la province.
Il a amené contre nous nos frères de l’armée qu’il a fait mourir de froid sur nos places, tandis que leurs foyers les attendaient.
Il a voulu vous imposer un général en chef.
Il a, par des tentatives nocturnes, tenté de nous désarmer de nos canons, après avoir été empêché par nous de les livrer aux Prussiens.
Il a enfin, avec le concours de ses complices effarés de Bordeaux, dit à Paris : « Tu viens de te montrer héroïque ; or, nous avons peur de toi, donc nous t’arrachons ta couronne de capitale. »
Qu’a fait le comité central pour répondre à ces attaques ? Il a fondé la Fédération ; il a prêché la modération — disons le mot — la générosité ; au moment où l’attaque armée commençait, il disait à tous : « Jamais d’agression, et ne ripostez qu’à la dernière extrémité ! »
Il a appelé à lui toutes les intelligences, toutes les capacités ; il a demandé le concours du corps d’officiers ; il a ouvert sa porte chaque fois que l’on y frappait au nom de la République.
De quel côté étaient donc le droit et la justice ? De quel côté était la mauvaise foi ?
Cette histoire est trop courte et trop près de nous, pour que chacun ne l’ait pas encore à la mémoire. Si nous l’écrivons à la veille du jour où nous allons nous retirer, c’est, nous le répétons, pour les honnêtes gens qui ont accepté légèrement des calomnies dignes seulement de ceux qui les avaient lancées.
Un des plus grands sujets de colère de ces derniers contre nous est l’obscurité de nos noms. Hélas ! bien des noms étaient connus, très connus, et cette notoriété nous a été fatale !…
Voulez-vous connaître un des derniers moyens qu’ils ont employés contre nous ? Ils refusent le pain aux troupes qui ont mieux aimé se laisser désarmer que de tirer sur le peuple. Et ils nous appellent assassins, eux qui punissent le refus d’assassinat par la faim !
D’abord, nous le disons avec indignation : la boue sanglante dont on essaye de flétrir notre honneur est une ignoble infamie. Jamais un arrêt d’exécution n’a été signé par nous ; jamais la garde nationale n’a pris part à l’exécution d’un crime.
Quel intérêt y aurait-elle ? Quel intérêt y aurions-nous ?
C’est aussi absurde qu’infâme.
Au surplus, il est presque honteux de nous défendre. Notre conduite montre, en définitive, ce que nous sommes. Avons-nous brigué des traitements ou des honneurs ? Si nous sommes inconnus, ayant pu obtenir, comme nous l’avons fait, la confiance de 215 bataillons, n’est-ce pas parce que nous avons dédaigné de nous faire une propagande ? La notoriété s’obtient à bon marché : quelques phrases creuses ou un peu de lâcheté suffit ; un passé tout récent l’a prouvé.
Nous, chargés d’un mandat qui faisait peser sur nos têtes une terrible responsabilité, nous l’avons accompli sans hésitation, sans peur, et dès que nous voici arrivés au but, nous disons au peuple qui nous a assez estimés pour écouter nos avis, qui ont souvent froissé son impatience : « Voici le mandat que tu nous as confié : là où notre intérêt personnel commencerait, notre devoir finit ; fais ta volonté. Mon maître, tu t’es fait libre. Obscurs il y a quelques jours, nous allons rentrer obscurs dans tes rangs, et montrer aux gouvernants que l’on peut descendre, la tête haute, les marches de ton Hôtel-de-Ville ; avec la certitude de trouver au bas l’étreinte de ta loyale et robuste main. »
Les membres du Comité central :
ANT. ARNAUD, ASSI, BILLIORAY, PERRAT, BABICK, ED. MOREAU, C. DUPONT, VARLIN, BOURSIER, MORTIER, GOUHIER, LAVALETTE, FR. JOURDE, CH. LULLIER, HENRY FORTUNE, G. ARNOLD, VIARD, BLANCHET, POUGERET, BOUIT.


AU PEUPLE,

Citoyens,
Le peuple de Paris a secoué le joug qu’on essayait de lui imposer.
Calme, impassible dans sa force, il a attendu, sans crainte comme sans provocation, les fous éhontés qui voulaient toucher la République.
Cette fois, nos frères de l’armée n’ont pas voulu porter la main sur l’arche sainte de nos libertés. Merci à tous, et que Paris et la France jettent ensemble les bases d’une République acclamée avec toutes ses conséquences, le seul Gouvernement qui fermera pour toujours l’ère des invasions et des guerres civiles.
L’état de siège est levé.
Le peuple Paris (sic) est convoqué dans ses sections pour faire ses élections communales.
La sûreté de tous les citoyens est assurée par le concours de la garde nationale.
Hôtel-de-Ville, ce 19 mars 1871.
Le Comité central de la garde nationale,
ASSI, BILLIORAY, FERRAT, BABICK, EDOUARD MOREAU, C. DUPONT, VARLIN, BOURSIER, MORTIER, GOUHIER, LAVALETTE, FR. JOURDE, ROUSSEAU, CH. LULLIER, BLANCHET, J. GROLLARD, BARROUD, H. GERESME, FABRE, POUGERET.


Le Comité central de la garde nationale,
Considérant :
Qu’il y a urgence de constituer immédiatement l’administration communale de la ville de Paris,
ARRETE :
1° Les élections du conseil communal de la ville de Paris auront lieu mercredi prochain, 22 mars.
2° Le vote se fera au scrutin de liste et par arrondissement.
Chaque arrondissement nommera un conseiller par chaque vingt mille habitants ou fraction excédante de plus de dix mille.
3° Le scrutin sera ouvert de 8 heures du matin à 6 heures du soir. Le dépouillement aura lieu immédiatement.
4° Les municipalités des vingt arrondissements sont chargées, chacune en ce qui la concerne, de l’exécution du présent arrêté.
Un avis ultérieur indiquera le nombre de conseillers à élire par arrondissement.
Hôtel-de-Ville, ce 19 mars 1871.
Le Comité central de la garde nationale,
ASSI, BILLIORAY, FERRAT, BABICK, EDOUARD MOREAU, C. DUPONT, VARLIN, BOURSIER, MORTIER, GOUHIER, LAVALETTE, FR. JOURDE, ROUSSEAU, CH. LULLIER, BLANCHET, J. GROLLARD, BARROUD, H. GERESME, FABRE, POUGERET.


CITOYENS DE PARIS,
Dans trois jours vous serez appelés, en toute liberté, à nommer la municipalité parisienne. Alors, ceux qui, par nécessité urgente, occupent le pouvoir déposeront leurs titres provisoires entre les mains des élus du peuple.
Il y a en outre une décision importante que nous devons prendre immédiatement : c’est celle relative au traité de paix.
Nous déclarons, dès à présent, être fermement décidés à faire respecter ces préliminaires, afin d’arriver à sauvegarder à la fois le salut de la France républicaine et de la paix générale.
Le délégué du Gouvernement au ministère de l’intérieur,
V. GRELIER.


AUX GARDES NATIONAUX DE PARIS

Citoyens,
Vous nous aviez chargés d’organiser la défense de Paris et de vos droits.
Nous avons conscience d’avoir accompli cette mission : aidés par votre généreux courage et votre admirable sang-froid, nous avons chassé ce gouvernement qui nous trahissait.
A ce moment, notre mandat est expiré, et nous vous le rapportons, car nous ne prétendons pas prendre la place de ceux que le souffle populaire vient de renverser.
Préparez donc et faites de suite vos élections communales, et donnez-nous pour récompense, la seule que nous ayons jamais espérée : celle de vous voir établir la véritable République.
En attendant, nous conservons, au nom du peuple, l’Hôtel-de-Ville.
Hôtel-de-Ville, 19 mars 1871.
Le Comité central de la garde nationale,
ASSI, BILLIORAY, FERRAT, BABICK, EDOUARD MOREAU, C. DUPONT, VARLIN, BOURSIER, MORTIER, GOUHIER, LAVALETTE, FR. JOURDE, ROUSSEAU, CH. LULLIER, BLANCHET, J. GROLLARD, BARROUD, H. GERESME, FABRE, POUGERET.


Comité central de la garde nationale.
Les habitants limitrophes des grandes voies de communication servant au transport des vivres pour l’alimentation de Paris sont invités à disposer leurs barricades de manière à laisser la libre circulation des voitures.
Paris, ce 19 mars 1871.


MINISTÈRE DE LA JUSTICE
Successions en déshérence.

Par jugement en date du 26 juillet 1870, le tribunal de première instance de Privas (Ardèche) a, sur la requête de l’administration des domaines, ordonné les publications et affiches prescrites par l’article 770 du Code civil, préalablement à l’envoi en possession de la succession du sieur Flandrin (André), enfant naturel, décédé à l’hôpital de Lyon le 30 juillet 1831.
Par jugement en date du 2 août 1870, le tribunal de première instance d’Autun (Saône-et-Loire) a, sur la requête de l’administration des domaines, ordonné les publications et affiches prescrites par l’article 770 du Code civil, préalablement à l’envoi en possession de la succession du sieur Robelin (Jean), fils naturel non reconnu d’Emilie-Françoise Robelin, décédé à Périgny, canton d’Issigny-l’Evêque, le 5 août 1869.
Par jugement en date du 2 août 1870, le tribunal de première instance d’Alençon (Orne) a, sur la requête de l’administration des domaines, ordonné les publications et affiches prescrites par l’article 770 du Code civil, préalablement à l’envoi en possession de la succession de la dame Dufonteny (Monique-Claire), veuve Charpentier, décédée à Gasprée, le 3 novembre 1866.
Par jugement en date du 5 août 1870, le tribunal de première instance de Dunkerque (Nord) a, sur la requête de l’administration des domaines, ordonné les publications et affiches prescrites par l’article 770 du Code civil, préalablement à l’envoi en possession de la succession de la demoiselle Gierinck (Marie-Sophie), décédée à Bourbourg, le 28 juillet 1868.
Par jugement en date du 8 août 1870, le tribunal de première instance de Bourg (Ain) a, sur la requête de l’administration des domaines, ordonné les publications et affiches prescrites par l’article 770 du Code civil, préalablement à l’envoi en possession de la succession de la demoiselle Vannier (Marie-Louise-Adélaïde), décédée à Coligny (Ain), le 1er mars 1869.
Par jugement en date du 5 août 1870, le tribunal de première instance de Gex (Ain) a, sur la requête de l’administration des domaines, ordonné les publications et affiches prescrites par l’article 770 du Code civil, préalablement à l’envoi en possession de la succession du sieur Jeannet (Etienne), ex-militaire, domicilié à Collonges (Ain).
Par jugement en date du 11 août 1870, le tribunal de première instance de Trévoux (Ain) a, sur la requête de l’administration des domaines, ordonné les publications et affiches prescrites par l’article 770 du Code civil, préalablement à l’envoi en possession de la succession de la demoiselle Flachon (Françoise), enfant de la charité, décédée le 24 septembre 1869, domestique chez M. Peyrat, fermier à Ambérieux en Dombes.
Par jugement en date du 27 juillet 1870, le tribunal de première instance de Grenoble (Isère) a, sur la requête de l’administration des domaines, ordonné les publications et affiches prescrites par l’article 770 du Code civil, préalablement à l’envoi en possession de la succession de la nommée Victoire, enfant trouvée, déposée à l’hospice de Grenoble, le 20 pluviôse an X, décédée audit lieu, le 20 novembre 1867.
Par jugement en date du 22 août 1870, le tribunal de première instance de Châteauroux (Indre) a, sur la requête de l’administration des domaines, ordonné les publications et affiches prescrites par l’article 770 du Code civil, préalablement à l’envoi en possession de la succession de la dame Gault (Marie-Constance), veuve de Joseph Benet ou Beynet, décédée à Châtillon (Indre), le 20 juillet 1870.
Par jugement en date du 2 août 1870, le tribunal de première instance d’Argentan (Orne) a, sur la requête de l’administration des domaines, ordonné les publications et affiches prescrites par l’article 770 du Code civil, préalablement à l’envoi en possession de la succession des personnes ci-après nommées :
Ricœur de Bavmont (Louis-Etienne) domicilié à Sées, décédé à Argentant, le 20 août 1820 ;
Ameline (Adélaïde-Félicité), veuve Renault, décédée à Argentan, le 20 novembre 1852 ;
Bazire (François-Paul), décédé au Sap, le 16 avril 1836 ;
Blot (Françoise-Joséphine), décédée célibataire à Gacé, le 3 février 1848 ;
Briant (Pierre-Jean), décédé à Broscrenoult, le 14 août 1843 ;
Buchet (Guillaume), décédé à Gacé, le 7 décembre 1832 ;
Montaudon (Emilie), veuve Ferret, décédée au Merlerault, le 24 juillet 1846 ;
Duhamel (Jean-François), décédé à Saint-Philibert-sur-Orne, le 21 juillet 1837 ;
Joigneau (Jacques), décédé à Echauffour, le 28 mai 1820 ;
Casseneur, veuve Deschamps (Jeanne-Françoise), décédée à Sevigny, le 19 novembre 1846 ;
Louise-Caroline, décédée célibataire à Chénédouit, le 9 juillet 1865.
Par jugement en date du 22 août 1870, le tribunal de première instance de la Seine a, sur la requête de l’administration des domaines, ordonné les publications et affiches prescrites par l’article 770 du Code civil, préalablement à l’envoi en possession de la succession des personnes ci-après nommées :
Mauge ou Mauzé (Jules-Baptiste-Gustave), ayant demeuré en dernier lieu rue du Luxembourg, 18 ;
Dengler (Jean-Michel), domestique, ayant demeuré en dernier lieu à Saint-Mandé, Grande-Rue, 17 ;
Hanion (Jacques), limonadier, ayant demeuré rue Montmartre, 56 ;
Desjardins (Georges-Vincent) domestique, rue du Mont-Blanc, 22 ;
Sain de Mannerieux, (Charles-Maurice-Paul), ayant demeuré rue Joubert, 11 ;
Hamand, concierge, ayant demeuré rue Joubert, 35 ;
Victoire Féron, femme Hamand, concierge, rue Joubert, 35 ;
Lafond (Louis), ouvrier apprêteur, ayant demeuré rue Aumaire, 51, à Paris ;
Barnons (Constance), cuisinière, ayant demeuré rue Neuve-du-Luxembourg, 20.

PARTIE NON OFFICIELLE

Paris, le 19 mars 1871.


AUX DEPARTEMENTS.
Le peuple de Paris, après avoir donné, depuis le 4 septembre, une preuve incontestable et éclatante de son patriotisme et de son dévouement à la République ; après avoir supporté avec une résignation et un courage au-dessus de tout éloge les souffrances et les luttes d’un siège long et pénible, vient de se montrer de nouveau à la hauteur des circonstances présentes et des efforts indispensables que la patrie était en droit d’attendre de lui.
Par son attitude calme, imposante et forte, par son esprit d’ordre républicain, il a su rallier l’immense majorité de la garde nationale, s’attirer les sympathies et le concours actif de l’armée, maintenir la tranquillité publique, éviter l’effusion du sang, réorganiser les services publics, respecter les conventions internationales et les préliminaires de paix.
Ils espèrent que toute la presse reconnaîtra et constatera son esprit d’ordre républicain, son courage et son dévouement, et que les calomnies ridicules et odieuses répandues depuis quelques jours en province cesseront.
Les départements, éclairés et désabusés, rendront justice au peuple de la capitale, et ils comprendront que l’union de toute la nation est indispensable au salut commun.
Les grandes villes ont prouvé, lors des élections de 1869 et du plébiscite, qu’elles étaient animées du même esprit républicain que Paris, les nouvelles autorités républicaines espèrent donc qu’elles lui apporteront leurs concours sérieux et énergique dans les circonstances présentes et qu’elles les aideront à mener à bien l’œuvre de régénération et de salut qu’elles ont entreprise au milieu des plus grands périls.
Les campagnes seront jalouses d’imiter les villes, la France tout entière, après les désastres qu’elle vient d’éprouver, n’aura qu’un but : assurer le salut commun.
C’est là une grande tâche, digne du peuple tout entier, et il n’y faillira pas.
La province, en s’unissant à la capitale, prouvera à l’Europe et au monde que la France tout entière veut éviter toute division intestine, toute effusion de sang.
Les pouvoirs actuels sont essentiellement provisoires, et ils seront remplacé par un conseil communal qui sera élu mercredi prochain, 22 courant.
Que la province se hâte donc d’imiter l’exemple de la capitale en s’organisant d’une façon républicaine, et qu’elle se mette au plus tôt en rapport avec elle au moyen de délégués.
Le même esprit de concorde, d’union, d’amour républicain, nous inspirera tous. N’ayons qu’un espoir, qu’un but : le salut de la Patrie et le triomphe définitif de la République démocratique, une et indivisible.
Les délégués au JOURNAL OFFICIEL.


LA PRESSE.

Les autorités républicaines de la capitale veulent faire respecter la liberté de la presse, ainsi que toutes les autres ; elles espèrent que tous les journaux comprendront que le premier de leurs devoirs est le respect dû à la République, à la vérité, à la justice et au droit, qui sont placés sous la sauvegarde de tous.


Le Journal officiel de la République française donne le démenti le plus formel aux bruits alarmants et aux calomnies répandus à dessein, par une certaine presse, depuis trois jours. Il met la capitale et la province en garde contre ces manœuvres coupables, qui doivent cesser sous la République et qui deviendraient bientôt un véritable danger.


Le nouveau Gouvernement de la République vient de prendre possession de tous les ministères et de toutes les administrations.
Cette occupation, opérée par la garde nationale, impose de grands devoirs aux citoyens qui ont accepté cette tâche difficile.
L’armée, comprenant enfin la position qui lui était faite et les devoirs qui lui incombaient, a fusionné avec les habitants de la cité : troupes de ligne, mobiles et marins se sont unis pour l’œuvre commune.
Sachons donc profiter de cette union pour resserrer nos rangs, et, une fois pour toutes, asseoir la République sur des bases sérieuses et impérissables !
Que la garde nationale, unie à la ligne et à la mobile, continue son service avec courage et dévouement ;
Que les bataillons de marche, dont les cadres sont encore presque au complet, occupent les forts et toutes les positions avancées afin d’assurer la défense de la capitale.
Les municipalités des arrondissements, animés du même zèle et du même patriotisme que la garde nationale et l’armée, se sont unies à elles pour assurer le salut de la République et préparer les élections du conseil communal qui vont avoir lieu.
Point de divisions ! Unité parfaite et liberté pleine et entière !


CITOYENS,
La journée du 18 mars, que l’on cherche par raison et intérêt à travestir d’une manière odieuse, sera appelée dans l’histoire : la journée de la justice du peuple !
Le gouvernement déchu, — toujours maladroit, — a voulu provoquer un conflit sans s’être rendu compte ni de son impopularité, ni de la confraternité des différentes armes. — L’armée entière, commandée pour être fratricide, a répondu à cet ordre par le cri de : Vive la République ! Vive la garde nationale !
Seuls, deux hommes qui s’étaient rendus impopulaires par des actes que nous qualifions dès aujourd’hui d’iniques, ont été frappés dans un moment d’indignation populaire.
Le comité de la Fédération de la garde nationale, pour rendre hommage à la vérité, déclare qu’il est étranger à ces deux exécutions.
Aujourd’hui, les ministères sont constitués ; la préfecture de police fonctionne, les administrations reprennent leur activité, et nous invitons tous les citoyens à maintenir le calme et l’ordre le plus parfait.
CITOYENS,
Vous avez vu à l’œuvre la garde nationale ; l’union, établie au milieu de tant de difficultés par le comité de la Fédération de la garde nationale, a montré ce que nous aurions pu faire et ce que nous ferons dans l’avenir.


Une réunion des maires et adjoints et des députés de Paris, provoquée par le citoyen Tolain, a eu lieu à la mairie du deuxième arrondissement.
La gravité des événements donnait à cette réunion une importance extraordinaire. Après discussion, une délégation fut envoyée à M. Picard pour s’entendre avec lui sur les modifications à apporter dans le système gouvernemental.
Plusieurs propositions ont été faites, mais sans résultat, M. Picard ne pouvant, a-t-il dit, prendre aucune décision sans l’assentiment de ses collègues.
La délégation se rendit ensuite chez le général d’Aurelles de Paladines, qui déclara ne pouvoir apporter de remède à la situation, que, du reste, il n’avait pas créée.
Le général ajouta que le sort de la France était entre les mains des municipalités, et qu’il abandonnait toute initiative.
C’est à la suite de cet incident que le comité central de la garde nationale a pourvu aux besoins impérieux de la situation en organisant les services publics.


BERLIN, 18 mars. — La Gazette de l’Allemagne du Nord annonce que la convention négociée entre le ministre des finances de France et M. de Nostit-Walwitz, représentant de M. de Fabrice, convention qui modifiait les préliminaires de paix, a été modifiée par M. de Fabrice (Agence Havas-Bullier.)


On lit dans le Moniteur universel :
Le onzième arrondissement de Paris a été évacué par les troupes, à la suite d’une entrevue que le maire, M. Mottu, a eue avec le ministre de l’intérieur et le général Vinoy.
Nous empruntons au Rappel un récit de cet épisode de la journée du 18 mars, dont nous laissons à ce journal toute la responsabilité.
Hier matin, le citoyen Mottu, maire du onzième arrondissement, apprend qu’avant le jour son arrondissement vient d’être militairement occupé. La cavalerie, la gendarmerie, la ligne ont envahi les places et les rues.
Il n’y a guère que des républicains dans cet arrondissement. Aussitôt la garde nationale s’est réunie.
— C’est un coup d’Etat qu’on prépare !
Et on a pris les armes. Un conflit peut éclater d’un moment à l’autre.
Le citoyen Mottu se rend chez M. Ernest Picard.
Le ministre de l’intérieur proteste de ses sentiments républicains.
— Alors ne défiez pas le peuple ! Pourquoi et contre qui ce déploiement de forces ? Je réponds de l’ordre et de la paix dans mon arrondissement, si vous ne provoquez pas vous-mêmes au désordre et à la guerre civile.
— Le commandement général est dans la main du général Vinoy.
M. Mottu va trouver le général Vinoy et lui expose vivement la grave responsabilité qu’il encourt.
Déjà, sans doute, les premiers avis sur les dispositions de la troupe sont arrivés au général Vinoy. Après quelques hésitations, il prend le parti de signer un ordre d’évacuation du onzième arrondissement.
M. Mottu l’emporte et le fait exécuter.
Voilà comment il n’y a pas eu, à notre connaissance, d’effusion de sang dans le onzième arrondissement.


Le citoyen Jules Mottu, maire du XIe arrondissement, considérant l’importance de la question des loyers, propose à l’approbation de l’Assemblée nationale le projet suivant :
Le soussigné,
Considérant que toute loi doit se proposer un but pratique, et renfermer des dispositions d’une réalisation possible ; qu’en ne tenant pas un compte suffisant des circonstances de fait au milieu desquelles elle se produit et qui peuvent en rendre l’exécution difficile, elle se frappe elle-même de nullité et porta ainsi atteinte à la majesté du législateur et au respect dont la souveraineté nationale doit être entourée dans une République ;
Considérant que, par exemple, la loi récente relative aux échéances des effets de commerce produira, si elle n’est rapportée, ou considérablement modifiée, les plus désastreux résultats, puisqu’en exigeant le payement à termes rapprochés des autres effets en souffrance, elle semble indiquer que la situation des souscripteurs qui se sont trouvés impuissants à payer avant ou pendant la période du siège, s’est améliorée depuis, ce qui est contraire à la vérité et au bon sens, et qu’en définitive ce décret a pour conséquence de laisser le débiteur à la merci du créancier, ce qu’il devait précisément avoir pour but d’éviter, comme l’ont sagement compris et décidé les Etats-Unis d’Amérique, après la guerre de sécession ;
Considérant qu’il importe avant tout de laisser entre les mains des particuliers tous les capitaux disponibles qui seront employés dans le commerce et l’industrie, et qui faciliteront ainsi la reprise urgente et légale est indispensable ; que le recours aux tribunaux ordinaires ou à des commissions spéciales d’arbitrage serait impraticable, vu le nombre immense des contestations qui se produiraient infailliblement :
Considérant, d’un côté, que la plupart des locataires, surtout dans la classe des travailleurs, ont été soumis aux plus rudes épreuves, et se sont trouvés, par conséquent, dans l’impuissance de tenir leurs engagements ; que l’obligation qu’on leur imposerait entièrement et pondant longtemps, au profit exclusif de leurs créanciers, le produit de leur travail ; que dans ces conditions, et en dehors de toute considération de justice, une pareille exigence, alors même qu’elle serait consacrée par une loi, resterait sans effet devant l’impuissance absolue des débiteurs ; que la situation faite aux travailleurs est également celle d’une foule d’industriels, de fabricants, de négociants qui voient leurs affaires compromises, ou leur industrie amoindrie, par suite de nos revers ;
Considérant, d’autre part, que les intérêts des propriétaires ne sont pas moins sacrés que ceux des locataires, au point de vue du droit et de l’équité ; qu’ils ont besoin, comme les locataires, de leurs ressources habituelles pour les mettre en circulation et activer le mouvement général des affaires qui, seul, peut amener le bien-être ; que l’autorité, alors surtout qu’il s’agit d’un gouvernement républicain, ne peut admettre en principe la violation des contrats, et doit, au contraire, en maintenir et en assurer, autant que possible l’exécution ;
Considérant enfin que la ville de Paris a été frappée d’une contribution de 200 millions pour une résistance héroïque soutenue en vue du salut de la patrie commune ; qu’en conséquence, cette dette doit devenir, comme toutes celles des contrées envahies par l’ennemi et soumises à des réquisitions, la dette générale de la France ; que cette somme de 200 millions, ainsi remboursée par l’Etat à la ville de Paris, en vertu du principe de solidarité patriotique, doit, en vertu du même principe, être employée dans l’intérêt de tous les habitants de Paris, qui tous sans distinction ont eu à subir les mêmes souffrances,
Propose à l’approbation de l’Assemblée nationale le projet de loi suivant :
Art. 1er. Remise pleine et entière est faite aux locataires, habitant la ville de Paris, du payement des trois termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871.
Art. 2. Les sommes déjà payées par les locataires pour acquit ou comme acompte de ces trois termes seront comptées en déduction des prochains termes.
Art. 3. La ville de Paris prend à sa charge le payement intégral aux propriétaires du montant de leurs locations pour les trois termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871.
Art. 4. Le payement sera effectué en obligations de la ville de Paris, dont la valeur sera calculée d’après le cours moyen des prix du trimestre qui a précédé le trimestre qui a précédé le trimestre durant lequel l’investissement a eu lieu.
Art. 5. Le bénéfice de ces dispositions n’est pas applicable aux propriétaires et aux locataires qui se sont éloignés de Paris, sans cause légitime, durant la période du siège.
Art. 6. Les propriétaires et les locataires qui, dans l’intérêt des finances municipales, ne voudraient pas bénéficier des dispositions de la présente loi, sont invités à en faire la déclaration immédiate ; une mention spéciale au Journal officiel fera connaître ces actes de désintéressement civique.
JULES MOTTU,
Maire du XIe arrondissement.
Paris, le 17 mars 1871.


On lit dans le Rappel :
Une foule considérable et profondément émue se pressait hier à la gare d’Orléans. Le cercueil du collaborateur que nous pleurons était attendu vers midi.
A l’heure dite, on a vu paraître le corbillard, derrière lequel marchaient, le visage en larmes, Victor Hugo et son dernier fils, François-Victor, puis MM. Paul Meurice, Auguste Vacquerie, Paul Foucher et quelques amis intimes.
Ceux qui étaient venus témoigner leur sympathie attristée au grand poète si durement frappé et au vaillant journaliste, parti si jeune, se sont joints à ce douloureux cortège, et le corbillard s’est dirigé vers le cimetière du Père-Lachaise.
Place de la Bastille, il y a une chose touchante. Trois gardes nationaux, reconnaissant Victor Hugo, se sont mis aussitôt aux côtés du corbillard et l’ont escorté, fusil sous le bras. D’autres gardes nationaux ont suivi leur exemple, puis d’autres, et bientôt ils ont été plus d’une centaine, et ils ont formé une haie d’honneur, qui a accompagné jusqu’au cimetière notre cher et regretté camarade.
Un moment après, un poste de gardes nationaux, très nombreux à cause des événements de la journée, apprenant qui l’ont enterrait, a pris les fusils, s’est mis en rang et a présenté les armes ; les clairons ont sonné, les tambours ont battu aux champs, et le drapeau a salué.


LE ROYAUME-UNI DE SUÈDE ET DE NORVÈGE

Si le spectacle des progrès d’une grande nation a le privilège d’attirer de préférence les regards du monde, il est pourtant des peuples, petits par le nombre, limités dans leurs forces, mais qui par leur valeur, par leur génie, par leur travail, par leur sentiment du devoir, par leur amour du progrès et de la liberté sont dignes de marcher au premier rang des nations civilisées. A toutes les époques de l’histoire on a vu s’élever au milieu de l’Europe et de l’Asie, au souffle d’une idée ou à la voix d’un grand homme, des peuples inconnus la veille et qui, tout à coup, devenaient pour un temps les maîtres ou l’admiration du monde. C’étaient tantôt des conquérants, comme les Perses, les Grecs, Rome ; tantôt des victimes, comme furent Carthage, la Pologne, et comme de nos jours a été le Danemark. Tous ont un droit égal au souvenir des générations qui les suivent et à l’attention de celles qui vivent dans le même siècle qu’eux, car si le cœur de l’homme gagne une virilité salutaire aux choses qui le font frémir d’horreur, il s’élève aussi et s’élargit aux choses qui le font palpiter d’admiration ou de sympathie.
Parmi les Etats de second ordre qui marchent à l’avant-garde de l’humanité, et qui sont destinés, sans aucun doute, à combattre à côté de la France et de l’Angleterre, un jour inévitable et prochain où le droit de la civilisation écrasera la force de la barbarie, les royaumes-unis de Suède et de Norvège qu’une amitié séculaire a d’ailleurs toujours rattachés à la France, méritent au plus haut degré tout notre intérêt et toutes nos préférences. Comme pour donner plus de force encore à cette grande vérité, à cette vérité qui nous est si chère, que les « Suédois sont les Français du Nord », le cours des événements, disons mieux, la loi de la destinée, a voulu qu’une famille française devint la souche de la dynastie actuellement régnante, et l’affection filiale que les petits-fils de Bernadotte ont toujours conservée pour la France n’est pas une des moindres marques de l’union qui existe entre leur cœur et celui de la généreuse nation qu’ils gouvernent.
La nature, en dépit d’un climat sévère, a doué la Suède et la Norvège de bien des faveurs et de bien des richesses. Toutes deux sont belles : la Suède, d’une beauté sereine, douce et diverse : la Norvège, de la beauté mélancolique et farouche. Aux deux peuples frères qui habitent la péninsule scandinave, elle a donné, avec des aptitudes originelles, nées d’un même sang, les penchants et le cours d’idées que la profonde différence du sol et du climat devait naturellement déterminer : de là un contraste dans l’union, peut-on dire, qui donne à toute étude sur ce pays beaucoup d’attrait et d’utilité. Nul pays peut-être ne peut mieux faire voir comment, avec des institutions politiques et administratives différentes, deux peuples d’un génie différent, mais également animés du sentiment du devoir et du sentiment de la liberté, peuvent marcher dans la voie du progrès chacun à sa manière, mais en se donnant la main.
Faire connaître le champ immense que ce beau pays offre au travail et à l’industrie ; montrer ses institutions politiques trop peu connues et dont quelques-unes devraient faire l’envi de l’Europe ; donner à la Suède et à la Norvège, en les montrant telles qu’elles sont, une marque de plus de la reconnaissance et de l’affection qu’on ne peut s’empêcher de ressentir pour elles lorsqu’on a vécu sur leur sol hospitalier, telle est la tâche douce et légère que nous allons essayer d’accomplir. Nous avons la conviction, d’ailleurs, que nous autres Français, trop dédaigneux et, il faut avoir le courage de le dire, trop ignorants de ce qui se passe au-delà de nos frontières, nous trouverons dans cette étude rapide assez d’exemples à suivre, assez de leçons à méditer ; en un mot, beaucoup de choses à apprendre.
Quelques détails généraux sur la constitution physique de la presqu’île scandinave sont indispensables comme renseignements généraux préliminaires : l’homme ne se sépare pas de la nature, et sous peine de perdre les enseignements de ce drame, de la vie d’un peuple, il nous faut décorer la scène et l’éclairer.
Nous nous occuperons d’abord de la Suède.
Entre la mer du Nord, l’Océan arctique, le Sud, le Cattégat, la Baltique et la Russie, est située la péninsule scandinave. Du cap Nord à Falsterbo en Scanie et de Stockholm à Bergen, l’espace du nord au sud, entre 55° et 71° de latitude nord, et de l’est à l’ouest entre 23° et 3° de longitude est du méridien de Paris.
Une chaîne de montagnes, celle des Dofrines ou Alpes scandinaves, parcourt la péninsule dans une direction générale du N. N. E. au S. S. E.
A l’est, une large plaine, partagée en vastes bassins, arrosée par plusieurs fleuves, fleuves et basins sensiblement égaux et parallèles ; peu de relief, des altitudes très faibles (1), des lacs innombrables. Sur le versant occidental, au contraire, tout change. Entre les hauts plateaux des montagnes et les côtes de la Norvège, la pente est d’autant plus raide qu’elle a moins d’espace pour se répartir. Des vallées étroites et rapides, des gorges abruptes violemment ouvertes comme de vive force, de profondes découpures, les fiords, pénètrent de toutes parts dans l’intérieur des côtes, et leur donnent l’aspect d’une frange, ou, si l’on aime mieux, d’une série de capricieux lambrequins ; enfin, un archipel d’innombrables îlots montre que si le versant est de la presqu’île s’est soulevé lentement (2), donnant à la Suède la configuration simple et unie de son sol et de ses côtes, le versant ouest, basculant sur la liberté des montagnes comme axe, et probablement se brisant le long de cette arête des Alpes scandinaves, s’est comme effondré dans l’Océan. La mer, à l’époque de ce cataclysme, s’est précipitée contre la côte de Norvège avec une furie dont on est encore épouvanté lorsqu’on parcourt le Songe Fiord, les gorges de Gudvangen (Goudbangaine), les plateaux désolés du Fille Fjeld (Filfild.)
Les Alpes scandinaves forment une masse escarpée du côté de l’ouest, et un peu moins raide vers l’est. Elles se dressent donc presque perpendiculairement, du côté de la Suède, comme une muraille infranchissable, qui rend très difficiles les communications entre les deux royaumes, et presque impossible de passage d’une armée. Le granit et la gneiss forment pour ainsi dire à eux seuls le sol entier de la Suède ; ils composent aussi la mase des montagnes.
La chaîne principale commence au cap Lindesnœss (Lindessneûss), à l’extrémité sud de la Norvège, monte droit au nord, en partageant le royaume en deux, jusqu’au Langue Fjel (Langue Filde). Elle s’infléchit alors un peu à l’est, vers le Dovre Fjeld (Dovrafild), où sa ligne se brise de nouveau pour revenir sur Oresund, point où la chaîne commence à servir de frontière à la Norvège et à la Suède. A partir de ce point, elle reste constamment et exactement parallèle à la côte, dont elle reproduit les principales sinuosités. Dans ce long cours, elle prend successivement les noms de Monts-Thuliens ou Lang Fjeld (3) en Norvège, au sud du 60e parallèle ; du 62e au 63e, c’est le Drove Fjeld où les Monts Dofrines ; enfin, depuis le 63e parallèle jusqu’aux Nordkyn (Nordekunn), en Finmark ; elles prend le nom de Kœlen ou Kiœl (Keulaine ou Guieül).
La superficie de la Suède est de 441 595 kilomètres ; celle de la Norvège est de 316 673 ; les deux royaumes couvrent donc une surface de 758 268 kilomètres carrés : un douzième seulement de cette superficie peut être considéré comme montagneux ; le tiers, et c’est surtout la partie habitée et cultivée, ne s’élève pas à 89 mètres au-dessus du niveau de la mer.
56 900 kilomètres carrés, c’est-à-dire plus du septième de la surface du sol, sont occupés par des lacs nombreux dont quelques-uns sont de véritables mers intérieures. Tels sont : le Werern, qui a 35 lieues de long sur 20 de large ; le Mœlar, qui a 25 lieus de long sur 9 à 18 de large, et dont les flots baignent, outre la ville de Stockholm, 1 300 îles ou îlots ; le Wettern, de 24 lieues de long sur 6 à 7 de large, sans parler de ceux qui, comme le Siljan (Siliaun), le Storsjœn (Storsieunn), servent de centre de communication à de vastes contrées.
La plupart de ces lacs communiquent entre eux soit directement soit par des rivières ou des canaux. Ils communiquent aussi avec la mer, et dans des conditions d’autant plus favorables que la Baltique n’a pas de marées : comme dans la Méditerranée, il y a bien un certain courant de flux et de reflux, mais la mer ne découvre nulle part et garde sensiblement le même niveau. C’est ainsi que le canal de Gothie, qui met en communication la mer du Nord et la Baltique, n’a exigé que 88 kilomètres de construction, et a servi, en reliant ensemble le Wenern, le Weettern et le Vreta, à ouvrir entre Gothambourg et Stockholm une route d’eau de 396 kilomètres, moyennant 20 millions de francs environ.
Jamais la Suède, un pays si peu riche, surtout au temps où le canal fut construit, n’aurait pu accumuler sur 88 kilomètres de travaux une somme pareille, si ces travaux n’avaient pas dû avoir pour effet de rendre au centuple, par la création d’une ligne navigable intérieure, l’argent qu’ils allaient coûter.
Les eaux courantes, qui jusqu’ici ont roulé dans les vallées et les montagnes les trésors de fore-ce motrice qu’elles contiennent, sont encore pour la Suède une source de richesse dont on ne peut évaluer la puissance ; la chute de Venersborg, par exemple, est évaluée à 260 000 chevaux-vapeur.
Sur une aussi vaste terre, la richesse du sol n’est pas moins inégale que les aspects sont variés, et la Suède offre au plus haut degré l’opposition entre la plus heureuse fertilité et la stérilité la plus absolue ; entre tout ce que le paysage peut offrir de plus riant, et tout ce qu’il peut avoir de plus sévère.
Le plus beau joyau de la couronne, c’est la Scanie opulente et belle, favorisée d’un climat presque doux : c’est la Touraine de la Suède. La Néricie, la Westmannie, le Blekinge, la suivent de près sous le rapport du progrès agricole ; de l’Upland, pays tout plat couvert de riches moissons, on peut dire que c’est la Beauce suédoise. L’Osthrogothie, pays accidenté et fertile, est remarquable par ses beautés pittoresques.
Le Gefleborg (Iévlébor), la Westrobothnie, la Horrland, une partie du Lappmark (Laponie suédoise), sont couverts d’immenses forêts de sapins. Après la Sudermanie, médiocre sous tous les rapports, vient la Wœrmland, décidément stérile. Enfin, la Halland, avec ses rochers basaltiques, la Smôland, coupée de montagnes et de précipices, achèvent l’opposition. La Dalécarlie est peut-être, avec l’Angermanie, ce qui réunit le plus de variété dans la beauté et de grandeur dans l’aspect : des plaines cultivées avec un art admirable, encadrée dans des montagnes couvertes de sapins, arrosées par des fleuves magnifiques ou baignées par de beaux lacs, offrent une succession de paysages tantôt imposants, tantôt enchanteurs, animés par l’aspect de nombreuses habitations, par le travail d’une population active, et par le mouvement des voitures qui parcourent les routes et des bateaux qui sillonnent les lacs. Les bords du Rhin tant vantés n’ont rien de comparable à ce qu’on peut voir à Gaynebro, à Leksand, en Dalécarlie, ou à Solleftéo, en Angermanie.
Le climat de la Suède est sévère, mais il n’est ni variable ni brumeux. L’hiver commence en novembre et finit en avril. Le froid devient tout de suite très vif : il n’y a point, comme en France et en Angleterre, de saisons intermédiaires et encore moins, au milieu de l’hiver, de ces temps mous et pluvieux où la température s’élève pendant des mois entiers. Cependant, presque tous les ans, il se produit, en mars et même en février, un dégel complet, au point que les arbres se mettent à bourgeonner ; mais le froid ne tarde pas à reprendre et aussi vif qu’au cœur de l’hiver.
Un pays qui occupe quatre cents lieues de longitude doit présenter, on le conçoit, d’énormes différences de température. D’autres circonstances, telles que l’altitude, l’orientation, le voisinage des eaux, des forêts ou des montagnes, la nature et le degré de culture du sol, viennent encore contribuer à ces différences.
Entre Hapuranda, située au fond du golfe de Bothnie, par 66° de lat. N., et Malnœ (Malmen), qui est au bord du Sund, par 55° 36’ de lat. N., il y a plus loin que de Paris à Rome : aussi, tandis que le thermomètre descend parfois à Hapuranda, jusqu’à 40° au-dessous de zéro, Malmœ a-t-il des hivers de 8 à 10° en moyenne.
On peut cependant dire qu’il y a en Suède deux régions climatiques bien distinctes, dont le fleuve Dalelfven, en Dalécarlie, marque assez nettement la limite. Toutes les contrées situées au nord de cette ligne, et qui d’ailleurs ont toutes la même configuration, ont uniformément un climat rigoureux, et le froid y atteint souvent de 15 à 20 degrés : au contraire, une variété extrême de climats correspond à la variété des contrées situées au sud du fleuve dalécarlien.
La végétation, qui est en général luxuriante dans toute la Suède, marque partout, même au cœur de l’été, le nombre des degrés où descend le thermomètre en hiver, à chaque pas qu’on fait vers le nord à partir de la Dalécarlie, on voit disparaître quelque espèce végétale ; la scène de la nature, sans perdre rien de sa beauté ni de sa grandeur, prend de vallée en vallée un caractère de simplicité tellement pure, tellement primitive, qu’on finit par s’apercevoir que pour composer ces magnifiques paysages la nature n’a plus que des forêts de sapins, quelques bouleaux qui frémissent au vent, et de l’herbe. Dans les contrées méridionales au contraire, les espèces végétales, et même les arbres à fruits tels que le cerisier, le pommier, donnent des fruits qui mûrissent parfaitement. Une espèce de saule, surtout, croît partout avec une vigueur extrême et une singulière originalité de formes : cet arbre est certainement un des plus beaux ornements du paysage suédois.
A Stockholm, la moyenne de la température en hiver est de 10 à 15° au-dessous de zéro. Cette température se supporte plus facilement qu’on ne pourrait le croire. On est chaudement vêtu, d’abord ; à l’intérieur des appartements, grâce à des grands poêles de faïence qui tiennent toute la hauteur de l’appartement, on a constamment, nuit et jour 20° au-dessus de zéro. Au dehors, il n’y a presque jamais de vent, et, si on sort, c’est pour se promener au soleil ou pour aller patiner sur le lac. La preuve que le climat est très supportable, c’est qu’il y a à Stockholm deux nègres qui y vivent très bien depuis nombre d’années, et qui même y ont fait souche, car ils sont mariés et leurs enfants s’élèvent très bien.
Comparée aux autres pays situés sous les mêmes parallèles, la Suède jouit d’un climat bien plus favorable.
Le gulf-stream, ce grand courant tiède qui part du golfe du Maigue pour venir longer la côte occidentale de l’Europe, et à qui la France et l’Angleterre notamment doivent la douceur de leur climat, se prolonge le long de la Norvège, pousse par le Skager-Rack une branche qui se divise en deux, dont l’une va jusqu’à Saint-Pétersbourg au fond du golfe de Finlande, et l’autre jusqu’à Haparanda à l’extrémité nord du golfe de Bothnie.
Quoique cette partie du courant ne soit pas aussi chaude que celle qui baigne les côtes de la Norvège, elle n’en apporte pas moins un grand adoucissement au climat de la Suède.
Le ciel est presque toujours serein dans ce pays. La lumière y est presque d’une transparence cristalline qui donne à tous les objets un éclat et une netteté inconnus aux yeux d’un habitant de Londres, de Paris et même des contrées plus méridionales que la France : la lumière de l’Italie et de l’Espagne n’a pas cette transparence.
En compensation des tristes jours d’hiver, où le soleil se montre pendant six heures à peine, l’été réserve aux habitants de la Suède des jours qui varient depuis dix-huit jusqu’à vingt-deux ou vingt-trois heures. Le 24 juin, à Haparanda, on peut voir le soleil briller douze heures, se voiler à peine quelques minutes, et recommencer à briller douze heures encore ; et sans aller si loin, pendant tout le mois de juin, on peut à toute heure de la nuit lire, non pas seulement l’impression, mais l’écriture au crayon ; à minuit, de la place Gustave-Adolphe, on voit aussi bien qu’en plein jour passer les bateaux à plus d’une lieue sur la Baltique.
La Suède possède 17 830 kilomètres carrés, soit 178 300 hectares de forêts ! Peu d’Etats, même la Russie, peuvent rivaliser avec elle sur ce point. Combien de centaines de millions sont accumulés dans ce trésor, c’est ce qu’il n’est pas possible de calculer ; on constate seulement qu’en 1865, il a été exporté pour plus de 44 millions de produits forestiers.
Le fer, le cuivre donnent lieu à des exploitations considérables ; l’or, l’argent, le nickel, le zinc, se trouvent aussi dans le sol. La pêche et la chasse fournissent un contingent considérable à l’alimentation. Le saumon et la truite peuplent les rivières et les lacs ; la perdrix, le coq de bruyère, la gelinotte, le lièvre sont communs ; le cerf, le chevreuil, plus rares, le renne, confiné dans les hautes régions, et enfin l’élan, extrêmement rare, paissent dans les bois ou sur les hauts plateaux ; diverses espèces d’animaux à fourrures précieuses, et d’eider se trouvent vers le nord.
Sur la surface de 8 031 milles géographiques, la Suède, d’après le recensement de 1865, ne compte pas plus de 4 114 141 habitants, dont 486 597 demeurent dans les villes. Cette population est presque entièrement de race suédoise, c’est-à-dire scandinave, puisque les Norvégiens et les Danois ont la même origine que les Suédois. On compte cependant 10 000 Finnois, habitant principalement Norrbotten et les forêts de la Dalécarlie ; 5 600 lapons en Lappmark, et environ 900 juifs dans les villes. On trouve quelques tentes de Lapons près de Skaltugau dans la province de Faïntland (Iènetlande) sur la frontière de Norvège, entre Æstersund (Eustaissonde) et Trondhjam (Triondiename).
La population s’accroît de plus en plus rapidement d’année en année, et la Suède tient le quatrième rang en Europe sous ce rapport, quoiqu’un mouvement d’émigration assez marqué se fasse vers l’Amérique et lui enlève en moyenne 3 963 habitants par année.
D’après ce que nous savons de la diversité des parties de ce pays, on doit comprendre que la répartition de la population est très inégale. En France, la moyenne d’habitants est de 68,3 par kilomètre carré : en Suède, le Malmohus seul présente une moyenne de 67,6 ; on peut calculer combien, sur les autres parties du territoire, la population doit être clairsemée.
MERINOS.


MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE
AVIS

A la requête de l’administration, il sera procédé, le mardi 21 mars, à deux heures très précises, à l’entrepôt Godillot (au grenier de réserve boulevard Bourdon), à la vente de :
Environ 6 000 quintaux farine,
— 343 —
— 134 —
Et de :
Environ 41 100 kilog. bœuf
— 43 000 — mouton et bœuf (conserves en boîtes),
— 46 000 — lard salé (en caisse),
— 31 200 — jambon et porc,
— 18 000 — harengs.
Echantillons visibles chez les courtiers soussignés.
Entremise : Aubé, Ferry, Moutard et Nathan courtiers assermentés, 5, place de la Bourse.


A la requête de l’administration, il sera procédé, le mercredi 22 mars, à deux heures très précises, aux abattoirs généraux de la Villette (rue de Flandre), à la vente d’une forte quantité de fumiers secs, et d’environ 20 000 bottes de foin.
Entremise : Aubé, Ferry, Moutard et Nathan courtiers assermentés, 5, place de la Bourse.


A la requête de l’administration, il sera procédé, le mercredi 22 mars, à la Bourse de Paris, à deux heures très précises, à la vente de :
684 kilog. chocolat (Compagnie française) ;
1 100 kilog. vermicelle (en 76 caisses) ;
29 000 kilog. suif et graisses alimentaires.
Le tout déposé aux halles centrales.
2 500 kilog. fromage de Hollande (déposés à la gare de l’Ouest) ;
2 700 kilog. fromage de Chester (déposés au grenier d’Abondance).
Entremise : Aubé, Ferry, Moutard et Nathan courtiers assermentés, 5, place de la Bourse.


16e CORPS

Transports auxiliaires, service Kintzinger

MM. les propriétaires qui avaient des voitures engagées au 16e corps, sont priés de se présenter du 25 courant au 5 avril inclus, rue du Commerce, à Tours, pour toucher le cautionnement qui leur avait été retenu à titre de garantie et solde de leur compte.
KINTZINGER.

Mardi 21 Mars 1871

SOMMAIRE

PARTIE OFFICIELLE. — Affiche sur les repris de justice. —Suppression du service télégraphique particulier. — Paris ville libre. — Manifeste des députés de Paris. — Statuts de la Fédération. — Arrêtés divers.

PARTIE NON OFFICIELLE. — La révolution du 18 mars. — Les élections communales. — Résolutions du comité central. — Proclamation Blanqui. — Ordre du commandant Humbert. — Note sur Clément Thomas et Lecomte. — Assemblée de Versailles. — Nouvelles des départements. — Nouvelles étrangères. — Faits divers. — Bourses et marchés.

PARTIE OFFICIELLE

FEDERATION REPUBLICAINE
DE LA
GARDE NATIONALE

Hôtel-de-Ville, 20 mars 1871, 6 h. du soir.
De nombreux repris de justice, rentrés à Paris, ont été envoyés pour commettre quelques attentats à la propriété, afin que nos ennemis puissent nous accuser encore.
Nous engageons la garde nationale à la plus grande vigilance dans ses patrouilles.
Chaque caporal devra veiller à ce qu’aucun étranger ne se glisse, caché sou s l’uniforme, dans les rangs de son escouade.
C’est l’honneur du peuple qui est en jeu ; c’est au peuple à le garder.
ANT. ARNAUD, G. ARNOLD, ASSI, ANDIGNOUX, BOUIT, JULES BERGERET, BABICK, BOURSIER, BARON, BILLIORAY, BLANCHET, CASTIONI, CHOUTEAU, C. DUPONT, FERRET, HENRI FORTUNE, FABRE, FOUGERET (sic), C. GAUDIER, GOUHIER, GERESME, GROLLARD, JOSSELIN, FR. JOURDE, MAXIME LISBONNE, LAVALETTE, CH. LULLIER, MALJOURNAL, MOREAU, MORTIER, PRUDHOMME, ROUSSEAU, RANVIER, VARLIN, VIARD.


AVIS

A partir de demain 21, la solde de la garde nationale sera faite régulièrement, et les distributions de secours seront reprises sans interruption.
ANT. ARNAUD, G. ARNOLD, ASSI, ANDIGNOUX, BOUIT, JULES BERGERET, BABICK, BOURSIER, BARON, BILLIORAY, BLANCHET, CASTIONI, CHOUTEAU, C. DUPONT, FERRET, HENRI FORTUNE, FABRE, FOUGERET (sic), C. GAUDIER, GOUHIER, GERESME, GROLLARD, JOSSELIN, FR. JOURDE, MAXIME LISBONNE, LAVALETTE, CH. LULLIER, MALJOURNAL, MOREAU, MORTIER, PRUDHOMME, ROUSSEAU, RANVIER, VARLIN, VIARD.


Comité central de la garde nationale.

Citoyens,
En quittant Paris, le pouvoir qui vient de crouler sous le mépris populaire a paralysé, désorganisé tous les services publics.
Une circulaire a enjoint à tous les employés de se rendre à Versailles.
La télégraphie, ce service utile entre tous dans ces moments de crise suprême, de rénovation, n’a pas été oubliée dans ce complot monarchique. Tous les services, toutes les communications avec la province sont interrompus. On veut nous tromper. Les employés sont à Versailles — avec le roi.
Nous signalons au peuple de Paris ce procédé criminel. C’est une nouvelle pièce à charge dans ce grand procès entre Peuples et rois.
En attendant, et pour consacrer tout entières à l’œuvre du moment les forces qui nous restent, nous suspendons, à partir d’aujourd’hui, le service de la télégraphie dans Paris.
Le directeur général,
J. LUCIEN COMBATZ.


Le directeur général des télégraphes est autorisé à supprimer jusqu’à nouvel ordre la télégraphie privée dans Paris.
Paris, le 20 mars 1871.
Pour le comité central,
L. BOURSIER, GOUHIER, E. MOREAU.


Paris, depuis le 18 mars, n’a d’autre gouvernement que celui du peuple : c’est le meilleur !
Jamais révolution ne s’est accomplie dans des conditions pareilles à celles où nous sommes.
Paris est devenu ville libre.
Sa puissante centralisation n’existe plus.
La monarchie est morte de cette constatation d’impuissance.
Dans cette ville libre, chacun a le droit de parler, sans prétendre influer en quoi que ce soit sur les destinées de la France.
Or, Paris demande :
1° L’élection de la marie de Paris ;
2° L’élection des maires, adjoints et conseillers municipaux des vingt arrondissements de la ville de Paris ;
3° L’élection de tous les chefs de la garde nationale depuis le premier jusqu’au dernier ;
4° Paris n’a nullement l’intention de se séparer de la France, loin de là : il a souffert pour elle l’Empire, le gouvernement de la défense nationale, toutes ses trahisons et toutes ses lâchetés. Ce n’est pas, à coup sûr, pour l’abandonner aujourd’hui, mais seulement pour lui dire, en qualité de sœur aînée : Soutiens-toi toi-même comme je me suis soutenu ; oppose-toi à l’oppression comme je m’y suis opposé !
Le commandant délégué à l’ex-préfecture de police.
E. DUVAL.
Les délégués adjoints
E. TEUILLIERE, EDOUARD ROUILLER, L. DUVIVIER,
CHARDON, VERGNAUD, MOUTON.


MANIFESTE DES DEPUTES DE PARIS

A nos mandants, électeurs de la Seine.

Chers concitoyens,
Le compte rendu de la séance du 10 mars vous a dit avec quelle énergie nous avons insisté pour la translation de l’Assemblée nationale à Paris. Nous avions hâte d’être au milieu de vous.
Nous avons du moins contribué à déjouer le projet de donner pour résidence à l’Assemblée la ville de Fontainebleau.
Inutile d’ajouter que si, plus tard, on venait proposer de changer la résidence provisoire à Versailles en résidence définitive, cette atteinte au droit de Paris, seule capitale possible de la France, rencontrerait de notre part une résistance inflexible.
En attendant, et vu l’état déplorable où l’empire a jeté notre pays, nous croyons nécessaire d’éviter tout ce qui pourrait donner lieu à des agitations, dont ne manqueraient pas de profiter nos adversaires politiques et les envahisseurs de la France, encore campés sur son territoire.
Nous estimons, en outre, que notre présence au poste que vos suffrages nous ont assigné ne saurait être inutile, soit qu’il s’agisse de consolider la République, soit qu’il y ait à la défendre.
Sauvegarder la république, hâter la délivrance du sol français, voilà les deux grands intérêts du moment.
La République ! nous la servirons en restant sur la brèche, jusqu’à ce que l’Assemblée actuelle, nommée pour trancher la question de paix ou de guerre et pourvoir aux nécessités résultant de sa décision, fasse place à une Assemblée constituante.
La France ! nous la servirons, en nous gardant de tout ce qui serait de nature à amener des conflits dont, nous le répétons, nos ennemis du dedans et du dehors n’auraient que trop de sujet de se réjouir.
Telle est, chers concitoyens, la ligne de conduite que nous nous sommes tracée. Nous avons l’espoir que vous l’approuverez.
PEYRAT, EDMOND ADAM, EDGAR QUINET, SCHŒLCHER, LANGLOIS, HENRI BRISSON, GREPPO, TOLAIN, GAMBON, LOCKROY, JEAN BRUNET, TIRARD, CLEMENCEAU, MARTIN BERNARD, FARCY, LOUIS BLANC.


L’arrêté relatif à la vente des objets engagés au mont-de-piété est rapporté.


Prorogation d’un mois des échéances des effets de commerce.


Jusqu’à nouvel ordre, et dans le seul but de maintenir la tranquillité, les propriétaires et les maîtres d’hôtel ne pourront congédier leurs locataires.


Le comité central de la garde national est décidé à respecter les conditions de la paix.
Seulement, il lui paraît de toute justice que les auteurs de la guerre maudite dont nous souffrons subissent la plus grande partie de l’indemnité imposée par nos impitoyables vainqueurs.
GRELIER,
Délégué à l’intérieur.


Le comité de la Fédération républicaine et le comité central de la garde nationale ont opéré leur fusion et adopté les statuts suivants :
Fédération Républicaine de la Garde Nationale.
STATUTS
DECLARATION PREALABLE

La République est le seul gouvernement possible ; elle ne peut être mise en discussion.
La garde nationale a le droit absolu de nommer tous ses chefs et de les révoquer dès qu’ils ont perdu la confiance de ceux qui les ont élus, toutefois après une enquête préalablement destinée à sauvegarder les droits de la justice.
Art. 1er. — La Fédération républicaine de la garde nationale est organisée, ainsi qu’il suit :
1° L’assemblée générale des délégués ;
2° Le cercle de bataillon ;
3° Le corps de guerre ;
4° Le comité central ;
Art. 2. — L’assemblée générale est formée :
1° D’un délégué élu à cet effet dans chaque compagnie, sans distinction de grade ;
2° D’un officier par bataillon élu par le corps des officiers ;
3° Du chef de chaque bataillon.
Ces délégués, quels qu’ils soient, sont toujours révocables par ceux qui les ont nommés.
Art. 3. — Le cercle de bataillon est formé :
1° De trois délégués par compagnie, élus sans distinction de grade ;
2° De l’officier délégué à l’assemblée générale ;
3° Du chef de bataillon.
Art. 4. — Le conseil de légion est formé :
1° de deux délégués par cercle de bataillon élus sans distinction de grade ;
2° des chefs de bataillon de l’arrondissement.
Art. 5. — Le comité central est dorme :
1° de deux délégués par arrondissement, élus sans distinction de grade par le conseil de légion ;
2° D’un chef de bataillon par légion, élu par ses collègues.
Art. 6. — Les délégués aux cercles de bataillon, conseil de légion et comité central sont les défenseurs naturels de tous les intérêts de la garde nationale. Ils devront veiller au maintien de l’armement de tous les corps spéciaux et autres de ladite garde, et prévenir toute tentative qui aurait pour but le renversement de la République.
Ils ont également pour mission d’élaborer un projet de réorganisation complète des forces nationales.
Art. 7. — Les réunions de l’Assemblée générale auront lieu les premiers dimanches du mois, sauf l’urgence.
Les diverses fractions constituées de la Fédération fixeront par un règlement intérieur les modes, lieux et heures de leurs délibérations.
Art. 8. — Pour subvenir aux frais généraux d’administration, de publicité et autres du comité central, il sera établi dans chaque compagnie une cotisation qui devra produire au minimum un versement mensuel de cinq francs, lequel sera effectué du 1er au 5 du mois, entre les mains du trésorier, par les soins des délégués.
Art. 9. — Il sera délivré à chaque délégué, membre de l’assemblée générale, une carte personnelle qui lui servira d’entrée à ses réunions.
Art. 10 — Tous les gardes nationaux sont solidaires, et les délégués de la fédération sont placés sous la sauvegarde immédiate et directe de la garde nationale tout entière.

PARTIE NON OFFICIELLE

Paris, le 20 mars 1871.

La Révolution du 18 mars.

Les journaux réactionnaires continuent à tromper l’opinion publique en dénaturant avec préméditation et mauvaise foi les événements politiques dont la capitale est le théâtre depuis trois jours. Les calomnies les plus grossières, les inculpations les plus fausses et les plus outrageantes sont publiées contre les hommes courageux et désintéressés qui, au milieu des plus grands périls, ont assumé la lourde responsabilité du salut de la République.
L’histoire impartiale leur rendra certainement la justice qu’ils méritent, et constatera que la Révolution du 18 mars est une nouvelle importante dans la marche.
D’obscurs prolétaires, hier encore inconnus, et dont les noms retentiront bientôt dans le monde entier, inspirés par un amour profond de la justice et du droit, par un dévouement sans borne à la France et à la République, s’inspirant de ces généreux sentiments et de leur courage à toute épreuve, ont la liberté menacée. Ce sera là leur mérite devant leurs contemporains et devant la postérité.
Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en mains la direction des affaires publiques.
Ils ont usé du pouvoir que le peuple a remis entre leurs mains avec une modération et une sagesse qu’on ne saurait trop louer.
Ils sont restés calmes devant les provocations des ennemis de la République, et prudents en présence de l’étranger.
Ils ont fait preuve du plus grand désintéressement et de l’abnégation la plus absolue. A peine arrivés au pouvoir, ils ont eu hâte de convoquer dans ses comices le peuple de Paris, afin qu’il nomme immédiatement une municipalité communale dans les mains de laquelle ils abdiqueront leur autorité d’un jour.
Il n’est pas d’exemple dans l’histoire d’un gouvernement provisoire qui se soit plus empressé de déposer son mandat dans les mains des élus du suffrage universel.
En présence de cette conduite si désintéressée, si honnête et si démocratique, on se demande avec étonnement comment il peut se trouver une presse assez injuste, malhonnête et éhontée pour déverser la calomnie, l’injure et l’outrage sur des citoyens respectables, dont les actes ne méritent jusqu’à ce jour qu’éloge et admiration.
Les amis de l’humanité, les défenseurs du droit, victorieux ou vaincus, seront toujours les victimes du mensonge et de la calomnie ?
Les travailleurs, ceux qui produisent tout et qui ne jouissent de rien, ceux qui souffrent de la misère au milieu des produits accumulés, fruit de leur labeur et de leurs sueurs, devront-ils donc sans cesse être battus à l’outrage ?
Ne leur sera-t-il jamais permis de travailler à leur émancipation sans soulever contre eux un concert de malédictions ?
La bourgeoisie, leur aînée, qui a accompli son émancipation il y a plus de trois quarts de siècles, qui les a précédés dans la voie de la révolution, ne comprend-elle pas aujourd’hui que le tour de l’émancipation du prolétariat est arrivé ?
Les désastres et les calamités publiques dans lesquels son incapacité politique et sa décrépitude morale et intellectuelle ont plongé la France devraient pourtant lui prouver qu’elle a fini son temps, qu’elle a accompli la tâche qui lui avait été imposée en 89, et qu’elle doit sinon céder la place aux travailleurs, au moins les laisser arriver à leur tour à l’émancipation sociale.
En présence des catastrophes actuelles, il n’est pas trop du concours de tous pour nous sauver.
Pourquoi donc persiste-t-elle avec un aveuglement fatal et une persistance inouïe à refuser au prolétariat sa part légitime d’émancipation ?
Pourquoi met-elle sans cesse en péril toutes les conquêtes de l’esprit humain accomplies par la grande révolution française ?
Si depuis le 4 septembre dernier la classe gouvernante avait laissé un libre cours aux aspirations et aux besoins du peuple ; si elle avait accordé franchement aux travailleurs le droit commun, l’exercice de toutes les libertés, si elle leur avait permis de développer toutes leurs facultés, d’exercer tous leurs droits et de satisfaire leurs besoins ; si elle n’avait pas préféré la ruine de la patrie au triomphe certain de la République en Europe, nous n’en serions pas où nous en sommes et nos désastres eussent été évités.
Le prolétariat, en face de la menace permanente de ses droits, de la négation absolue de toutes ses légitimes aspirations, de la ruine de la patrie et de toutes ses espérances, a compris qu’il était de son devoir impérieux et de son droit absolu de prendre en main ses destinées et d’en assurer le triomphe en s’emparant du pouvoir.
C’est pourquoi il a répondu par la révolution aux provocations insensées et criminelles d’un gouvernement aveugle et coupable, qui n’a pas craint de déchaîner la guerre civile en présence de l’invasion et de l’occupation étrangères.
L’armée, que le pouvoir espérait faire marcher contre le peuple, a refusé détourner ses armes contre lui, elle lui a tendu une main fraternelle et s’est jointe à ses frères.
Que les quelques gouttes de sang versé, toujours regrettables, retombent sur la tête des provocateurs de la guerre civile et des ennemis du peuple, qui, depuis près d’un demi-siècle, ont été les auteurs de toutes nos ruines nationales.
Le cours du progrès, un instant interrompu, reprendra sa marche, et le prolétariat accomplira, malgré tout, son émancipation !
Le délégué au JOURNAL OFFICIEL.


LES ELECTIONS COMMUNALES

Le comité central de la garde nationale a convoqué pour mercredi prochain, 22 du courant, les électeurs des vingt arrondissements dans leurs comices, afin de nommer le conseil communal de Paris.
Tous les citoyens comprendront l’utilité et l’importance de ces élections, qui assureront d’une manière régulière tous les servies publics et l’administration de la capitale, dont le besoin est si urgent dans les graves circonstances présentes.
En votant pour des républicains socialistes connus, dévoués, intelligents, probes et courageux, les électeurs parisiens assureront non seulement le salut de la capitale et de la République, mais encore celui de la France.
Jamais occasion aussi solennelle et aussi décisive ne s’est présentée pour le peuple de Paris ; il tient son salut dans ses mains ; du vote de mercredi prochain dépend son avenir.
S’il suit le conseil que nous lui donnons il est sauvé ; s’il vote pour des réactionnaires, il est perdu.
Il ne peut donc hésiter ; il donnera une nouvelle preuve d’intelligence et de dévouement en consolidant à jamais par son vote la République démocratique.


Les mesures sages et prévoyantes prises par le comité central de la garde nationale ont complètement calmé l’effervescence de la population parisienne.
Sur les boulevards et dans les rues, la circulation est aussi active que d’habitude. Bien que les événements accomplis ces derniers jours soient commentés avec animation, les citoyens acceptent franchement le nouvel état de choses, garanti du reste par l’aide et le concours de la garde nationale tout entière.
La troupe régulière a, de son côté, compris que ses chefs ne pouvaient plus lui commander le feu sur les Français après les avoir fait fuir devant les Prussiens.
Les auteurs de tous les maux ont quitté Paris sans emporter le moindre regret.
Et maintenant, soldats, mobiles et gardes nationaux sont unis par la même pensée, le même désir, le même but : nous voulons tous l’union et la paix.
Plus d’émeutes dans les rues ! Assez de sang versé pour les tyrans !
Que les ambitieux ou les traîtres se le tiennent pour dit.
Vous, commerçants qui voulez la stabilité dans les affaires ; vous, boutiquiers qui demandez le va-et-vient favorables à la consommation ; vous, ouvriers qui avez besoin d’utiliser vos bras pour assurer l’existence de vos familles ; vous tous enfin qui, après tant de calamités, aspirez à jouir de la sécurité indispensable au bonheur d’un grand peuple, rejetez les conseils funestes qui tendent à nous mettre de nouveau entre des mains royales ou impériales.
Pour renverser notre république sacro-sainte, cimentée hier encore par l’œuvre commune, il faudrait supporter l’horreur d’une nouvelle lutte fratricide, et passer sur nombre de cadavres républicains.
Sacrifions toutes nos jalousies, toutes nos rancunes sur l’autel de la Patrie, et que de toutes les poitrines françaises parte ce cri grand et sublime :
Vive à jamais la république !


PROCLAMATION DE BLANQUI

Citoyens,
Le 4 septembre, un groupe d’individus qui, sous l’Empire, s’étaient créé une popularité facile, s’était emparé du pouvoir. A la faveur de l’indignation générale, ils s’étaient substitués au gouvernement pourri qui venait de tomber à Sedan. Ces hommes étaient pour la plupart les bourreaux de la république de 1848. Cependant, à la faveur du premier moment de surprise, ils se sacrèrent arbitres de la destinée de la France. Les vrais républicains, ceux qui sous tous les gouvernements avaient souffert pour leurs croyances, virent avec douleur cette usurpation des droits de la nation.
Pourtant, le temps pressait, l’ennemi approchait ; pour ne pas diviser la nation, chacun se mit de toutes ses forces à l’œuvre de salut. Espérant que l’expérience avait appris quelque chose à ceux qui avaient été pour ainsi dire les créateurs de l’Empire, les républicains les plus purs acceptèrent sans murmurer de servir sous eux, au nom de la République.
Qu’arriva-t-il ? Après avoir distribué à leurs amis toutes les places où ils ne conservaient pas les bonapartistes, ces hommes ses croisèrent les bras et crurent avoir sauvé la France. En même temps, l’ennemi enserrait Paris d’une façon de plus en plus inexorable, et c’était par de fausses dépêches, par de fallacieuses promesses que le gouvernement répondait à toutes les demandes d’éclaircissement.
L’ennemi continuait à élever ses batteries et ses travaux de toute sorte, et à Paris, 300 000 citoyens restaient sans armes et sans ouvrage, et bientôt sans pain, sur le pavé de la capitale.
Le péril était imminent, il fallait le conjurer. Or, au gouvernement issu d’une surprise, il fallait substituer la Commune, issue du suffrage universel. De là le mouvement du 31 octobre. Plus honnêtes que ceux qui ont eu l’audace de se faire appeler le gouvernement des honnêtes gens, les républicains n’avaient pas ce jour-là l’intention d’usurper le pouvoir. C’est au peuple, réuni librement devant les urnes électorales, qu’ils en appelaient du gouvernement incapable, lâche et traître. Au gouvernement issu de la surprise et de l’émotion populaire, ils voulaient substituer le gouvernement issu du suffrage universel.

Citoyens,
C’est là notre crime. Et ceux qui n’ont pas craint de livrer Paris à l’ennemi avec sa garnison intacte, ses forts debout, ses murailles sans brèche, ont trouvé des hommes pour nous condamner à la peine capitale.
On ne meurt pas toujours de pareilles sentences. Souvent on sort de ces épreuves plus grand et plus pur. Si l’on meurt, l’histoire impartiale vous met tôt ou tard au-dessus des bourreaux qui, en atteignant l’homme, n’ont cherché qu’à tuer le principe.

Citoyens,
Les hommes ne sont rien, les principes seuls sont immortels. Confiant dans la grandeur et dans la justice de notre cause, nous en appelons du jugement qui nous frappe au jugement du monde entier et de la postérité. C’est lui qui, si nous succombons, fera, comme toujours, un piédestal glorieux aux martyrs de l’échafaud infamant élevé par le despotisme ou la réaction.
Vive la République !
BLANQUI


Voici un ordre émané du Gouvernement de la défense nationale, qui fut donné à un chef d’escadron de gendarmerie lors des derniers événements de la Villette.
Nous le livrons à l’opinion publique sans aucun commentaire.

ORDRE.

Pour l’exécution de l’ordre ci-joint, M. le commandant de Humbert partira avec huit compagnies, à trois heures trois quarts précises, de la caserne de la Cité pour se rendre rue Mathis, à la Villette, suivant un itinéraire qui lui sera indiqué par des inspecteurs de police qui partiront avec la colonne.
Arrivée devant l’école Colbert, le commissaire de police de la villette se joindra à la colonne, et donnera au commandant tous les renseignements nécessaires pour l’opération qu’il s’agit d’effectuer.
Dans le but d’assurer le retour de la colonne, on occupera la rue d’Aubervilliers avec une compagnie placée à la hauteur de la rue du Maroc. Une autre compagnie occupera de même la rue Riquet jusqu’à la rue Curiale ; enfin, pour le cas où le bataillon ne serait pas en force, le chef d’escadron ferait prévenir le commandant d’un bataillon de gendarmerie qui stationnera sur le boulevard, près du pont du chemin de fer, en face de la rue d’Aubervilliers.
La colonne marchera rapidement et sans bruit pour se rendre rue Mathis, où étant arrivée, elle procédera vivement, et au besoin par force, à l’enlèvement des deux Prussiens séquestrés, et si cela est possible, se saisira des auteurs principaux de cette séquestration, conformément à l’ordre de M. le préfet.


Tous les journaux réactionnaires publient des récits plus ou moins dramatiques sur ce qu’ils appellent « l’assassinat » des généraux Lecomte et Clément Thomas.
Sans doute ces actes sont regrettables.
Mais il importe, pour être impartial, de constater deux faits :
1° Que le général Lecomte avait commandé à quatre reprises, sur la place Pigalle, de charger une foule inoffensive de femmes et d’enfants ;
2° Que le général thomas a été arrêté au moment où il levait, en vêtements civils, un plan des barricades de Montmartre.
Ces deux hommes ont donc subi la loi de la guerre, qui n’admet ni l’assassinat des femmes ni l’espionnage.
On nous raconte que l’exécution du général Lecomte a été opérée par des soldats de la ligne et celle du soldat Clément Thomas par des gardes nationaux.
Il est faux que ces exécutions aient eu lieu sous les yeux et par les ordres du comité central de la garde nationale. Le comité central siégeait avant-hier rue Onfroy, près de la bastille, jusqu’à l’heure où il a pris possession de l’Hôtel-de-Ville ; et il a appris en même temps l’arrestation et la mort des deux victimes de la justice populaire.
Ajoutons qu’il a ordonné une enquête immédiate sur ces faits.


Les premières nouvelles que nous recevons de Versailles constatent l’agitation et l’anxiété auxquelles il fallait s’attendre, mais constatent aussi la prédominance des idées de conciliation sur presque tous les bancs de l’Assemblée.


On lit dans le Soir.
On parle à Versailles d’un mouvement qui aurait éclaté à Lyon.
Orléans serait également fort agité.
Ce mouvement se serait produit en même temps que celui de Paris.


On lit dans l’Electeur libre :
Nous avons d’excellentes nouvelles de Versailles. 40 000 hommes de troupe sûres doivent s’y trouver réunies aujourd’hui.
M. Thiers est d’un calme imperturbable, et se montre plein de confiance dans l’issue finale. La France, a-t-il dit aux députés réunis, est ici avec vous, et c’est ici que nous la défendrons.
Il n’est, en aucune façon, question d’un changement de ministère.


NOUVELLES DES DEPARTEMENTS

Le Journal des Débats annonce que le gouvernement français et l’Assemblée nationale se retirent de Versailles sur Orléans, et que M. le général Faidherbe est nommé généralissime des forces de terre et de mer.
D’autre part, on assure que des bataillons de gardes nationaux, formant près de 10 000 hommes, seraient partis pour Versailles, afin de s’emparer de l’Assemblée et du gouvernement. — Il y a des gens qui ne doutent de rien !


Le gouvernement de Versailles avait envoyé l’ordre de ne pas ouvrir aujourd’hui la Bourse.
Les agents de change, à l’unanimité, ont décidé que la Bourse ouvrirait comme d’habitude.


La Banque de France a continué aujourd’hui ses opérations à bureau ouvert.


L’autorité militaire vient de recevoir avis de la prochaine arrivée dans Saône-et-Loire de 60 000 de nos soldats prisonniers revenant d’Allemagne. Ils seraient répartis entre les villes de Mâcon, chalon et Autun, mais n’y feraient qu’un court séjour. Ils recevront dans ces villes les effets dont ils manquent, et seront dirigés sur les corps auxquels ils appartiennent. Les magasins généraux d’habillement et de rééquipement seraient installés à Mâcon.


La place du panthéon est gardée par la garde nationale.
Dans le quartier, il n’y a qu’une seule barricade ; elle a été élevée au bout de la rue Mouffetard.


Pendant toute la journée du 18 mars, le Panthéon était occupé par un régiment de ligne. Les 118e et 119e bataillons sont venus pour prendre possession du monument ; un grand nombre d’officiers de ces bataillons ont parlementé avec le colonel du régiment de ligne, qui a consenti à laisser la garde nationale pénétrer en dedans des grilles. Dans la nuit, des renforts sont arrivés de différents points, et aujourd’hui le Panthéon se trouve défendu par des détachements de plusieurs bataillons du Ve arrondissement.


A deux heures, le 117e bataillon s’est emparé de la mairie du IXe arrondissement. M. Demarest, maire, a donné l’assurance à la délégation de ce bataillon qu’il ne prendrait aucune mesure contre l’installation d’une commission provisoire à la mairie, et qu’il était prêt à donner sa démission.


NOUVELLES ETRANGÈRES

SUISSE

On lit dans l’Helvétie :
ZURICH. — Les chefs et promoteurs du tumulte devant la maison de force ont été arrêtés. Un forgeron du canton de Zug, Pancrace Meyenberg, qui a fait un discours agressif sur la place de l’Hôtel-de-Ville, est également en état d’arrestation. Un des hommes qui paraissaient exercer une certaine influence sur la foule a été l’un des premiers blessés mortellement ; deux autres sont gravement blessés, l’un à l’hôpital, l’autre à Vipkingen.
Sur la proposition de M Ziegler, le grand conseil a institué une commission qui devait rapporter le même jour sur les événements. M. Krebser, membre de l’Internationale a demandé que si aucun membre de cette société ne fait partie de la commission, on donne du moins à un ou plusieurs d’entre eux l’occasion d’examiner les pièces et de se faire représenter dans le sein de la commission pour repousser d’injustes soupçons.


ANGLETERRE

Secours à la France. — Le comité du Mansior House de Londres, a tenu hier sa séance bi-hebdomadaire, sous la présidence du lord maire.
Le président a annoncé au comité que les mesures avaient été prises pour faire parvenir à Paris le charbon fourni, à titre de don gratuit, par M. George Mowe, ainsi que le complément nécessaire pour achever le chargement d’un navire affecté à cet effet.
Dans la même séance, lecture a été donnée d’une lettre de M. W. H. Bullock, à Sedan, demandant à la société un secours en argent destiné à l’achat de semailles, de pommes de terre et d’avoine du printemps pour être distribuées dans la ville. Une résolution est votée affectant une somme de 75 000 fr. à satisfaire cette demande.
Restait encore en caisse une somme disponible de 7 000 livr. st.
Un rapport préparé par l’archevêque Manning donne des détails complets sur le mode d’emploi des fonds souscrits, s’élevant alors à 122 940 liv. sterling.
(Daily Telegraph).

— Une lettre de Lemberg annonce que 150 000 hommes de troupes russes ont été concentrés sur la frontière de Pologne et de la Roumanie. Ces troupes paraissent être les meilleures de l’armée russe, et elles ont été organisées beaucoup plus promptement que toutes les autres. Elles sont armées de carabines se chargeant par la culasse et possèdent une artillerie supérieure. (Idem)

— Le journal de Rome Il Buon Santo a la consolation d’annoncer à ses lecteurs la soumission illimitée de Mgr Darboy, archevêque de Paris, aux décrets du comité du Vatican. Les évêques d’Orléans et de Marseille n’ont pas encore offert la même consolation à la feuille de Rome, mais elle espère l’obtenir sous peu. (Idem).

— Le parti libéral en Allemagne s’est mis activement à l’œuvre, et il a la plus grande confiance dans l’élection du Dr Jacoby et celles de Heren Liebknekt et Bebel. Ce dernier a publié une courte adresse à ses électeurs, les remerciant de leur cordial appui. Le Dr Jacoby a pour concurrent Herr von Schweitzer. La lutte paraît devoir être très chaude.

BERLIN, 17 mars. — Il est aujourd’hui certain que l’indemnité de guerre de 5 milliards représentera la somme nette qu’il y aura à payer, sans aucune déduction de dette nationale ou de contribution forcées (Echo.)


ITALIE

On nous écrit de Florence, 15 mars :
L’affaire de Tunis n’est pas aussi arrangée qu’on l’avait cru. On n’est pas certain que le bey de Tunis ratifie la convention signée par le général Hassein. Beaucoup de journaux regardent cette affaire comme pouvant se compliquer. Le Diritto en parle comme si elle était grave et menaçante. Vous savez que l’escadre de la Spezia s’est rendue à Gaëte.
Il est vraiment certain, l’Opinione l’a confirmé, que Victor-Emmanuel n’a nullement écrit à Guillaume en faveur de la France, au sujet des conditions de paix. Victor-Emmanuel a laissé agir son gouvernement sans agir jamais de sa personne. Il paraîtrait, du reste, que, personnellement, il ne s’intéressait qu’à l’empereur Napoléon.


FAITS DIVERS

On lit dans la Nouvelle République :

LES MARTYRS DE LA REVOLUTION MUNICIPALE

On ne parle pas d’eux, ils restent inconnus ; et si l’on s’attendrit çà et là dans un groupe, ce n’est pas sur leur mort obscure, c’est sur le supplice de quelque soldat à graine d’épinards, qui aura trouvé la mort derrière une barricade.
Nous n’en connaissons qu’un : Turpin.
C’était une simple et loyale nature, vraiment digne de la belle mort qu’il a eue.
On a porté son cadavre à Lariboisière, et demain peut-être il faudra le disputer à l’amphithéâtre.
Patriotes, qu’il n’aille pas seul à la fosse commune !


On lit dans le Rappel :
Deux heures. — Le ministère de l’intérieur a été occupé par les membres du comité central.
Les employés se sont retirés.
Le télégraphe de la rue de Grenelle, le Journal officiel et l’Imprimerie nationale sont également occupés.
Trois heures. — Occupation de l’Elysée.


On a publié, sur l’assassinat des généraux Clément thomas et Lecomte, des récits — ou plutôt déjà des légendes — qui font les auteurs de cet attentat plus cruels et plus abominables encore qu’ils ne le seraient en réalité.
On assure qu’aucune de ces versions n’est conforme à la vérité. Le comité central repousse toute part de responsabilité dans cette exécution.


LE GENERAL CREMER

En ce moment, un huissier annonce au conseil le général Cremer.
Tous les regards se tournent vers la porte, et nous voyons entrer un jeune militaire, d’une figure charmante, ma foi, à l’air intelligent et vif, la moustache noire coquettement relevée ; l’ensemble de la personne est martial et gracieux à la fois.
M. Cremer est en petite tenue de général. Il tient son képi à la main.
Le citoyen Johannard se lève et va au devant de lui avec deux ou trois membres du comité, qui tous tendent la main à celui qui commandait dans la journée victorieuse (?) de Nuits.
Une acclamation de bienvenue unanime salue le général. On lui fait entendre qu’on lui confierait volontiers le commandement des forces militaires de Paris ; et, avant que M. Cremer ait répondu à cette proposition, les membres du comité se rapprochent pour en délibérer eux-mêmes dans un coin, tandis que le général se tient respectueusement debout en attendant le résultat de ce ballottage de famille.
On revient à lui, et cette fois le commandement lui est offert.
Il demande vingt-quatre heures pour réfléchir avant d’accepter. — C’est trop long, dit une voix.
Cremer se retire, et nous sortons derrière lui.
Il est accompagné de deux officiers d’état-major de très petite taille.
La foule, qui ne connaît pas son visage et qui éprouve le besoin de crier : vive quelqu’un ! avait crié sur son passage, tandis qu’il se rendait à l’Hôtel-de-Ville : vive Bordone !
D’autres criaient : Vive Garibaldi !
Quelques-uns : Vive Chanzy !
A sa sortie, le général commence à être acclamé sous son véritable nom.
Il entre avec ses deux compagnons au café Legendre, qui fait le coin de la rue de Rivoli et de la deuxième rue à main droite en venant de l’Hôtel-de-Ville. Une foule compacte l’y suit. Vainement une cinquantaine de gardes nationaux cherchent à le protéger contre une curiosité qui, pour être sympathique, n’en est pas moins écrasante. Les gardes nationaux disent : Laissez respirer le général Cremer.
Le café envahi fait des affaires d’or.
La moindre consommation y atteint le prix de trois francs.
Malheureusement pour cette petite spéculation, le général se retire au bout de quatre minutes, emportant la vogue et la hausse avec lui.
La république de Venezuela vient d’envoyer la médaille de Simon Bolivar à M. Chevalier Rodrigues Ely, en récompense de travaux d’ordre financier entièrement désintéressés.


TRIBUNAL DE COMMERCE DE LA SEINE

Dépôt au greffe. — Actes de Société.

Formations. — Gobelli fils et Cie, fumisterie, rue de Vanves, 40 (Acte sous seing privé, 13 mars.)
Desjardin et Létot, garçons de selle, quai de Jemmapes, 108. (Acte s. s. p., 16 mars.)
Sylvin et Paclet, brunissage de métaux, etc. (Acte s. s. p., 16 mars.)
De Magny et Cie, la Solidarité, rue des Halles, 22. (Acte s. s. p., 14 mars.)
Rousseaux et Cie, plomberie, etc., boulevard Rochechouart, 98. (Acte s. s. p., 17 mars.)
Prorogations. — P. Statraefen et Beaufour, draperie, rue des Bourdonnais, 31. (Acte s. s. p., 14 mars.)
Dissolutions. — J. Michel et Cie, confection, rue de Cléry, 4. (Acte s. s. p., 15 mars.)
Bourdel et Ragot, brevets d’invention, avenue de Batignoles, 14. (Acte s. s. p., 15 mars.)
Société de fabrication de caissons à munitions (Acte s. s. p., 16 mars.)
F. Goyer et Hermet, imprimerie, passage Dauphine, 7. (Actes Mes Sebert et Gozzoli, notaires, 17 mars.)

Mercredi 22 Mars 1871

SOMMAIRE
PARTIE OFFICIELLE. — Fédération républicaine de la garde nationale. — Proclamation des députés et maires de Paris. — Nominations officielles.

PARTIE NON OFFICIELLE. — Paris est dans le droit. — Les groupes des boulevards. — Avertissement. — Dépêches Picard.

PARTIE OFFICIELLE

Paris, le 21 Mars 1871.

FEDERATION REPUBLICAINE
de la
GARDE NATIONALE

Le comité central, n’ayant pu établir une entente parfaite avec les maires, se voit forcé de procéder aux élections sans leur concours.
En conséquence, le comité arrête :
1° Les élections se feront dans chaque arrondissement par les soins d’une commission électorale nommée à cet effet par le comité central ;
2° Les électeurs de la ville de Paris sont convoqués jeudi 23 mars 1871, dans leurs collègues électoraux, à l’effet d’élire le conseil communal de Paris ;
3° Le vote se fera au scrutin de liste et par arrondissement ;
4° Le nombre de conseillers est fixé à 90, soit 1 pour 20 000 habitants et par fraction de plus de 10 000 ;
5° Ils sont répartis d’après la population, ainsi qu’il suit :

ARRONDISSEMENTS POPULATION Nombre de CONSEILLERS
Ier 81 665 4
IIe 79 909 4
IIIe 92 680 5
IVe 98 648 5
Ve 104 083 5
VIe 99 115 5
VIIe 75 438 4
VIIIe 70 259 4
IXe 106 221 5
Xe 116 641 6
XIe 149 641 7
XIIe 78 635 4
XIIIe 70 192 4
XIVe 65 506 3
XVe 69 340 3
XVIe 42 187 2
XIIe 93 193 5
XIIIe 130 456 7
XIXe 88 930 4
XXe 87 444 4
TOTAL 1 805 932 90

6° Les électeurs voteront sur la présentation de la carte qui leur a été délivrée pour l’élection des députés à l’Assemblée nationale, le 8 février 1871, et dans les mêmes locaux ;
7° Ceux des électeurs qui n’auraient pas retiré leur carte à cette époque ou l’auraient égarée depuis, prendront part au vote, après vérification de leur inscription sur la liste électorale. Ils devront faire constater leur identité par deux électeurs inscrits dans leur section ;
8° Le scrutin ouvrira à 8 heures du matin et sera clos à 7 heures du soir ; le dépouillement commencera immédiatement après la clôture du scrutin.
CITOYENS,
Le comité central remet aux mains du peuple de Paris le pouvoir tombé de mains indignes. Les élections communales se feront d’après le mode ordinaire ; mais le comité central exprime le vœu qu’à l’avenir le vote nominal soit considéré comme le seul vraiment moral et digne des principes démocratiques.
Le Comité central de la garde nationale,
AVOINE FILS, ANT. ARNAUD, G ; ARNOLD, ASSI, ANDIGNOUX, BOUIT, JULES BERGERET, BABICK, BOURSIER, BAROU, BILLIORAY, BLANCHET, CASTIONI, CHOUTEAU, C. DUPONT, FERRAT, HENRY FORTUNE, FABRE, FLEURY, FOUGERET, C. GAUDIER, GOUHIER, GUIRAL, GERESME, GROLLARD, JOSSELIN, FR. JOURDE, MAXIME LISBONNE, LAVALETTE, CH. LULLIER, MALJOURNAL, MOREAU, MORTIER, PRUDHOMME, ROUSSEAU, RANVIER, VARLIN, VIARD.


Voici la proclamation des députés et maires de Paris :

Citoyens,
Pénétrés de la nécessité absolue de sauver Paris et la République en écartant toute cause de collision, et convaincus que le meilleur moyen d’atteindre ce but suprême est de donner satisfaction aux vœux légitimes du peuple, nous avons satisfaction aux vœux légitimes du peuple, nous avons résolu de demander aujourd’hui même à l’Assemblée nationale l’adoption de deux mesures qui, nous en avons l’espoir, contribueront, si elles sont adoptées, à ramener le calme dans les esprits.
Ces deux mesures sont : l’élection de tous les chefs de la garde nationale et l’établissement d’un conseil municipal élu par tous les citoyens.
Ce que nous voulons, ce que le bien public réclame en toute circonstance et ce que ma situation présente rend plus indispensable que jamais, c’est l’ordre dans la liberté par la liberté.
Vive la France ! vive la République !
(Suivent les signatures.)


Le général commandant en chef des gardes nationales de la Seine a nommé, en date de ce jour, le général Raoul du Bisson aux fonctions de chef d’état-major général ;
Le colonel Valigranne aux fonctions de sous-chef d’état-major général et commandant militaire à l’Hôtel-de-Ville.
Le commandement du palais des Tuileries a été confié au colonel Dardelles, commandant des cavaliers de la République.
Pour le général en chef des gardes nationales de la Seine :
Le sous-chef d’état-major général,
DU BISSON.

PARTIE NON OFFICIELLE

Paris, le 21 Mars 1871.

PARIS EST DANS LE DROIT

Le droit, la souveraineté du peuple sont-ils à Versailles ou à Paris ?
Poser cette question, c’est la résoudre.
L’assemblée, siégeant d’abord à Bordeaux et actuellement à Versailles, a été nommée dans des circonstances particulières et chargée d’une mission déterminée à l’avance, d’une sorte de mandat impératif restreint.
Elue à la veille d’une capitulation, pendant l’occupation du territoire par l’ennemi, les élections de ses membres ont nécessairement et forcément subi la pression de l’étranger et des baïonnettes prussiennes ; une partie au moins des députés, ceux des départements envahis, n’ont pu être nommés librement.
Aujourd’hui que les préliminaires de paix, cédant deux provinces à la Prusse, sont signés, les représentants de l’Alsace et de la Lorraine ne pouvaient plus siéger à l’Assemblée : ils l’ont compris eux-mêmes, c’est pourquoi ils ont donné leur démission.
Un grand nombre d’autres représentants, pour des motifs divers, ont imité cet exemple.
L’Assemblée est donc incomplète, et l’élection d’une partie de ses membres a été entachée et viciée par l’occupation et la pression étrangères.
Cette Assemblée ne représente donc pas d’une manière complète, incontestable, la libre souveraineté populaire.
D’un autre côté, par son vote de défiance et de haine contre Paris, où elle a refusé de venir siéger, l’Assemblée de Bordeaux et de Versailles a méconnu les services rendus par Paris et l’esprit si généreux et si dévoué de sa population. Elle n’est plus digne de siéger dans la capitale.
Par l’esprit profondément réactionnaire dont elle a fait preuve, par son étroitesse de vues, son caractère exclusif et rural, par l’intolérance dont elle s’est rendue coupable envers les plus illustres et les plus dévoués citoyens, cette assemblée provinciale a prouvé qu’elle n’était pas à la hauteur des événements actuels, et qu’elle était incapable de prendre et de faire exécuter les résolutions énergiques indispensables au salut de la patrie.
Il y a qu’une assemblée librement élue, en dehors de toute pression étrangère et de toute influence officielle réactionnaire et siégeant à Paris, à qui la France entière puisse reconnaître le caractère de souveraineté nationale et déléguer le pouvoir législatif ou constituant.
Hors de l’indépendance et de la liberté des élections, et en dehors de Paris, il ne peut exister que des faux-semblants de représentation nationale et d’assemblée souveraine.
Que l’Assemblée actuelle se hâte donc d’achever la triste besogne qui lui a été confiée : celle de résoudre la question de la paix ou de la guerre, et qu’elle disparaisse au plus vite. Elle n’a reçu qu’un mandat limité et ne peut, sans violer la souveraineté du peuple, s’octroyer le droit d’élaborer les lois organiques.
C’est à Paris qu’incombe le devoir de faire respecter la souveraineté du peuple et d’exiger qu’il ne soit point porté atteinte à ses droits.
Paris ne peut se séparer de la province, ni souffrir qu’on la détache de lui.
Paris a été, est encore et doit rester définitivement la capitale de la France, la tête et le cœur de la République démocratique, une et indivisible.
Il a donc le droit incontestable de procéder aux élections d’un conseil communal, de s’administrer lui-même, ainsi que cela convient à toute cité démocratique, et de veiller à la liberté et au repos publics à l’aide de la garde nationale, composée de tous les citoyens élisant directement leurs chefs par le suffrage universel.
Le comité central de la garde nationale, en prenant les mesures nécessaires pour assurer l’établissement du conseil communal de Paris et l’élection de tous les chefs de la garde nationale, a donc pris des mesures très sages, indispensables et de première nécessité.
C’est aux électeurs et aux gardes nationaux qu’il appartient maintenant de soutenir les décisions du gouvernement, et d’assurer par leurs votes, en nommant des républicains convaincus et dévoués, le salut de la France et l’avenir de la République.
Demain ils tiendront leurs destinées dans leurs mains, et nous sommes persuadés à l’avance qu’ils feront bon usage de leurs droits.
Que Paris délivre la France et sauve la République.
Le délégué au JOURNAL OFFICIEL.


LES GROUPES DES BOULEVARDS

De distance en distance, du boulevard Montmartre à la Madeleine, notamment sur le boulevard des Italiens, quelques groupes de vingt-cinq, cinquante et même cent personnes, sont là, en permanence, discutant, gesticulant, et gênant la circulation.
Chaque groupe possède quatre ou cinq orateurs en plein vent qui tiennent l’attention des auditeurs. Ces orateurs, presque toujours réactionnaires, s’appuient sur ce thème que ce qu’il faut maintenant, c’est du travail, et que le nouveau gouvernement sera incapable d’en procurer.
Oui, certes, il faut du travail, et de l’ordre, mais pour avoir ces deux choses dans Paris, il y faut aussi la République en toute sécurité.
Il faut que les fonctions militaires ou administratives, d’ordre supérieur surtout, soient confiées à des républicains énergiques.
C’est à ces conditions-là que la République peut et doit exister. Or, la garantie pour l’ordre et la reprise du travail est dans la nomination d’un conseil communal, ayant pouvoir sur toutes les autorités municipales.


AVERTISSEMENT

Après les excitations à la guerre civile, les injures grossières et les calomnies odieuses, devaient nécessairement venir la provocation ouverte à la désobéissance aux décrets du Gouvernement siégeant à l’Hôtel-de-Ville, régulièrement élu par l’immense majorité des bataillons de la garde nationale de Paris (215 voix sur 266 environ).
Plusieurs journaux publient en effet aujourd’hui une provocation à la désobéissance à l’arrêté du comité central de la garde nationale, convoquant les électeurs pour le 22 courant, pour la nomination de la commission communale de la ville de Paris.
Voici cette pièce, véritable attentat contre la souveraineté du peuple de Paris, commis par des rédacteurs de la presse réactionnaire :


AUX ELECTEURS DE PARIS
DECLARATION DE LA PRESSE

Attendu que la convocation des électeurs est un acte de souveraineté nationale.
Que l’exercice de cette souveraineté n’appartient qu’aux pouvoirs émanés du suffrage universel.
Que par suite, le comité qui s’est installé à l’Hôtel-de-Ville n’a ni droit ni qualité pour faire cette convocation ;
Les représentants des journaux soussignés regardent la convocation, affichée pour le 22 courant, comme nulle et non avenue, et engagent les électeurs à n’en pas tenir compte.
Le Journal des débats, le Constitutionnel, le Moniteur universel, le Figaro, le Gaulois, la Vérité, Paris-Journal, la Presse, la France, la Liberté, le Pays, le National, l’Univers, le Temps, la Cloche, la Patrie, le Bien public, l’Union, l’Avenir libéral, Journal des Villes et des Campagnes, le Charivari, le Monde, la France nouvelle, la gazette de France, le Petit Moniteur, le Petit National, l’Electeur libre, la Petite Presse.

Comme il l’a déjà déclaré, le comité central de la garde nationale, siégeant à l’Hôtel-de-Ville, respecte la liberté de la presse, c’est-à-dire le droit qu’ont tous les citoyens de contrôler, de discuter et de critiquer ses actes à l’aide de tout les moyens de publicité, mais il entend faire respecter les décisions des représentants de la souveraineté du peuple de Paris, et il ne permettra pas impunément que l’on y porte atteinte plus longtemps en continuant à exciter à la désobéissance à ses décisions et à ses ordres.
Une répression sévère sera la conséquence de tels attentas, s’ils continuent à se produire.


DEPÊCHES DE M. PICARD
Général Valentin à colonel Vabre
Le régiment de ligne qui vous gardait s’est-il replié ? et qu’avez-vous pour garder, abstraction faite de Lobeau ?


Général Valentin à maire de Paris
Gardez la garde républicaine de Lobeau. Ce n’est que dans le cas où la troupe de ligne se replierait qu’il y aurait lieu d’évacuer la caserne


Intérieur à maire de Paris
Réunir les maires au ministère, à cinq heures ; prière de les convoquer.
CALMON


Intérieur à Jules Ferry, maire de Paris.
Nous réunissons les maires à cinq heures ; voulez-vous bien m’autoriser à leur télégraphier qu’il y aura une réunion unique, et qu’elle sera tenue à cinq heures au ministère de l’intérieur ?


Intérieur à maire de Paris,

Suspendez l’évacuation ; je vais vérifier cet ordre et le discuter avec le général.
ERNEST PICARD


C’est par erreur qu’on a fait figurer le citoyen Johannard parmi les membres du Comité central de la garde nationale, dont il ne fait pas partie.


M. Achille Legrand, cafetier, 112, rue de Rivoli, nous prie de rectifier les faits concernant son établissement que nous avons publiés hier.
Le général Cremer est effectivement entré se rafraîchir au café Legrand, mais aucune spéculation déplacée n’a été faite, et les consommations ont été vendues aux prix ordinaires.

Jeudi 23 Mars 1871

SOMMAIRE

PARTIE OFFICIELLE. — Communication du major allemand et réponse du comité central. — Avis à la presse, aux employés des administrations et décision sur les soldats actuellement à Paris. — Démissions de fonctionnaires.

PARTIE NON OFFICIELLE. — Lettre du citoyen Delescluze. — Affiche de la chambre syndicale. — Article de Joigneaux. — Nouvelles étrangères. — Arrestation de M. Rouher. — Assemblée de Versailles. — Faits divers.

PARTIE OFFICIELLE

Paris, le 22 Mars 1871.

COMITE CENTRAL

Citoyens,
Le Comité centra a reçu du quartier général prussien la dépêche suivante :

COMMANDEMENT EN CHEF DU 3e CORPS D’ARMEE
Quartier général de Compiègne, le 21 mars 1871.

Au commandant actuel de Paris.

Le soussigné, commandant en chef, prend la liberté de vous informer que les troupes allemandes qui occupent les forts du nord et de l’est de Paris, ainsi que les environs de la rive droite de la Seine, ont reçu l’ordre de garder une attitude amicale et passive tant que les événements dont l’intérieur de Paris est le théâtre ne prendront point, à l’égard des armées allemandes, un caractère hostile et de nature à les mettre en danger, mais se maintiendront dans les termes arrêtés par les préliminaires de la paix.
Le chef du quartier général,
Signé : VON SCHLOTHEIM,
Major général.

Le délégué du Comité central aux relations extérieures a répondu :

Paris, le 22 mars 1871.
Au commandant en chef du 2e corps des armées impériales prussiennes.

Le soussigné, délégué du Comité central aux affaires extérieures, en réponse à votre dépêche en date de Compiègne, 21 mars courant, vous informe que la révolution accomplie à Paris par le Comité central, ayant un caractère essentiellement municipal, n’est en aucune façon agressive contre les armées allemandes.
Nous n’avons pas qualité pour discuter les préliminaires de la paix votés par l’Assemblée de Bordeaux.
Le Comité central et son délégué aux affaires extérieures.


La presse réactionnaire a recours au mensonge et à la calomnie pour jeter la déconsidération sur les patriotes qui ont fait triompher les droits du peuple.
Nous ne pouvons pas attenter à la liberté de la presse : seulement le gouvernement de Versailles ayant suspendu le cours ordinaire des tribunaux, nous prévenons les écrivains de mauvaise foi auxquels seraient applicables en temps ordinaires les lois de droit commun sur la calomnie et l’outrage, qu’ils seront immédiatement déférés au Comité central de la garde nationale.


Par suite de la désertion générale des employés du gouvernement, les services publics sont complètement désorganisés.
Tous les employés administrations publiques qui, à partir du 25 de ce mois, n’auront pas repris leurs occupations habituelles, seront irrémissiblement destitués.


Vu les mesures prises par le gouvernement de Versailles pour empêcher le retour dans leurs foyers des soldats licenciés par le fait des derniers événements ;
Le Comité central décide que, jusqu’à ce qu’une loi ait fixé la réorganisation des forces nationales, les soldats actuellement à Paris incorporés dans les rangs de la garde nationale et en toucheront l’indemnité.
Hôtel-de-Ville, 22 mars 1871.
Le Comité central de la garde nationale :
ANT. ARNAUD, ASSI, BILLIOGRAY, FERRAT, BABICK, ED. MOREAU, C. DUPONT, VARLIN, BOURSIER MARTIN, GOUHIER, LAVALETTE, FR. JOURDE, ROUSSEAU CH. LULLIER, G. ARNOLD, VIARD, BLANCHET, J. GROLLARD, BAROUD, H. GERESME, FABRE, FOUGERET, BOUIT, H. CHOUTEAU, ANDIGOUX, C. GAUDIER, CASTIONI, PRUDHOMME, JOSSELIN, MAXIME LISBONNE, J. BERGERET, MALJOURNAL, RANVIER, FLEURY, AVOINE fils, EUDES, GUILLER.


En prenant possession de la préfecture de police et des casernes, des gardes nationaux ont trouvé des armes qu’on leur dérobait depuis longtemps.
A cette heure, certains d’entre eux sont possesseurs de plusieurs fusils.
Le comité central les engage vivement à ne garder par devers eux qu’une arme, et à venir déposer les autres au ministère des finances ou à l’Hôtel-de-Ville. On ne peut laisser inutile un fusil qui peut armer un bon citoyen.
Hôtel-de-Ville, 22 mars 1871.
Pour le Comité central de la garde nationale.
BOURSIER, EUDES, MOREAU.


Par arrêté du délégué près le ministère de l’intérieur, en date du 22 mars 1871, le citoyen Hauréau, directeur de l’Imprimerie nationale ;
Le citoyen Picamilh, sous-directeur ;
Le citoyen Derenemesnil, chef des travaux, sont relevés de leurs fonctions.
Le citoyen Huyard, sous-prote, est, sur sa demande, relevé de ses fonctions.
Le délégué de l’intérieur, pour le Comité central.
GRELIER.

PARTIE NON OFFICIELLE
Paris, le 22 mars 1871.

Le citoyen Ch. Delescluze vient d’adresser au directeur de l’Avenir national la note suivante :

Paris, le 22 mars 1871.

Monsieur le rédacteur de l’Avenir national,
Il n’est point exact que « j’ai été prié de joindre mes efforts à ceux de mes collègues » à propos des événements qui sont en train de s’accomplir.
Je n’ai reçu d’eux ni prière ni invitation, et j’ajouterai d’ailleurs que je n’y aurais pas obtempéré. Voici mes raisons.
A Bordeaux, mettant de côté mes sentiments personnels, j’ai voulu me rapprocher du groupe qui s’intitule « gauche radicale ». J’y ai trouvé d’excellents républicains, sans doute, mais en général trop disposés à suivre la désertion de certains hommes qui, compromis par le vote plébiscitaire au 3 novembre, ne peuvent plus se dispenser de soutenir ou d’amnistier quand même les traîtres qui, trois mois plus tard, ont livré Paris et la France à l’ennemi. J’ai dû me retirer.
Quels motifs avais-je de sortir de cette réserve une fois revenu à Paris ? Je voyais un certain nombre de représentants de Paris chercher à s’entendre avec les maires. Or, j’avais deux mois durant, de novembre à janvier, expérimenté l’esprit de MM. les maires, alors mes collègues, et je savais qu’il n’y avait rien à en attendre de sérieux et d’utile.
Voilà pourquoi, puisque vous tenez à le savoir, je ne me suis mêlé ni aux représentants du groupe Louis Blanc, ni aux chefs des municipalités.
Quant au comité de l’Hôtel-de-Ville, je comprends mal que vous vous étonniez de n’y pas trouver mon nom. Il est le produit d’une situation antérieure à ma rentrée dans Paris. Sa valeur est précisément dans son caractère délégataire et anonyme. Je n’avais rien à y faire. Mais laissons ce qui me concerne et constatons les faits suivants :
Il y a quelques jours encore, la République était discutée, contestée, même audacieusement niée et tournée en dérision. Le gouvernement l’acclame lui-même aujourd’hui.
On sait ce qu’il en a coûté au 31 octobre comme au 22 janvier pour réclamer la constitution du conseil municipal de Paris, et voilà que l’Assemblée — l’Assemblée de Bordeaux ! — vote d’enthousiasme l’urgence d’une loi qui doit rendre à Paris son autonomie.
La loi sur les échéances était détestable ; le ministre qui l’a fait voter d’urgence demande aujourd’hui l’urgence pour son annulation.
Ainsi en sera-t-il successivement de toutes les réclamations de Paris, qui s’imposeront parce qu’elles sont commandées par le droit et la justice.
Eh bien, qui oserait soutenir que sans l’action continue de Paris, ces résultats seraient et pourraient être atteints ?
Ne soyons donc ni ingrats ni oublieux, et sachons reconnaître que si des malheurs regrettables ont eu lieu, il n’a été possible ni de les prévoir ni de les prévenir.
Qu’on songe enfin que des mouvements de cette intensité et de cette durée ne sont pas le produit d’efforts individuels, d’intrigues dirigée par quelques meneurs. Pour mettre ne branle des masses aussi considérables, il faut un accord de volontés qui ne se commande pas comme l’exercice.
Agréez mes salutations empressées.
CH. DELESCLUZE.


L’affiche suivante, imprimée sur papier rouge, a été collée hier dans le quartier de l’Hôtel-de-Ville :

CHAMBRE SYNDICALE
DES OUVRIERS TAILLEURS ET SCIEURS DE PIERRES

Citoyens,
A l’appel de la patrie en danger, nous avons pris les armes, là était notre devoir, aujourd’hui, la misère et le lèpre nous ont atteints. Ce n’est que par un sublime effort que nous pourrons améliorer notre avenir.
L’époque difficile que nous traversons doit nous avoir amenés à des réflexions sérieuses au sujet de notre position sociale comme travailleurs. Nous devons nous demander si nous, producteurs, nous devons continuer à faire vivre grassement ceux qui ne produisent rien ; si le système que l’on a suivi jusqu’ici est destiné à exister toujours, alors même qu’il nous est complètement opposé. Prouvons par notre attachement à la sainte cause de la démocratie que nous sommes dignes de tous les égards qui nous sont dus.
Donc, travailleurs, à l’ouvrage ! car nos patrons ne songent en ce moment qu’à profiter de notre misère pour nous exploiter encore davantage, si cela est possible ; et, si nous savons nous entendre, nous mettrons un frein à leurs basses rapacités.
A cet effet, nous convoquons les ouvriers tailleurs et scieurs de pierres à une réunion qui aura lieu jeudi, 23 mars 1871, à midi, place de la Corderie-du-Temple, 6 (salle Montier).
Pour la chambre syndicale des tailleurs et scieurs de pierres.
ALAIN, LOUIS BALLIERE, EMILE BANDIER, BONNEFEMPE, BRES, CHANTELOUP, LOUIS FAGES, GERAULT, GUITTON, IBOS, JOUSSELIN, LACROIX, LAVERNIAT, LEROUGET, RIBERON, VALLET.


Quelques jours après la révolution du 4 septembre, le journal le Siècle publiait l’article suivant, que nous nous empressons de reproduire. Il est certain que s’il eût servi d’inspiration aux habitants de Paris, ils n’auraient pas eu à subir les douleurs d’une honteuse capitulation.

A NOUS LES AUDACIEUX !

Dans les situations difficiles, il faut l’intelligence prompte et les hardiesses inconnues. Les jeunes, les téméraires, les audacieux, les savants indisciplinés, deviennent nos hommes. L’idée et l’action doivent être libres ; ne nous gênez plus, ne réglementez plus, débarrassez-vous une bonne fois des vieux colliers et des vieilles cordes. C’est le conseil que donnait l’autre jour notre ami Louis Jourdan, et ce conseil, c’est le salut.
Les meilleurs en ces temps-ci sont ceux qui voient de loin et qui ont le jarret solide ; les meilleurs sont les intrépides du cerveau et du bras ; ce n’est point avec de vieux outils et de vieilles traditions qu’on défera le passé et qu’on fera l’avenir. Essayez donc du pas gymnastique avec les invalides, et vous verrez quelle carrière ils fourniront. Nous sentons cela, nous autres ; mais il s’en trouve qui ne le sentent point et ont le tort de se mettre à la place des éclaireurs, quand pour eux et pour nous ils seraient mieux dans la réserve et au dépôt.
Le temps, nous dit-on, a manqué pour les grandes réformes. C’est vrai ; mais est-il bien sûr qu’autrement, avec les mêmes hommes et les mêmes préjugés, on eût fait mieux ? Il est permis d’en douter. Est-ce que de vieux avocats toucheront jamais à la magistrature ? Est-ce que de vieux diplomates pourront changer de voies ? Est-ce que de vieux généraux souffriront qu’on sorte de la filière et que, d’un bond, on s’élève au-dessus d’eux ? Est-ce que des savants de l’Institut accueilleront jamais à bras ouverts les savants qui n’en sont pas ? Est-ce que les méthodistes renieront la méthode ? Est-ce que les attardés de la discipline verront jamais d’un bon œil les irréguliers ?
Non, non, pas d’illusions. Ils ont leur routine et ils n’en démordront point ; ils ont leur route à eux, et ils n’en suivront pas d’autre ; ils font tant de pas par minute, et vous n’obtiendrez point qu’ils en fasse un de plus.
Il n’y a pas que la révolution qui monte les escaliers quatre à quatre, qui enjambe et saute par-dessus les obstacles ; il n’y a que la révolution qui sache deviner le génie et faire de grands hommes avec des généraux de vingt-cinq ans. Avec nos formalistes et nos règlements, les Marceau et les Hoche ne sont pas possibles, et pourtant il nous en faut.
Tenir au poste, y brûler de la poudre fièrement et s’y faire sauter, c’est beau, et ce doit être le lot de gloire des vieux. Mais quand il s’agit d’aller de l’avant, de changer la tactique et d’éclater en coups d’audace, parlez-nous de jeunes, de ceux qui, au besoin, ne compte pas l’ennemi et font leur trou dans un corps d’armée comme a fait le 3e régiment de zouaves.
Eh bien ! nous avons besoin de ces audacieux dans l’armée, dans les ministères, au gouvernement provisoire, partout, mais dans l’armée d’abord.
Laissez donc les volontaires, les mobiles, choisir librement leurs chefs, et ils vous montreront qu’ils ont le coup d’œil sûr et la main heureuse. Ils sont les premiers intéressés à ne pas se tromper, et il importe qu’ils aient pleine confiance dans les hommes qui marchent à leur tête.
P. JOIGNEAUX.


La Presse annonce que l’ambassade de Russie est la seule qui ait suivi le gouvernement exécutif à Versailles.
Les représentants de l’Angleterre, de l’Autriche, de la Turquie, de l’Italie, etc., n’ont pas quitté Paris. Ils en ont référé à leurs gouvernements respectifs, dont ils attendent les réponses pour prendre une résolution.


Le gouvernement italien s’occupe activement, disent les journaux de ce pays, d’une réforme radicale de l’armée.


D’après la Rivista Maritima, la flotte italienne se compose aujourd’hui de vingt-neuf navires, dont quatre cuirassés.


NOUVELLES ETRANGÈRES

SUISSE

On écrit de Berne, le 13 mars, à la Gazzetta Ticinese :
D’après un rapport du gouvernement des Grisons, le gouvernement italien a absolument prohibé l’entrée en Italie du bétail provenant de la Suisse, à cause de la peste bovine. Comme une pareille mesure est en opposition avec le modus vivendi convenu entre l’Italie et les cantons de frontière touchant le commerce des bestiaux, et comme en outre quelques cas isolés ont été seuls constatés aux frontières occidentales et uniquement à Verrières, où la maladie est presque déjà domptée et près d’être étouffée, l’ambassadeur à Florence a été chargé de demander au gouvernement italien que cette mesure soit promptement révoquée.


ANGLETERRE

Le comité présidé par lord Vernon s’occupe activement de la distribution des semences destinées aux cultivateurs français. D’après les dispositions prises, 14 000 acres pourront être ensemencées en blés de mars : 9 000 en orge ; 10 000 en avoine. 600 tonnes de pommes de terre ont été dirigées sur Boulogne et Honfleur. A ces envois, il faut ajouter les semences offertes par les fermiers anglais et celles que le comité de secours de Mansion House a données. Ainsi 40 000 acres que les événements semblaient devoir condamner à la stérilité seront mises en culture et rendront l’espoir et le courage aux victimes de l’occupation. En suite de l’avancement de la saison des semailles le comité n’enverra plus que des orges et des avoines qui peuvent encore être confiées à la terre jusqu’à la mi-avril.
Si le fonds de réserve le permet, le comité réunira des plants de pommes de terre le plus possible. Les prairies artificielles ne seront point oubliées. Mais ces deux derniers envois restent soumis aux résultats de l’appel fait à la bienfaisance de chacun et de tous (Pall Mall Gazette).
— A la réunion du comité des hôpitaux de la métropole qui a eu lieu samedi dernier, les médecins ont annoncé la décroissance sensible de la variole. La proposition faite par M. Goschen, tendant à augmenter le nombre des institutions pouvant, à l’heure des maladies épidémiques, recevoir un plus grand nombre de malades, a provoqué la résolution de fonder un nouvel établissement à Pecknam ou à Brompton. Le terrain coûterait environ 10 000 liv. sterl. ; l’ouverture de voies d’approche nécessiterait une dépense de 2 000 livres. Des ordres vont être donnés pour l’achat et pour l’appropriation du terrain, et les plans de l’édifice vont être arrêtés, en sorte que l’œuvre ne subirait aucun retard, en cas d’urgence (idem).


ITALIE

FLORENCE, 18 mars. — La question financière est actuellement, ici, la plus grande préoccupation.
M. Sella, proposant une nouvelle émission de 176 millions de billets de banque, a jeté l’émoi dans la Chambre et s’est aliéné la gauche, qui jusqu’ici le soutenait. Le déficit total, pour l’année 1870-1871, est de 203 millions, sans compter 17 millions employés au transfert de la capitale.
— Dans la première quinzaine du mois d’août, le chemin de fer du mont Cenis sera livré au public sans interruption.
— On lit dans la Liberta de Rome, du 17 :
On nous assure que les cléricaux préparent pour dimanche (fête de saint-Joseph) quelque nouvelle et grande démonstration catholique, dans l’espoir surtout qu’elle donne lieu à des désordres qui offrent au pape un motif suffisant pour s’exiler.


ARRESTATION DE M. ROUHER

On lit dans la France du Nord, du 19 mars :

M. Rouher, débarqué jeudi à Boulogne, et descendu à l’hôtel Christol, a été arrêté dans cet hôtel pendant la nuit de dimanche à lundi, à une heure du matin.
C’est M. Monicault, commissaire central de police, qui a procédé à cette arrestation. Il était porteur d’un ordre de M ; le sous-préfet de Boulogne, rendu en exécution d’une décision de M. le secrétaire général de la préfecture du Pas-de-Calais, agissant en vertu des instructions du gouvernement.
Aux termes de cet ordre, la police de Boulogne devait se saisir de la personne de l’ex-président du sénat et de ses papiers, et garder à vue les personnes de sa compagnie.
Quant à M. Monicault, prévenu à minuit, s’est rendu à l’hôtel Christol pour y exécuter le mandat qu’il avait reçu, M. Roher était couché. Son valet de chambre est allé l’éveiller et l’informer que le commissaire central demandait à lui parler. Ce fonctionnaire fut introduit quelques instants après. Il fit connaître à M. Rouher l’objet de sa présence et l’invita à le suivre. L’ex-ministre d’Etat manifesta un grand étonnement, puis déclara qu’il était prêt à obéir ; il s’habilla rapidement ; et bientôt il se rendait à pied avec M. Monicault à l’hôtel de la sous-préfecture.
M. Lagache, qui reste à son poste de sous-préfet jusqu’à l’arrivée de son successeur, a reçu le prisonnier. Celui-ci a réclamé les motifs de son arrestation, et devant l’ordre sommaire et sans explication de la préfecture du Pas-de-Calais, il a protesté contre son arrestation, qu’il a qualifiée d’illégale. Mais il a immédiatement aussi sa parole d’honneur de ne pas chercher à fuir, et il a demandé que l’autorité ne le séparât point de sa femme et de l’une de ses filles, logées avec lui à l’hôtel Christol.
M. le sous-préfet, après avoir rendu M. le commissaire central responsable de la personne de M. Rouher, lui permit d’emmener son captif, qu’il reconduisit à l’hôtel Christol, où il est depuis lors enfermé seul dans une chambre barricadée et gardée par plusieurs agents. Mme et Mlle Rouher sont en outre gardées à vue.
Nous devons ajouter que des papiers trouvés en la possession de M. Rouher, aucun d’eux n’est compromettant.
Il ne peut néanmoins être indifférent de remarquer que M. Rouher avait reçu deux lettres d’amis en ce moment à Paris, qui le tenaient avec précision au courant des événements dont Paris vient d’être le théâtre.
Celui qui fut, par une cruelle ironie de la destinée, le vice-empereur, n’a pas dissimulé que le parti bonapartiste lui semblait perdu dans l’opinion publique, et que ce serait folie à lui de songer à ressaisir le pouvoir.
Il s’élevait fortement contre les troubles de Paris, pour la répression desquels M. Thiers, suivant lui, devait appeler à Versailles toutes les gardes nationales de France, s’il ne voulait se perdre et perdre avec lui le pays. Il se disait tout disposé à prendre un fusil et à se rendre à Versailles pour aider la gouvernement à mettre à l’ordre les révoltés.


On lit dans l’Ami de la France.
On assure que M. Conti a été vu aux Batignolles distribuant de l’argent.
Pourquoi ceux qui l’ont vu ne l’ont-ils pas arrêté ?

Vendredi 24 Mars 1871

SOMMAIRE

PARTIE OFFICIELLE. — Mesure répressive contre les agents réactionnaires. — Affiche de l’Hôtel-de-Ville. — Nomination du général Barberet. — Ordre du jour. — Perception des octrois. — Elections.

PARTIE NON OFFICIELLE. — Arrestation Taillefer. — Incident Picard. — Protestation Flourens. — Adhésion de la province au comité central. — Nouvelles étrangères.

PARTIE OFFICIELLE

Paris, le 23 Mars 1871.

COMITE CENTRAL

De nombreux agents bonapartistes et orléanistes ont été surpris faisant des distributions d’argent pour détourner les habitants de leurs devoirs civiques.
Tout individu convaincu de corruption ou de tentative de corruption sera immédiatement déféré au comité Central de la garde nationale.
Pour le comité central
E. LEBEAU,
Délégué au Journal officiel.


A partir du 24 de ce mois, tous les services militaires concernant l’exécution sont confiés au général Bergeret.


Le service militaire est commandé par le bureau de la place.
Tous les bataillons devront y envoyer leur fourrier d’ordre, le matin à neuf heures.


On voit placardée sur une des portes de l’Hôtel-de-Ville l’affiche suivante :

REPUBLIQUE FRANÇAISE
Liberté — Egalité — Fraternité — Justice

MORT AUX VOLEURS

Tout individu pris en flagrant délit de vol sera immédiatement fusillé.


MINISTÈRE DES FINANCES

La perception des octrois sera effectuée comme par le passé. Les mesures les plus énergiques seront prises contre les employés de ce service qui n’accompliraient pas leurs versements, par voie administrative, à la délégation des finances du Comité central.
Les délégués au ministère des finances, membres du comité central,
VARLIN, FR. JOURDE.


COMITE CENTRAL

Citoyens,
Votre légitime colère nous a placés le 18 mars au poste que nous ne devions occuper que le temps strictement nécessaire pour procéder aux élections communales.
Vos maires, vos députés, répudiant les engagements pris à l’heure où ils étaient des candidats, ont tout mis en œuvre pour entraver ces élections, que nous voulions faire à bref délai.
La réaction, soulevée par eux, nous déclare la guerre.
Nous devons accepter la lutte et briser la résistance, afin que vous puissiez y procéder dans le calme de votre volonté et de votre force.
Jusque-là, les mesures les plus énergiques seront prises pour faire respecter les droits que vous avez revendiqués.
Hôtel-de-Ville, 22 mars 1871.
Le Comité central de la garde nationale,
AVOINE fils, ANT. ARNAUD, G. ARNOLD, ASSSI, ANDIGNOUX, BOUIT, JULES BERGERET, BABICK, BOURSIER, BAROU, BILLIORAY, BLANCHET, CASTIONI, CHOUTEAU, C. DUPONT, FERRAT, HENRI FORTUNE, FABRE, FLEURY, FOUGERET, C. GAUDIER, GOUHIER, GUIRAL, GERESME, GROLLARD, JOSSELIN, FR. JOURDE, MAXIME LISBONNE, LAVALETTE, CH ; LULLIER, MALJOURNAL, MOREAU, MORTIER, PRUDHOMME, ROUSSEAU, RANVIER VARLIN, VIARD.

PARTIE NON OFFICIELLE

Paris, le 23 mars 1871.

Dès son arrivée au pouvoir, M. Jules Favre s’est empressé de faire mettre en liberté Pic et Taillefer, condamnés pour vol et faux en écriture dans l’affaire de l’Etendard. Ledit Taillefer, rencontré hier par une de ses anciennes connaissances, a été de suite mené devant un commissaire de police récemment nommé, qui a ordonné sa réincarcération immédiate.


Une altercation très vive a eu lieu entre les deux Picard, de l’intérieur et de l’Electeur libre.
Il s’agissait de partager les énormes bénéfices qu’ils avaient faits en jetant la perturbation dans le monde de la Bourse, pendant l’investissement de Paris.
Quelles gens !


Nous avons publié la protestation du citoyen Blanqui contre sa condamnation à mort, prononcée par les hommes du 4 septembre. Nous donnons aujourd’hui celle du citoyen Flourens :

Citoyens,
En présence du jugement qui me frappe, il est de mon devoir de protester de la façon la plus énergique contre la violation de tous les droits inscrits dans toutes les constitutions.
L’accusé doit être jugé par ses pairs. Tel est le texte de la loi. Or, je dénie complètement aux assassins patentés de la réaction le titre de juges. Nommés par un pouvoir qui n’avait encore été reconnu par personne le 31 octobre 1870, ils ne peuvent puiser leur peuvent puiser leur puissance qu’en dehors de la loi.
D’ailleurs j’ai appris, par une longue expérience des choses humaines, que la liberté se fortifiait par le sang des martyrs.
Si le mien peut servir à cimenter l’union de la patrie et de la liberté, je l’offre volontiers aux assassins du pays et aux massacreurs de janvier.
Salut et fraternité.
G. FLOURENS.


Le patriotisme de l’armée vient d’épargner à Paris les horreurs d’une guerre civile, provoquée par les fureurs de l’Assemblée et par des arrêtés liberticides. Espérons que ce noble exemple sera suivi partout où des chefs stupides voudraient engager une criminelle collision. Trop souvent, depuis 1789, la contre-révolution, au nom de la discipline et de l’honneur militaires, a poussé les troupes à égorger les citoyens. La liste des massacres qu’elle a commandés est longue et horrible depuis celui de Nancy jusqu’au 2 décembre, et nous serions tentés de la rappeler dans ses détails pour faire comprendre que la concorde et la tranquillité publique sont incompatibles avec sa conspiration acharnée contre les droits de la nation.
Nîmes, Lyon, Marseille, Lille et Bordeaux ont envoyé des délégués pour prendre les instructions du comité central de la garde nationale.


On lit dans le National :
J’ai entendu le dialogue suivant entre un représentant de la droite et un représentant de la gauche.
— Vous ne pouvez pourtant abandonner Paris, disait un député de gauche.
— Pourquoi cela donc ? Que Paris cuise dans son jus, qu’on lui coupe les vivres, qu’on l’investisse encore une fois ; il n’aura que ce qu’il a mérité.
— Mais vous ne pensez ni aux femmes, ni aux enfants, ni aux vieillards, ni aux citoyens si nombreux qui soupirent après le rétablissement de l’ordre !
— Tant pis pour eux, pourquoi habitent-ils Paris ?
Ainsi, pour ces hobereaux de village, pour ces gentilshommes de bourgeoisie, le crime, c’est d’habiter Paris, c’est d’être Parisien.
Ah ! triple niais doublés d’égoïstes ! Faites donc de la politique avec de pareils législateurs !
Baron SCHOP.


NOUVELLES ETRANGÈRES

SUISSE

Un journal influent de Berne, l’Helvétie, publia dans ses premières colonnes l’article suivant :
« L’Allemagne entre dans l’ère des manifestations qui suivent ordinairement les grandes victoires et qui préparent les décadences : elle décerne des droits de cité aux diplomates et aux généraux qui ont vaincu la France, et elle leur érige des bustes en marbre dans les salons de ses hôtels de ville.
« Lorsque M. de Bismarck contempla sa tête sculptée en un endroit honorifique de l’Hôtel-de-Ville de Berlin, il sera très certainement d’un bien profond respect pour ceux qui, le traitant d’affreux despote, il y a cinq années à peine, lui cassent aujourd’hui l’encensoir sous le nez et le traitent de grand citoyen, parce qu’il a été plus roué qu’un Bonaparte et qu’il a eu de meilleurs soldats et de meilleurs généraux que le neveu de Napoléon Ier.
« Il sera, à part lui, ce génie machiavélique et puissant qui fait danser les Allemands, que décidément le sens des mots s’est perdu dans ce bas monde et que la déraison règne, puisque le peuple qui se dit le plus sérieux d’Europe décerne à un ministre qui n’a jamais rien fait pour mériter un titre de civisme d’honneur, que l’on accorde à ceux qui font précisément le contraire de ce qu’il a fait.
« Si Henri Heine vivait, comme sa verve sarcastique se donnerait carrière sur ce « citoyen d’honneur » et sur ce buste de marbre ! et comme il raillerait le peuple de Berlin qui tresse des couronnes de chêne à M. de Bismarck !
« En même temps, d’Allemagne commence à ressentir les premiers embarras de la conquête. La Bavière réclame tout doucement une petite part du gâteau ; on lui découpe une tranche de l’Alsace, et on la lui jette ; la tranche, c’est Wissembourg et les environs, y compris les habitants. Mais le reste des Allemands n’en pas de cette oreille : — « Pourquoi Wissembourg à la Bavière ? s’écrient les journaux ; il faut laisser l’Alsace intacte il y a communauté d’idées entre tous les Alsaciens ! on ne peut pas les déchiqueter ainsi ! » Singulier raisonnement de la part des gens qui viennent de déchiqueter la France et qui ont fait de l’Alsace une province allemande, quoique les Alsaciens aient protesté de leur ardent patriotisme français en élisant députés Gambetta et Jules Favre !
« Wissembourg sera-t-il bavarois ? Peut-être bien, puisqu’il s’agit, paraît-il, d’apaiser les susceptibilités bavaroises. Si le roi et empereur le veut ainsi, les Français de Basse-Alsace seront donc coiffés du casque de pompiers des Bavarois. S’il est d’un autre avis, ils resteront purement et simplement Reichsunmittebat, ce qui signifie qu’ils dépendront de tout le monde ensemble. C’est ainsi qu’on fait, en 1871, le trafic des populations.
« Nous nous demandons en quoi 1871 se distingue de l’époque où les despotes d’Assyrie conquéraient des provinces sur leurs voisins et partageaient avec leurs amis et leurs cousins les trésors, les chameaux, les hommes et les femmes du vaincu ? »
— Le conseil d’Etat du canton de Vaud vient d’adresser aux soldats et sous-officiers français internés dans le canton la lettre officielle suivante, qui réfute d’une manière triomphante les calomnies de certains journaux allemands contre la conduite de ces malheureux internés :
« Soldats, vous allez quitter le canton de Vaud pour rentrer dans votre patrie.
« Arrivés au milieu de nous dans des circonstances douloureuses, vous vous êtes efforcés, en vous prêtant aux mesures d’ordre nécessaires, de faciliter aux autorités et aux citoyens de ce pays l’accomplissement des devoirs que lui imposait sa neutralité.
« Vous avez, par votre discipline et par votre bonne conduite, fortifié les sympathies qu’avaient inspirées vos malheurs.
« Recevez-en le témoignage au nom du peuple vaudois.
« Soldats, nous vous souhaitons un heureux retour dans vos foyers ;
« Puissiez-vous, lorsque se retraceront votre mémoire les événements mémorables auxquels vous avez participé, conserver un bon souvenir de votre passage au milieu de ce peuple qui vous accompagne de tous ses vœux. »
— D’autre part, on lit dans le Bund, de Berne :
Partout les Français internés prennent congé, avec l’expression de la plus profonde reconnaissance, des localités et des populations qui leur ont donné une amicale hospitalité. Les journaux de tous les cantons foisonnent d’adresses et de descriptions des fêtes d’adieux. Nous avons, nous aussi, reçu des lettres dans lesquelles sont exprimés dans les termes les plus chauds des sentiments de reconnaissance et de respect pour la Suisse et pour ses institutions. Nous devons renoncer à reproduire toutes ces manifestations.
La Suisse n’oubliera pas si tôt l’internement de 1871. Puissent aussi les impressions ressenties ici laisser chez les internés une empreinte durable, empreinte qui ne s’efface point à la frontière et ne s’évanouisse pas avec le souffle des paroles d’adieu. La Suisse ne prétend pas avoir droit à la reconnaissance, parce qu’elle n’a rien fait que son devoir. Mais dans leurs intérêts et dans l’intérêt de la France, elle souhaite que les partants aient appris quelque chose sur notre sol, à savoir que la liberté civile et politique est parfaitement compatible avec l’ordre et la soumission aux lois.


ITALIE

On mande de Milan que l’on attend demain dans cette ville Ricciotti Garibaldi. Il a ramené avec lui le cheval du commandant du régiment qui a été tué sous Dijon, lors de l’attaque de la fabrique où s’étaient retranchés les francs-tireurs, sous les ordres du fils du héros de Marsala.
— Le drapeau du 61e régiment prussien, enlevé par le corps de Ricciotti Garibaldi, dans le combat de Dijon, a été envoyé par les francs-tireurs à Bordeaux, et non pas rendu à Manteuffel, comme des journaux l’avaient annoncé (Idem).
— Hier est arrivé à Milan un détachement de soldats polonais qui ont pris part aux batailles des Français contre les Prussiens. Ils étaient prisonniers en Prusse, ils sont dirigés vers la France. (Lombardia)
— Hier, a été inauguré à Milan le monument à Cesare Beccaria. Foule immense ; de nombreux députés, le maire, la junte et les sociétés ouvrières y assistaient. Le discours inaugural du monument a été très applaudi. (Gazette de Venise.)
— Dans la séance de la Chambre des députés du 20 mars, M. Visconti Venosta, ministre des affaires étrangères, s’est attaché à répondre aux arguments de M. Mordini à l’appui de son ordre du jour relatif au projet de loi des garanties du pontife. Le ministre trouve que cet ordre du jour blesse la compétence respective du pouvoir exécutif. (Gazette piémontaise.)
— Nos correspondances particulières d’Allemagne nous annoncent que certains députés catholiques de la Prusse se proposent, dans le nouveau Reichstag, d’interpeller le ministère sur les conditions où se trouve le pontife sur la question de savoir s’il est réellement libre dans l’exercice de ses fonctions. Si cela n’avait pas lieu, ils demanderaient au gouvernement d’adopter les mesures nécessaires pour la protection du pontife. (Gazette d’Italie.)
— La direction générale des chemins de fer de la Haute-Italie prévient le public qu’attendu la chute d’avalanches sur le Mont-Cenis, le chemin de fer a suspendu complètement son service le 18. (Idem.)


On nous communique la lettre suivante :
On se préoccupe beaucoup d’arracher la France à l’occupation prussienne en payant à nos vainqueurs l’énorme indemnité qu’ils réclament, et on propose l’énorme indemnité qu’ils réclament, et on propose plusieurs expédients, tous plus insuffisants les uns que les autres.
Permettez-moi de vous exposer la seule mesure qui soit vraiment équitable et vraiment rationnelle.
En étudiant le jeu de nos institutions économiques, on constate que les diverses fortunes se forment et se développent dans la proportion suivante : 1, 2, 3, 4, 8, 16 ; et inversement que les ménages, possédant ces diverses fortunes, sont dans le rapport dans le rapport de 16, 8, 4, 2, 1. Il ne peut pas en être autrement, sans quoi la misère ou l’opulence serait générale.
L’ensemble de ces deux progressions constitue la loi qui préside à la répartition de la richesse publique entre les cinq groupes de population, dont la situation est : misérable, tolérante, aisée, riche et opulente.
La richesse mobilière et immobilière de la France étant d’environ 310 milliards, et le nombre des ménages de 13 950 000, une simple proportion arithmétique donne les résultats suivants :
Premier groupe, 7 200 000 ménages. Indigents de toute espèce, travailleurs au salaire minime, possédant des hardes, instruments de travail : 10 milliards.
2e groupe, 3 600 000. Ouvriers possédant la terre ou le métier qui leur permet de travailler à leur compte : 20 milliards.
3e groupe, 1 800 000. Petite bourgeoisie, commerce de détail : 40 milliards
4e groupe, 900 000. Moyenne bourgeoisie, commerce de gros : 80 milliards.
5e groupe, 450 000. Grands propriétaires, gros capitalistes : 160 milliards.
Eh bien ! que les fortunes de ce dernier groupe composé en grande partie des organisateurs ou des favoris du banditisme soient taxées d’une remise de 3 à 4 %, et on réalisera immédiatement la somme nécessaire à la rapacité allemande.
Les statistiques des économistes des économies sont d’accord avec moi dans cette répartition de la richesse publique.

Samedi 25 Mars 1871

SOMMAIRE

PARTIE OFFICIELLE. — Nominations. — Proclamations des généraux et du Gouvernement. — Convocation des électeurs. — Démission. — Nomination. — Avertissement contre les faux gardes nationaux.

PARTIE NON OFFICIELLE. — Affaire de la Place Vendôme. — Nouvelles étrangères. — Faits divers.

PARTIE OFFICIELLE

Paris, le 24 Mars 1871.

Considérant que la situation réclame des mesures rapides ;
Que de tous côtés des commandements supérieurs, continuent les errements du passé, ont, par leur inaction, amené l’état de choses actuel ; que la réaction monarchique a empêché jusqu’ici, par l’émeute et le mensonge, les élections qui auraient constitué le seul pouvoir légal de Paris ;
En conséquence, le Comité arrête :
Les pouvoirs militaires de Paris sont remis aux délégués :
Brunel,
Eudes,
Duval.
Ils ont le titre de généraux et agiront de concert, en attendant l’arrivée du général Garibaldi, acclamé comme général en chef.
Du courage encore et toujours, et les traîtres seront déjoués.
Vive la République !
Paris, le 24 mars 1871.
AVOINE fils, ANT. ARNAUD, G. ARNOLD, ASSI, ANDIGNOUX, BOUIT, J. BERGERET, BABICK, BAROU, BILLIORAY, BLANCHET, CASTIONI, CHOUTEAU, C. DUPONT, FERRAT, FABRE, FLEURY, FOUGERET, C. GAUDIER, GOUHIER, GERESME, GROLARD, JOSSELIN, FR. JOURDE, LAVALETTE, MALJOURNAL, ED MOREAU, PRUDHOMME, ROUSSEAU, RANVIER, VARLIN, VIARD.


CITOYENS,
Appelés par le Comité central au poste grand et périlleux de commander provisoirement la garde nationale républicaine, nous jurons de remplir énergiquement cette mission, afin d’assurer le rétablissement de l’entente sociale entre tous les citoyens.
Nous voulons l’ordre… mais non celui que patronnent les régimes déchus, en assassinant les fonctionnaires paisibles et en autorisant tous les abus.
Ceux qui provoquent à l’émeute n’hésitent pas, pour arriver à leur but de restaurations monarchiques, à se servir de moyens infâmes ; ils n’hésitent pas à affamer la garde nationale en séquestrant la Banque et la Manutention.
Le temps n’est plus au parlementarisme ; il faut agir, et punir sévèrement les ennemis de la République.
Tout ce qui n’est pas avec nous est contre nous.
Paris veut être libre. La contre-révolution ne l’effraye pas ; mais la grande cité ne permet pas qu’on trouble impunément l’ordre public !
Vive la République !
Les généraux commandants,
BRUNEL, E. DUVAL, E. EUDES.


Citoyens, gardes nationaux,
Brutalement provoqués, vous vous êtes levés spontanément pour assurer par votre attitude la mission que vous nous aviez confiée.
La tâche est ardue pour tous : elle comporte beaucoup de fatigues, beaucoup de résolution, et chacun a fait preuve du sentiment de ses devoirs.
Quelques bataillons cependant, égarés par des chefs réactionnaires, ont cru devoir entraver notre mouvement par une opposition incompréhensible, puisqu’elle apporte un obstacle aux volontés de la garde nationale.
Des maires, des députés, oublieux de leurs mandats, ont encouragé cette résistance.
Une partie de la presse, qui ne voit pas dans dépit l’avènement du monde des travailleurs, a répandu sur nous les calomnies les plus absurdes, rééditant les épithètes de communistes, de partageux, de pillards, de buveurs de sang, etc. ; et des citoyens craintifs ont ajouté foi à ces mensonges. Mais nous avons laissé passer cet orage ; nous apportions les libertés soustraites ; et, bien qu’on s’en servît contre nous, nous avons dédaigné l’abus.
On a agité le fantôme prussien, menacé du bombardement, de l’occupation, etc., et les Prussiens, qui nous ont jugés à notre valeur, ont répondu en reconnaissant notre droit.
La cause de la démocratie, la cause du peuple, la sainte cause de la justice et de la liberté doit triompher de tous les obstacles, et elle en triomphera.
Quant à nous, sûrs du succès de l’œuvre commune, nous vous remercions avec effusion de votre dévouement en face des fatigues d’un service extraordinaire ; nous comptons sur votre courage pour aller avec nous jusqu’au bout. Nos adversaires, mieux éclairés, quand ils auront compris la légitimité de nos revendications, viendront à nous, ils y viennent déjà chaque jour, et dimanche au scrutin, il n’y aura définitivement au chiffre des abstentions que ceux qui caressaient traîtreusement l’espérance d’un retour à la monarchie et à tous les privilèges et aux institutions plus ou moins féodales qui en sont le cortège obligé.

Citoyens, gardes nationaux,
Nous comptons sur votre courage, sur vos efforts persévérants, sur votre abnégation et votre bon vouloir en présence des charges du service, des croisements d’ordre qui peuvent se produire et vos fatigues de tous les jours.
Marchons fermement au but sauveur ; l’établissement définitif de la République par le contrôle permanent de la commune, appuyé par cette seule force : la garde nationale élective dans tous les grades.
Quand nous pourrons avoir les yeux partout où se traitent nos affaires, partout où se préparent nos destinées, alors, mais seulement alors, on ne pourra plus étrangler la république.
Hôtel-de-Ville, 24 mars 1871.
(Suivent les signatures.)


CITOYENS,
La cause de nos divisions repose sur un malentendu. En adversaires loyaux, voulant le dissiper, nous exprimerons encore nos légitimes griefs.
Le gouvernement, suspect à la démocratie par sa composition même, avait néanmoins été accepté par nous, en nous réservant de veiller à ce qu’il ne trahît pas la République, après avoir trahi Paris.
Nous avons fait, sans coup férir, une révolution : c’était un devoir sacré ; en voici les preuves :
Que demandions-nous ?
Le maintien de la République comme gouvernement seul possible et indiscutable.
Le droit commun pour Paris, c’est-à-dire un conseil communal élu.
La suppression de l’armée permanente et le droit pour vous, garde nationale, d’être seule à assurer l’ordre dans Paris.
Le droit de nommer tous nos chefs.
Enfin, la réorganisation de la garde nationale sur des bases qui donneraient des garanties au peuple.
Comment le gouvernement a-t-il répondu à cette revendication légitime ?
Il a rétabli l’état de siège tombé en désuétude, et donne le commandement à Vinoy, qui s’est installé la menace à la bouche.
Il a porté la main sur la liberté de la presse en supprimant six journaux.
Il a nommé au commandement de la garde nationale un général impopulaire, qui avait mission de l’assujettir à une discipline de far et de la réorganiser sur les vieilles bases anti-démocratiques.
Il nous a mis la gendarmerie à la préfecture dans la personne du général Valentin, ex-colonel de gendarmes.
L’Assemblée même n’a pas craint de souffleter Paris qui venait de prouver son héroïsme.
Nous gardions, jusqu’à notre réorganisation, des canons payés par nous et que nous avions soustraits aux Prussiens. On a tenté de s’en emparer par des entreprises nocturnes et les armes à la main.
On ne voulait rien accorder ; il fallait obtenir, et nous nous sommes levés pacifiquement, mais en masse.
On nous objecte aujourd’hui que l’Assemblée, saisie de peur, nous promet, pour un temps (non déterminé), l’élection communale et celle de nos chefs, et que dès lors, notre résistance au pouvoir n’a plus à se prolonger.
La raison est mauvaise. Nous avons été trompés trop de fois pour ne l’être pas encore ; la main gauche, tout au moins, reprendrait ce qu’aurait donné la droite, et le peuple, encore une fois évincé, serait une fois de plus la victime du mensonge et de la trahison.
Voyez, en effet, ce que le gouvernement fait déjà !
Il vient de jeter à la Chambre, par la voix de Jules Favre, le plus épouvantable appel à la guerre civile, à la destruction de Paris par la province, et déverse sur nous les calomnies les plus odieuses.

CITOYENS,
Notre cause est juste, notre cause est la vôtre ; joignez-vous donc à nous pour son triomphe. Ne prêtez pas l’oreille aux conseils de quelques hommes soldés qui cherchent à semer la division dans nos rangs ; et, enfin, si vos convictions sont autres, venez donc protester par des bulletins blancs, comme c’est le devoir de tout bon citoyen.
Déserter les urnes n’est pas prouver qu’on a raison : c’est, au contraire, user de subterfuge pour s’assimiler, comme voix d’abstentions, les défaillances des indifférents, des paresseux ou des citoyens sans foi politique.
Les hommes honnêtes répudient d’habitude de semblables compromissions.
Avant l’accomplissement de l’acte après lequel nous devons disparaître, nous avons voulu tenter cet appel à la raison et à la vérité.
Notre devoir est accompli.
Hôtel-de-Ville, 24 mars 1871.
(Suivent les signatures.)


CITOYENS,
Le gouvernement, fugitif à Versailles, a cherché à faire le vide autour de vous ; la province s’est trouvée tout à coup privée de toutes nouvelles de Paris.
Mais l’isolement dans lequel le souffle révolutionnaire de se frayer un passage à travers toutes ces précautions.
Le comité central a reçu hier et aujourd’hui plusieurs délégations des villes de Lyon, Bordeaux, Marseille, Rouen, etc., qui sont venues savoir quelle était la nature de notre révolution, et qui sont reparties au plus vite pour aller donner le signal d’un mouvement analogue, qui est préparé partout.
Vive la France ! Vive la République !
Hôtel-de-Ville, 24 mars 1871.
(Suivent les signatures.)

Le comité central, n’ayant pu établir une entente parfaite avec les maires, se voit forcé de procéder aux élections sans leur concours ;
En conséquence, le Comité arrête :
1° Les élections se feront dans chaque arrondissement et par les soins d’une commission électorale nommée à cet effet par le Comité central ;
2° Les électeurs de la ville de Paris sont convoqués le Dimanche 26 mars 1871, dans leurs collèges électoraux, à l’effet d »lire le conseil communal de Paris ;
3° Le vote se fera au scrutin de liste et par arrondissement ;
4° Le nombre de conseillers est fixé à 90, soit 1 pour 20 000 habitants et par fraction de plus de 10 000 ;
5° Ils sont répartis d’après la population, ainsi qu’il suit :

ARRONDISSEMENTS POPULATION Nombre de CONSEILLERS
Ier 81 665 4
IIe 79 909 4
IIIe 92 680 5
IVe 98 648 5
Ve 104 083 5
VIe 99 115 5
VIIe 75 438 4
VIIIe 70 259 4
IXe 106 221 5
Xe 116 641 6
XIe 149 641 7
XIIe 78 635 4
XIIIe 70 192 4
XIVe 65 506 3
XVe 69 340 3
XVIe 42 187 2
XIIe 93 193 5
XIIIe 130 456 7
XIXe 88 930 4
XXe 87 444 4
TOTAL 1 805 932 90

6° Les électeurs voteront sur la présentation de la carte qui leur a été délivrée pour l’élection des députés à l’Assemblée nationale, le 8 février 1871, DANS LES MEMES LOCAUX ET D’APRES LE MODE ORDINAIRE ;
7° Ceux des électeurs qui n’auraient pas retiré leur carte à cette époque ou l’auraient égarée depuis, prendront part au vote, après vérification de leur inscription sur la liste électorale. Ils devront faire constater leur identité par deux électeurs inscrits dans leur section ;
8° Le scrutin ouvrira à 8 heures du matin et sera clos à 6 heures du soir ; le dépouillement commencera immédiatement après la clôture du scrutin.
Hôtel-de-Ville, 24 mars 1871.
(Suivent les signatures.)


CITOYENS,
Demain aura lieu l’élection de l’Assemblée communale, demain la population de Paris viendra confirmer de son vote l’expression de sa volonté, si ouvertement manifestée le 18 mars par l’expulsion d’un pouvoir provocateur qui semblait n’avoir d’autre but que d’achever l’œuvre de ses prédécesseurs et de consommer ainsi par la destruction de la République la ruine du pays.
Par cette révolution sans précédents dans l’histoire et dont la grandeur apparaît chaque jour davantage, Paris a fait un éclatant effort de justice. Il a affirmé l’union indissoluble dans son esprit des idées d’ordre et de liberté, seuls fondements de la République.
A ceux que nos désastres avaient rendus maîtres de nos destinées et qui s’étaient donné pour tâche d’annuler sa vie politique et sociale, Paris a répondu par l’affirmation du droit imprescriptible de toute cité, comme de tout pays, de s’administrer soi-même, de diriger les faits de sa vie intérieure, municipale, laissant au Gouvernement central l’administration général, la direction politique du pays.
Il n’y pas de pays libre là où l’individu et la cité ne sont pas libres, il n’y aurait pas de République en France si ma capitale du pays n’avait pas le droit de s’administrer elle-même.
C’est ce droit qu’on n’oserait contester aux plus modestes bourgades que l’on ne veut pas reconnaître à Paris, parce que l’on craint son amour de la liberté, sa volonté inébranlable de maintenir la République que la révolution communale du 18 mars a affirmée et que vous confirmerez par votre vote de demain.
Né de la revendication de justice qui a produit la révolution du 18 mars ; le Comité central a été installé à l’Hôtel-de-Ville, non comme gouvernement, mais comme la sentinelle du peuple, comme le comité de vigilance et d’organisation, tenu de veiller à ce qu’on n’enlevât pas au peuple par surprise ou intrigue le fruit de sa victoire, chargé d’organiser la manifestation définitive de la volonté populaire, c’est-à-dire l’élection libre d’une Assemblée qui représente, non pas seulement les idées, mais aussi les intérêts de la population parisienne.
Le jour même où l’Assemblée communale sera installée, le jour où les résultats du scrutin seront proclamés, le Comité central déposera ses pouvoirs, et il pourra se retirer, fier d’avoir terminé sa mission.
Quant à Paris, il sera vraiment l’arbitre de ses destinées ; il aura trouvé dans son assemblée communale l’organe nécessaire pour représenter ses intérêts et les défendre en face des intérêts des autres parties du pays, et devant le pouvoir national central.
Il pourra résoudre lui-même après quelques enquêtes et débats contradictoires sans immixtion injustes et violentes, où les notions de droit et de justice sont impudemment violées au profit des factions monarchiques, ces questions si complexes et plus délicates encore après la longue épreuve qu’il vient de subir si courageusement pour sauver le pays.
Il pourra enfin décider lui-même qu’elles sont les mesures qui permettront au plus tôt sans froissements et sans secousses d’amener la reprise des affaires et du travail.
Une République ne vit ni de fantaisies administratives coûteuses, ni de spéculations ruineuses, mais de liberté doit établir l’harmonie des intérêts ; et non les sacrifier les uns aux autres. Les questions d’échéances, de loyers, ne peuvent être réglées que par les représentants de la ville, soutenus par leurs concitoyens, toujours appelés, toujours entendus. Pas plus que tout ce qui regarde les intérêts de la cité, elles ne peuvent être abandonnées au caprices d’un pouvoir qui n’obéit le plus souvent qu’à l’esprit de parti.
Il en est de même de la question du travail seule base de la vie publique, seule assise des affaires honnêtes et loyales ; les citoyens qu’une guerre engagée et soutenue par des gouvernements sans contrôle a arrachés au travail ne peuvent être plongés par une brusque suppression de la solde dans la misère et le chômage.
Il y a une période de transition dont on doit tenir compte, une solution qui doit être cherchée de bonne foi, un devoir de crédit au travail, qui arrachera le travailleur à une misère immédiate et lui permettra d’arriver rapidement à son émancipation définitive.
Ces questions et bien d’autres devront être résolues par votre conseil communal, et pour chacune d’elles il ne pourra se décider que suivant les droits de tous, car il ne se prononcera qu’après les avoir consultés, car, responsable et révocable, il sera sous la surveillance continuelle des citoyens.
Enfin, il aura à traiter des rapports de la cité avec e gouvernement central, de façon à assurer et garantir l’indépendance continuelle des citoyens.
Au vote donc, citoyens de vous comprenne la grandeur du devoir qui lui incombe, de l’acte qu’il va accomplir, et qu’il sache qu’en jetant dans l’urne son bulletin de vote, il fonde à jamais la liberté, la grandeur de Paris, il conserve à la France la République, et fait pour la République ce que naguère, il faisait si vaillamment devant l’ennemi : son devoir.
24 mars 1871.
Les délégués de l’intérieur
ANT. ARNAUD, ED. VAILLANT.


Nous publions la proclamation suivante qui, affichée il y a plusieurs jours, n’avait pu encore être insérée à l’Officiel.

CITOYENS,
Vous êtes appelés à élire votre assemblée communale (le conseil municipal de la ville de Paris.)
Pour la première fois depuis le 4 septembre, la République est affranchie du gouvernement de ses ennemis.
Conformément au droit républicain, vous vous convoquez vous-mêmes, par l’organe de votre Comité, pour donner aux hommes que vous-mêmes aurez élus un mandat que vous-mêmes aurez défini.
Votre souveraineté vous est rendue tout entière, vous vous appartenez complètement : profitez de cette heure précieuse, unique peut-être, pour ressaisir les libertés communales dont jouissent ailleurs les plus humbles villages, et dont vous êtes depuis si longtemps privés.
En donnant à votre ville une forte organisation communale, vous y jetterez les premières assises de votre droit, indestructible base de vos institutions républicaines.
Le droit de la cité est aussi imprescriptible que celui de la nation ; la cité doit avoir, comme la nation, son assemblée, qui s’appelle indistinctement assemblée municipale, peut faire la force et le salut de la République.
Cette assemblée fonde l’ordre véritable, le seul durable, en l’appuyant sur le consentement souvent renouvelé d’une majorité souvent consultée, et supprime toute cause de conflit, de guerre civile et de révolution, en supprimant tout antagonisme contre l’opinion politique de Paris et le pouvoir exécutif central.
Elle sauvegarde à la fois le droit de la cité et le droit de la nation, celui de la capitale et celui de la province, fait leur juste part aux deux influences, et réconcilie les deux esprits.
Enfin, elle donne à la cité une milice nationale qui défend les citoyens contre le pouvoir, au lieu d’une armée permanente qui défend le pouvoir contre les citoyens, et une police municipale qui poursuit les malfaiteurs, au lieu d’une police politique qui poursuit les honnêtes gens.
Cette assemblée nomme dans son sein des comités spéciaux qui se partagent ses attributions diverses (instruction, travail, finances, assistance, garde nationale, police, etc.)
Les membres de l’assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables ; c’est une telle assemblée, la ville libre dans le pays libre, que vous allez fonder. Citoyens, vous tiendrez à honneur de contribuer par votre vote à cette fondation. Vous voudrez conquérir à Paris la gloire d’avoir posé la première pierre du nouvel édifice social, d’avoir élu le premier sa commune républicaine.

CITOYENS,
Paris ne veut pas régner, mais il veut être libre ; il n’ambitionne pas d’autre dictature que celle de l’exemple ; il ne prétend ni imposer ni abdiquer sa volonté ; il ne se soucie pas plus de lancer des décrets que de subir des plébiscites ; il démontre le mouvement en marchant lui-même, et prépare la liberté des autres en fondant la sienne. Il ne pousse personne violemment dans les voies de la République ; il est content d’y entrer le premier
Hôtel-de-Ville, 22 mars 1871.
(Suivent les signatures.)


La note suivante a été placardée aux principales stations télégraphiques :

Aux employés du télégraphe :

J’ai l’honneur de vous annoncer que je viens d’être nommé directeur du télégraphe, en remplacement du citoyen Combatz, relevé de ses fonctions sur sa demande.
Je vous invite à vous rendre demain, 25 courant, à 10 heures du matin, à la direction générale, pour nous entendre sur l’organisation du service.
Le directeur général délégué
PAUVERT.
Officier de l’intendance militaire


Le Comité central apprend que des hommes vêtus d’uniformes de gardes nationaux, et reconnus pour d’anciens gendarmes et sergents de ville, ont tiré sur les lignes prussiennes.
Le Comité prévient que si un cas semblable se présentait, il prendrait lui-même les mesures nécessaires pour s’assurer des coupables, et les ferait immédiatement passer par les armes.
La sécurité de la ville entière ces mesures de rigueur.

PARTIE NON OFFICIELLE

Paris, le 24 mars 1871.

Le Comité central a ordonné une enquête sur les événements qui se sont passés place Vendôme, dans la journée du 22. Le Comité n’a pas voulu publier un récit immédiat, qui aurait pu être accusé de parti pris. Voici les faits, tels qu’ils résultent des témoignages produits dans l’enquête.
A une heure et demie, la manifestation, qui se massait depuis midi sur la place du Nouvel-Opéra, s’est engagée dans la rue de la paix, dans les premiers rangs, un groupe très exalté, parmi lesquels les gardes nationaux affirment avoir reconnu MM. de Heeckeren, de Coëclegon et H. de Pène, anciens familiers de l’Empire, agitait violemment un drapeau sans inscription. Arrivée à la hauteur de la rue Neuve-Saint-Augustin, la manifestation a entouré, désarmé et maltraité deux gardes nationaux détachés en sentinelles avancées. Ces citoyens n’ont dû leur salut qu’à la retraite, et sans fusils, les vêtements déchirés, ils se sont réfugiés sur la place Vendôme, aussitôt les gardes nationaux, saisissant leurs armes, se sont portés immédiatement en ordre de bataille, jusqu’à la hauteur de la rue Neuve-des-Petits-Champs.
La première ligne avait reçu l’ordre de lever la crosse en l’air si elle était rompue, et de se replier derrière la troisième ; de même pour la seconde ; la troisième devait croiser la baïonnette mais recommandation expresse était faite de ne pas tirer.
Le premier rang de la foule, qui comptait environ 800 à 1 000 personnes, se trouve bientôt face à face avec les gardes nationaux. Le caractère de la manifestation se dessine dès lors nettement. On crie : A bas les assassins ! A bas le Comité ! Les gardes nationaux sont l’objet des plus grossières insultes. On les appelle : Assassins ! lâches ! brigands ! des furieux saisissent les fusils des gardes nationaux. On arrache le sabre d’un officier. Les cris redoublent ; on a affaire non à une manifestation, mais à une véritable émeute. En effet, un coup de revolver vient atteindre à la cuisse le citoyen Maljournal, lieutenant d’état-major de la place, membre du Comité central. Le général Bergeret, commandant la place, accouru au premier rang dès le début, fait sommer les émeutiers de se retirer. Pendant près de cinq minutes, on entend le roulement du tambour. Dix sommations sont faites. On n’y répond que par des cris et des injures. Deux gardes nationaux tombent grièvement blessés. Cependant leurs camarades hésitent et tirent en l’air. Les émeutiers s’efforcent de rompre les lignes et de les désarmer. Des coups de feu retentissent, et l’émeute est subitement dispersée. Le général Bergeret fait immédiatement cesser le feu. Les officiers se précipitent, joignant leurs efforts à ceux du général. Cependant quelques coups de fusil se font entendre encore dans l’intérieur de la place ; il n’est que trop vrai que des maisons on a tiré sur les gardes nationaux. Deux d’entre eux ont été tués : les citoyens Wahlin et François, appartenant au 7e et au 215e bataillon ; huit ont été blessés ; ce sont les citoyens Maljournal, Cochet, Miche, Ancelot, Legat, Reyer, Train, Laborde.
Le premier des morts, porté à l’ambulance du Crédit mobilier, est le vicomte de Molinet, atteint à la tête et par derrière, au premier rang de l’émeute. Il est tombé au coin de la rue de la Paix et de la rue Neuve-des-Petits-Champs, la face contre terre, du côté de la place Vendôme. Il est de toute évidence que le vicomte de Molinet a été frappé par les émeutiers ; car s’il eût été atteint en fuyant, le corps serait tombé dans la direction du nouvel Opéra. On a trouvé sur le corps un poignard fixé à la ceinture par une chaînette.
Un grand nombre de revolvers et de cannes à épée ont été ramassés dans la rue de la Paix et portés à l’état-major de la place.
Le docteur Ramlow, ancien chirurgien-major du camp de Toulouse, domicilié, 32, rue de la Paix et un certain nombre de médecins accourus ont donné leurs soins aux blessés et signé les procès-verbaux.
Les valeurs trouvées sur les émeutiers ont été placées sous enveloppes scellées, et déposées à l’état-major de la place.
C’est grâce au sang-froid et à la fermeté du général Bergeret, qui a su contenir la juste indignation des gardes nationaux, que de plus grands accidents ont pu être évités.
Le général américain Shéridan, qui d’une croisée de la rue de la Paix a suivi les événements, a attesté que des coups de feu ont été tirés par les hommes de la manifestation.


NOUVELLES ETRANGÈRES

ANGLETERRE

Il résulte d’un document parlementaire qui vient d’être publié à Londres, qu’il existe en ce moment dans le Royaume-Uni quatorze vaisseaux-écoles destinés à former des écoles de marine. Dans 13 de ces navires, on compte 2 350 garçons. Le quatorzième, le Worcester, fonctionne sur ses propres ressources et est spécialement affecté à l’éducation navale des jeunes gens de famille qui veulent entrer dans la marine royale ou dans la marine marchande. Les autres vaisseaux sont employés comme écoles de réforme : écoles industrielles, écoles de retenue pour vagabonds et les enfants pauvres et sans asile mais qui n’ont été convaincus d’aucun crime, écoles enfin pour les classes ouvrières en général. Tous ces navires reçoivent leurs moyens d’existence du Parlement, des deniers publics ou de souscriptions volontaires.
Il paraîtrait que la marine royale refuse de recevoir ceux de ces enfants qui sortent d’une école de réforme, et qu’elle a des préjugés contre ceux provenant des vaisseaux d’école industrielle. Ces enfants entrent généralement dans le service de la marine marchande. Ils passent de huit mois à trois années dans ces écoles préparatoires. (Times.)
— L’avis suivant a été publié cette après-midi par la poste de Londres, département de la télégraphie.
Il y aura de grands retards dans la transmission des messages à Bradford, Leeds, Hulls, New-Castle, Edimbourg et l’Irlande et quelque délai à transmettre ceux en conséquence de l’existence de forts courants souterrains. Ces courants se rattacheraient-ils aux tremblements de terre qui viennent d’avoir lieu dans le nord de l’Angleterre, et annonceraient-ils que de nouvelles secousses se préparent dans ce pays ?


SUISSE

Le canton de Genève s’est, comme toujours, distingué par sa générosité dans les tristes événements que l’humanité vient de traverser. A côté des sommes considérables qu’il a données pour les Allemands expulsés de France, pour les blessés des deux nations, pour les Suisses à Paris, pour les prisonniers français en Allemagne, pour les internés, etc., etc., il a organisé un bazar dont le produit a surpassé tout ce qu’on pouvait en espérer. Le produit de cette œuvre de bienfaisance a atteint le chiffre de 66 000 fr. Cette somme a été répartie comme suit : 15 500 fr. aux Suisses nécessiteux à Paris ; 19 500 fr. au comité international pour les blessés, et 30 000 fr. au comité pour les populations ruinées par la guerre.
Sur ces 66 000 fr., il y avait une somme de 6 040 fr. 25 provenant d’une vente d’objets confectionnés par les élèves de l’école supérieure de jeunes filles, spécialement en faveur des Suisses à Paris. (Helvétie.)


ITALIE

On mande de Magenta à la Perseveranza :
On a commencé depuis cinq jours l’exhumation des cadavres des soldats morts dans la mémorable bataille de juin 1850. Ils sont déposés dans le grand ossuaire construit sous le monument commémoratif dont l’inauguration solennelle aura lieu le 11 juin prochain.
On a déjà exhumé 600 cadavres. La semaine prochaine, on commencera à creuser la vaste fosse près de la gare, où il en gît plus de 2 000. La province concourt aux frais de cette œuvre pieuse, qui est accomplie sous la direction du syndic, M. Giuseppe Busnelli. (Italie.)
— On nous écrit de Florence, le 20 mars.
La question de Tunis menace de se prolonger. Le bey veut prendre du temps et laisser aux consuls anglais et allemand le soin de procéder à la solution.
Les propositions de M. Sella ont rencontré beaucoup d’opposition dans le public ; mais M. Sella consent si on propose autre chose que l’augmentation des impôts.
Le roi doit aller à Rome et à Naples dans les premiers jours d’avril.
Le parti clérical se donne beaucoup de mouvement pour empêcher le transport de la capitale. On espère toujours sur une intervention. Mais leurs espérances ne sont pas fondées. (Correspondance Havas.)


ESPAGNE

Suivant las Novedades, le séjour de la reine à Alassio lui a coûté, pour elle et sa suite, une dépense de 7 200 fr. par jour.
— Par dépêche télégraphique arrivée hier de la Havane, on a appris que la cérémonie de la prestation du serment au roi s’était faite solennellement dans cette capitale parmi les troupes et les volontaires. (Epoca.)


DEPÊCHES TELEGRAPHIQUES
Madrid, 23 mars.

On donne comme positifs les résultats suivants des élections :
Pour les députés aux cortès, 50 carlistes, 45 républicains, 15 modérés, 13 montpensiéristes, 230 ministériels.
Pour le sénat : 2 modérés dynastiques, 3 montpensiéristes, 6 modérés, 8 républicains, 132 ministériels (se divisant en 87 progressistes et 45 unionistes).


Marseille, 22 mars.
La grève des chauffeurs, que l’on croyait terminée, continue. Un individu d’origine italienne a été arrêté sous l’inculpation d’entraves à la liberté du travail.
On annonce deux nouvelles grèves des arrimeurs et des chargeurs.


Rome, 22 mars.
On assure que le saint-père est sorti en voiture couverte, accompagné par Mgr Pacca.


Londres, 23 mars.
Chambre des communes. — M. Gladstone, répondant à une interpellation, dit qu’il pourra peut-être demain fixer le jour où la question de la conférence sera discutée.
Lord Enfield, répondant à M. Bass, dit que le gouvernement n’a pas reçu d’informations sur les intentions de la Prusse, au sujet de l’accomplissement de l’article 5 du traité de Prague, en vertu duquel elle doit restituer au Danemark une partie du Sleswig si la population consultée se prononce dans ce sens.


Londres, 24 mars, 2 h. du matin.
Chambre des communes. — Suite de la discussion du projet de réorganisation militaire.
L’ordre du jour porte la motion Mundella, suivant laquelle la Chambre, en approuvant l’abolition de l’achat émet l’opinion que l’armée peut être mise sur un bon pied sans que le budget militaire soit accru.
M. Gladstone combat la motion. Il dit que le budget proposé n’est que provisoire. Il ne croit pas qu’il soit du devoir de l’Angleterre de maintenir une armée pour intervenir dans les petits incidents de la politique continentale. Le budget a été élevé afin de perfectionner l’artillerie et d’augmenter les forces auxiliaires.
D’autres orateurs parlent pour ou contre la motion, qui est finalement repoussée par 304 voix contre 74. (Agence Havas-Bullier.)


Le Beobachter annonce que MM. Bebeck, Liebknecht et Hepner, députés à Berlin, sont poursuivis pour cause de haute trahison. Ces messieurs sont des républicains, et l’on sait qu’ils n’ont cessé de protester contre la continuation de la guerre depuis la capitulation de Sedan, en accusant la Prusse de s’attaquer plutôt à un principe qu’à une situation donnée.


Les journaux allemands enregistrent trois décès de savants éminents à différents titres, ceux du célèbre historien Gervinus, du pharmacologue Gustave Mitscherlich et du statisticien Auguste Wiegand.


On lit dans l’Echo de Londres, du 23 mars :
M. Rowing doit adresser ce soir dans les communes une question au sous-secrétaire d’Etat des colonies à laquelle, nous l’espérons, sera fait une réponse satisfaisante. Si ce que l’on dit est vrai, il paraîtrait que la population de Hong Kong aurait adressé une pétition au gouvernement de Sa Majesté, lui demandant de mettre un terme aux jeux de hasard qui s’exploitent dans cette colonie sous la protection de la loi, et rapportent un revenu de 15 à 40 000 livres sterling par an. Nous espérons que prompte satisfaction sera donnée aux colons. Le respect que nous nous devons à nous-mêmes veut que nous ne dégoûtions pas les Chinois par le spectacle de notre immoralité.


MOUVEMENT REPUBLICAIN EN ANGLETERRE

Hier soir, M. George Odget a convoqué, à l’instigation de radicaux avoués et bien connus, un meeting à Wellington Brooke street, Holborn. L’assemblée était appelée à prendre des dispositions pour amener un grand mouvement républicain. M. Odget occupait le fauteuil. Partout, des drapeaux rouges et des bonnets phrygiens. Le président, dans un assez long discours, a établi que, malgré le peu de succès obtenu ailleurs pour l’établissement de la République, le devoir du peuple anglais était d’examiner quelle forme de gouvernement démocratique pourrait convenir à la Grande-Bretagne. Il faudrait tenir compte des aspirations populaires. Peu importerait à la nation que le chef de la république fut un premier ministre ou un président.
Vous êtes plus familiarisés avec la qualification de premier ministre, et peut-être vaudrait-il mieux conserver cette appellation, qui n’implique aucune espèce de droit héréditaire. Aucune époque dans les annales de l’Angleterre n’a jamais été aussi favorable que celle-ci pour l’établissement d’un vrai mouvement républicain, et je crois pouvoir assurer que des provinces répondraient à l’appel de la capitale. Les républicains de Birmingham se rangeraient sous le drapeau de cette dernière. Du reste, messieurs, attendez-vous à ce que toutes sortes de calomnies vont être déversées sur votre mouvement.
M. Harry propose la résolution ci-après :
« Nous, membres du meeting actuel, nous avons attentivement considéré les divers efforts infructueux faits dans la Chambre des communes pour ménager la dépense injustifiable des deniers du peuple. Il n’en est jamais résulté qu’un surcroît de prodigalité, et, convaincu que tout gouvernement basé sur le système actuel est complètement sous l’influence et le contrôle de quelques familles privilégiées qui monopolisent actuellement le pouvoir public de la nation, et qu’il est conséquemment inapte à faire dans les intérêts de la société entière des lois larges et fécondes.
« Déclarons qu’une forme républicaine de gouvernement est seule capable de développer les grandes ressources du pays et digne de l’appui de tous les bons Anglais. »
Cette résolution, appuyée par M. Smith et M. Lees et d’autres, est adoptée.
Le meeting nomme un conseil et des agents pour seconder le mouvement. Le président a annoncé que le programme républicain ne tarderait pas à être soumis au pays. (Daily News.)


REOUVERTURE DES MUSEES

Les Tuileries, fermées depuis le 4 septembre par le Gouvernement de la défense nationale, sont ouverts au public ainsi que les musées.
C. DARDELLE.


Au Louvre et aux Tuileries, tout est dans le calme le plus complet. Les grilles du jardin privé sont ouvertes dès huit heures du matin, ainsi que celles du square du Louvre. Dimanche, la terrasse sera également livrée à la circulation. Le gouverneur des Tuileries a pleinement réussi dans sa tâche de répandre la tranquillité parmi les habitants du quartier.
Le Comité central n’a fait occuper les deux palais nationaux que dans le but de mettre à l’abri et de faire respecter les chefs-d’œuvre et les objets précieux qu’ils contiennent.


On lit dans l’Eclaireur de Saint-Etienne :

IL FAUT EN FINIR !

Il faut en finir ! c’est le refrain de la presse réactionnaire. Nous disons aussi : il faut en finir. Il faut que la France se réveille de sa torpeur. Comprendra-t-elle enfin que tous les malheurs sont l’œuvre exclusive de la faction qui, depuis tantôt un siècle, s’acharne à la ruine de ses institutions ? Que tout ce qui la désole vient de cette source : coalitions étrangères, guerres civiles, Vendée, sièges de Lyon et de Toulon ; massacres et insurrections de l’an III, expédition de Quiberon, journées de vendémiaire et de fructidor, etc.
Contenue par une main de fer, cette faction noua des intrigues avec l’étranger et triompha par les armes. Depuis la chute de Napoléon, elle a été secondée dans sa lutte contre l’esprit du temps par la connivence, la faiblesse ou l’ineptie de tous les pouvoirs.
La nation française veut le progrès : on lui oppose le statu quo. Elle aspire à la plus grande somme de liberté possible ; on lui impose le plus possible de restrictions. Elle s’élève contre les abus, on les tolère ; elle réclame des réformes, on les ajourne ; elle demande la paix, on la pousse à la guerre ; elle veut la guerre on lui impose la paix. Elle veut la justice distributive, on la nargue en restaurant le favoritisme. Elle demande à Louis-Philippe l’extension du droit de suffrage, et Louis-Philippe fait appeler le général Bugeaud, préférant livrer bataille où son trône s’est effondré.
Il faut en conclure que tous les pouvoirs sont asservis ou trompés par la politique occulte de la faction qui détruit la force vitale du pays, en l’usant dans une lutte stérile.
Il faut en finir avec elle. Il faut que la nation se sauve par l’énergie qui fait défaut à ses mandataires et à ses gouvernements.
Il faut que la nation entière s’affranchisse de la tutelle des pouvoirs et des assemblées, en démontrant qu’elle a atteint son âge viril, en s’élevant à la hauteur de la prudence nécessaire dans la situation critique où la place la conspiration permanente de l’aristocratie et de l’Eglise.
C. E. Guichard.


Le citoyen Leturet, porteur d’une dépêche du Comité central, fut arrêté par un bataillon réactionnaire.
Le brave citoyen préféra avaler la dépêche plutôt que de la livrer.
Exaspérés par cet acte de dévouement inattendu, les misérables se jetèrent sur lui et faillirent l’étrangler pour la lui arracher.


Les événements de ces derniers jours nous ont empêchés de mentionner, nous le constatons avec un vif regret, la mort d’un des plus dignes vétérans de la République sociale, le citoyen Xavier Sauriac.
Il a toujours lutté, il a toujours souffert pour notre sainte cause. C’était un homme dont les manières affables inspiraient tout de suite la sympathie. Il a écrit plusieurs ouvrages pour vulgariser sa foi et qui lui ont valu, sous le règne de Louis-Philippe, plusieurs condamnations à la prison. Il est mort comme il a vécu, homme de bien et martyr des grandes idées qui doivent affranchir le monde.


Un républicain de vingt ans, dont le père est mort en exil, adresse au Châtiment l’article suivant :

LA CANAILLE

On se bat à Paris ; la garde nationale armée, forte de 200 000 hommes, est en révolte ; à Montmartre, canons et mitrailleuses sont braqués sur la ville ; Vinoy est bloqué et va capituler ; Chanzy part avec 40 000 hommes pour combattre l’insurrection, etc.
Telles sont les nouvelles que les réactionnaires colportaient ces jours-ci, et l’Assemblée tremblante demandait si elle irait siéger sur le Puy-de-Dôme ou en plein Océan, et les journaux monarchistes débitaient des tirades de longue haleine sur « la populace, la vile multitude, la crapule, la canaille. »
Pauvres gens, ignorants et ingrats ! Cette canaille, que vous conspuez, pour laquelle vous n’avez pas assez d’insultes, que vous accusez de pillage et d’assassinat ; cette canaille que vous voudriez voir balayer par le canon, savez-vous ce qu’elle est, ce que vous lui devez ? Savez-vous paysans, bourgeois égoïstes et lâches, ce qu’il y a de dévouement, de courage et de misère dans le cœur de cette canaille ?
C’est elle qui vous a fait ce que vous êtes ; c’est elle qui vous a vengés d’une oppression de dix siècles.
Paysan, qui est-ce qui t’a donné les moyens d’acheter ton champ, ta vigne et de les cultiver pour toi, pour toi seul ? La canaille.
Bourgeois, commerçant, propriétaire, qui est-ce qui t’a donné la faculté de travailler pour toi, pour toi seul, d’amasser, de sortir de la misère, de te faire un petit bien-être ? Qui est-ce qui travaille pour toit et t’enrichit ? La canaille.
Et vous député, avocat, médecin, homme de lettres, professeur, capitaine, qui est-ce qui vous a permis de montrer votre licence et votre mérite et de prendre place au soleil ? La canaille.
Vous tous, tant que vous êtes, qui vous a faits hommes libres, citoyens ? La canaille de 1789, de 1830, de 1848.
Cette canaille, si vous l’aviez écoutée et suivie, le 2 décembre, aurait déjoué avec vous les projets du parjure Bonaparte ; si vous aviez voté comme elle, elle aurait renversé le second Empire, et prévenu la ruine et la honte de la patrie ; elle aurait peut-être sauvé la France le 31 octobre si vous l’aviez un peu mieux connue et si vous aviez eu plus de confiance en elle.
C’est elle qui fait les révolutions et sans en profiter. Qu’y gagne-t-elle, la canaille ?
La misère, la haine de ceux qu’elle sert, parfois l’exile, souvent la mort.
Malgré ses bienfaits et son abnégation, vous n’avez pour elle que l’injure ; vous savez bien qu’elle fusille les voleurs qui se glissent dans ses rangs, et que si parfois ses mains sont teintes de sang, c’est qu’elle punit ses traîtres ou se venge d’un usurpateur.
Elle se désavoue (sic) pour vous, et vous n’avez pour elle que l’insulte, l’ingratitude pour la remercier.
Vous ne vous souvenez pas même que vos pères faisaient partie de cette canaille, et vous ne songez pas que vous en faisiez partie vous-mêmes, mais sans gloire, si vos pères avaient été aussi égoïstes et aussi lâches que vous.


La Revanche nationale dit qu’une nouvelle considérable serait bien près de se réaliser au profit de Toulouse. « Nous croyons savoir, dit ce journal, que la célèbre maison Dolfus, d’Alsace, voudrait émigrer jusque dans le Midi. Elle y transporterait son matériel de machines, d’outillages, de métiers, etc., et son personnel, composé de plus de 6 000 ouvriers.

Dimanche 26 Mars 1871

SOMMAIRE

PARTIE OFFICIELLE. — Dépêche de Lyon. — Proclamation de la commune de Lyon, par les comités démocratiques du Rhône. — Convocation des électeurs de Paris pour le 26 mars par le Comité central, les députés et les maires et adjoints de Paris. — Proclamations publiées avant cette convocation. — Arrêté du ministère de l’intérieur. — Affiche de la mairie du XXe arrondissement.

PARTIE NON OFFICIELLE. — Avis du ministère des finances contre les bruits faux répandus au sujet de la garde nationale. — Avis relatif aux remboursements à effectuer au trésor. — L’intervention prussienne et M. Jules Favre d’après la presse anglaise. — Dépêches télégraphiques. — Nouvelles étrangères. — Prise d’une canonnière au pont Royal par le 163e bataillon. — faits divers.
VARIETES. Le 10 Août. La Commune insurrectionnelle, par EDGAR QUINET.

PARTIE OFFICIELLE

Paris, le 25 Mars 1871.

COMITE CENTRAL

Le Comité central s’empresse de transmettre à la population de Paris la dépêche suivante d’un de ses délégués à Lyon :

Lyon, 24 mars 1871.

Aux citoyens membres du Comité central, à Paris.

Nous sommes arrivés à Lyon et immédiatement introduits à l’Hôtel-de-Ville ; nous avons dû paraître au balcon, aux acclamations de plus de vingt mille citoyens.
Dix-huit bataillons sur vingt-quatre sont heureux de se fédéraliser avec les deux cent quinze bataillons de Paris.
Pas une goutte de sang versé, grâce aux mesures préservatrices prises par la commission provisoire.
Le gouvernement de Versailles n’est pas reconnu.
En somme, la cause du peuple triomphe, et Paris seul est reconnu comme capitale.
Pour la délégation,
AMOUROUX.


A l’appui de cette lettre, Lyon envoyait un exemplaire de l’affiche suivante :
REPUBLIQUE FRANÇAISE

COMMUNE DE LYON

Le comité démocratique de la garde nationale du Rhône.
Le comité central démocratique de l’alliance républicaine du Rhône aux Lyonnais.

Citoyens,
La commune vient d’être proclamée du haut du balcon de l’Hôtel-de-Ville, aux applaudissements frénétiques de la population entière.
Notre ville qui, la première au 4 septembre, a proclamé la République, ne pouvait tarder d’imiter Paris.
Honneur à cette courageuse et vaillante population lyonnaise !
Elle vient de concourir au rétablissement de la liberté et de la vraie république.
Elle vient de reprendre la direction de ses intérêts trop longtemps absorbés par le pouvoir central.
Avec la commune, citoyens, nous aurons un pouvoir unique qui concentrera dans ses mains la force armée et la police municipale.
Avec la commune, les impôts s’allégeront, les deniers publics ne seront plus gaspillés, les institutions sociales attendues avec une légitime impatience par les travailleurs seront fondées et mises en pratique. Une ère nouvelle, citoyens, commence pour notre cité.
Bien des souffrances et des misères seront soulagées, en attendant que disparaisse la hideuse plaie sociale appelée paupérisme.
Que les habitants restent calmes et dignes dans leur victoire !
Qu’ils aient confiance, et bientôt l’ordre et la prospérité ne seront plus de vains mots.
Par notre attitude, prouvons aux ennemis de la vraie liberté que le peuple ne confond jamais cette sublime institution appelée commune, avec les débordements dont ils se plaisent à l’accuser.
Bientôt nos détracteurs eux-mêmes seront contraints de reconnaître que le peuple est digne d’être régi par des institutions républicaines. Soyons unis et restons armés pour soutenir la République une et indivisible.
Vive la commune ! Vive la République !
Pour le comité de la garde nationale,
LACONDAMINE, MALARD, JERRICARD, A. DELMAS, FRANQUET.
Pour le Comité démocratique de l’alliance républicaine.
BRUN, ROLAND, présidents ; GOUTORBE, CHAPITET


Le comité a voté d’urgence, à l’unanimité, la mise en liberté non seulement du général Chanzy, mais également du général de Langourian.


Le comité central de la garde nationale, auquel se sont ralliés les députés de Paris, les maires et adjoints convaincus que le seul moyen d’éviter la guerre civile, l’effusion du sang à Paris, et, en même temps, d’affermir la République, est de procéder à des élections immédiates, convoquent pour demain dimanche tous les citoyens dans les collèges électoraux.
Les habitants de Paris comprendront que, dans les circonstances actuelles, le patriotisme les oblige à venir tous au vote, afin que les élections aient le caractère sérieux qui, seul, peut assurer la paix dans la cité.
Les bureaux seront ouverts à huit heures du matin et fermés à minuit.
Vive la République !
Les maires et adjoints de Paris
1er arrond. AD. ADAM, MELINE, adjoints. — 2e, EMILE BRELAY, LOISEAU-PINSON, adjoints. — 3e, BONVALET, maire, CH. MURAT, adjoint. — 4e, VAUTRAIN, maire ; DE CHATILLON, LOISEAU, adjoints. — 5e, JOURDAN, COLLIN, adjoints. — 6e A. LEROY, adjoint. — 9e, DESMARETS, maire ; E. FERRY, ANDRE, NAST, adjoints. — 10e, A. MURAT, adjoint. — 11e, MOTTU, maire ; BLANCHON, POIRIER, TOLAIN, adjoints. — 12e, GRIVOT, maire ; DENIZOT, DUMAS, TURILLON, adjoints. — 13e, COMBES, LEO MEILLET, adjoints. — 15e, JOBBE DUVAL, SEXTUS-MICHEL, adjoints. — 16e, CHAUDET, SEVESTRE, adjoints. — 17e, FR. FAVRE, maire ; MALON, VILLENEUVE, CACHEUX, adjoints. — 18e CLEMENCEAU, maire ; J.-A. LAFONT, DEREURE, JACLARD, adjoints. — 19e, DEVEAUX, SATORY, adjoints.
Les représentants de la Seine présents à Paris,
LOCKROY, FLOQUET, TOLAIN, CLEMENCEAU, SCHLŒLCHER, GREPPO.
Le Comité central de la garde nationale,
AVOINE FILS, ANT. ARNAUD, G. ARNOLD, ASSI, ANDIGNOUX, BOUIT, JULES BERGERET, BABICK, BAROU, BILLIORAY, BLANCHET, L. BOURSIER, CASTIONI CHOUTEAU, C. DUPONT, FABRE, FERRAT, HENRI FORTUNE, FLEURY, POUGERET, G. GAUDIER, GOUHIER, H. GERESME, GRELIER, GROLARD, JOURDE, JOSSELIN, LAVALETTE, LISBONNE, MALJOURNAL, EDOUARD MOREAU, MORTIER, PRUDHOMME, ROUSSEAU, RANVIER, VARLIN.

La déclaration que l’on vient de lire avait été précédée et résulte des proclamations suivantes, que nous publions à titre de document :

COMITE CENTRAL

CITOYENS,
Entraînés par notre ardent désir de conciliation, heureux de réaliser cette fusion, but incessant de tous nos efforts, nous avons loyalement ouvert à ceux qui nous combattaient une main fraternelle. Mais la continuité de certaines manœuvres, et notamment le transfert nocturne de mitrailleuse à la mairie du IIe arrondissement obligent à maintenir notre résolution première.
Le vote aura lieu dimanche 26 mars.
Si nous nous sommes mépris sur la pensée de nos adversaires, nous les invitons à nous le témoigner en s’unissant à nous d ans le vote commun de dimanche.
Hôtel-de-Ville, 25 mars 1871.
Les membres du Comité central :
(suivent les signatures.)


Les députés de Paris, les maires et les adjoints élus réintégrés dans les mairies de leurs arrondissements, et les membres du Comité central fédéral de la garde nationale, convaincus que, pour éviter la guerre civile, l’effusion du sang à Paris, et pour affermir la République, il faut procéder à des élections immédiates, convoquent les électeurs demain dimanche dans leurs collèges électoraux.
Les bureaux seront ouverts à huit heures du matin et fermés à minuit.
Les habitants de Paris comprendront que, dans les circonstances actuelles, le patriotisme les oblige à venir tous au vote, afin que les élections aient le caractère sérieux qui, seul, peut assurer la paix dans la cité.
Les représentants de la Seine présents à Paris :
E. LOCKROY, CH. FLOQUET, G. CLEMENCEAU, TOLAIN, GREPPO.


Ministère de l’intérieur
Considérant que la population du XIXe arrondissement avait été, par erreur, évaluée 88 930 habitants, tandis qu’elle est réellement de 113 000 ;
En vertu de l’arrêté du Comité central réglant le vote du 26 mars et déterminant le nombre des conseiller relativement à celui des habitants de l’arrondissement, à raison de 1 conseiller pour 20 000 habitants et par fraction de plus de 10 000.
Le nombre des conseillers à élire, pour le XIXe arrondissement, sera de six ;
Paris le 25 mars 1871.
Les délégués de l’intérieur,
ANT. ARNAUD, ED. VAILLANT.


VILLE DE PARIS

MAIRIE DU XXe ARRONDISSEMENT

Citoyens du XXe arrondissement,
Nous venons de prendre à votre le poste auquel votre confiance nous avait appelés, et qui, jusqu’ici, avait été occupé par un commissaire provisoire.
L’admirable victoire qui a remis le peuple parisien en possession de son indépendance communale n’est encore qu’incomplète.
Il nous faut soutenir énergiquement notre droit à l’autonomie municipale, contre tous les empiétements arbitraires, illégaux, des pouvoirs politiques.
La majorité de nos collègues aux mairies de Paris et quelques députés de Paris prétendent que nous ne pouvons élire nos conseillers municipaux, sans que l’Assemblée de Versailles ait statué sur notre droit à faire des élections.
Cette prétention, insoutenable en bonne justice, est le fruit d’une erreur complète de principes et d’une confusion flagrante de pouvoirs. Le droit que possède chaque commune d’élire sa municipalité est imprescriptible et inaliénable. Ce droit, toutes les communes de France, excepté Paris, l’exercent, et il n’a pu vous être ravi que par l’abominable despotisme de l’Empire.
Paris a reconquis son droit de municipalité libre par sa dernière révolution ; malheur à qui essaierait de le lui reprendre !
Cette entreprise insensée, criminelle, serait le signal de la guerre civile.
Nous ne voulons plus que notre sang coule dans des luttes fratricides entre Français.
C’est pourquoi nous ne voulons plus dans Paris d’autre armée que la garde nationale, d’autre municipalité que celle librement élue par le peuple.
Nous vous convoquons donc pour demain dimanche, 26 mars, à l’effet d’élire, dans le XXe arrondissement, quatre représentants au conseil municipal de Paris.
En même temps que cette affiche, en paraît une autre où nous vous indiquons le mode de votation et le lieu de vote pour chaque section de l’arrondissement.
Citoyens, les hommes que vous avez chargés de défendre provisoirement vos intérêts, et qui siègent en ce moment à l’Hôtel-de-Ville, vivent de leurs trente sous de gardes nationaux, eux et leurs familles.
C’est la première fois qu’un tel exemple de désintéressement se produit dans l’histoire.
Faites en sorte de nommer des hommes aussi dévoués, aussi honnêtes, et vous aurez sauvé la France.
Vive la république démocratique et sociale, universelle !
Paris, le 25 mars 1871.
Le maire
RANVIER
L’adjoint,
GUSTAVE FLOURENS

PARTIE NON OFFICIELLE

Paris, le 25 mars 1871.

Certains gardes du 61e bataillon ont prétendu qu’ils avaient reçu, le 23 mars, un supplément de solde de un franc par garde ; après explications fournies par le citoyen délégué aux finances, il a été reconnu que cette assertion était fausse et de nature à tromper l’opinion publique sur l’honorabilité des officiers payeurs des autres bataillons, attendu que le ministère des finances n’a fourni que la solde individuelle et journalière de 1 fr. 50.
En conséquence, le Comité invite les gardes nationaux à rechercher d’où peut provenir ce supplément de solde, et à se tenir en garde contre les meneurs qui voudraient les détourner de leurs devoirs.
Paris, 24 mars 1871.
Le caissier principal,
G. DURAND.
Copie de la note ci-dessus a été délivrée aux officiers payeurs des 169e, 64e, 168e, 77e, 129e, 124e, 125e, 142e, 220e, 245e, et 74e bataillons.


Le caissier principal invite les payeurs des bataillons qui ont à faire des remboursements au Trésor, à les effectuer sans retard entre les mains du payeur général du ministère des finances.
Le secrétaire général,
E. MERLIEUX.
Le caissier principal,
CH. DURAND.


Tous les délégués, tous les chefs d’administration sont invités à envoyer au Journal officiel les communications qu’ils jugent convenable de livrer à la publicité.


On lit dans la Commune :
Les efforts tentés par M. Jules Favre, pour chercher dans l’intervention prussienne un point d’appui contre la Révolution du 18 mars, vont enfin être percés à jour. Interpellé, dans la séance nocturne du 23, sur la communication officielle du quartier général prussien au Gouvernement de l’Hôtel-de-Ville, le ministre de la capitulation n’a pu que se réfugier dernière des faux-fuyants pour faire concorder ce document avec celui dont il avait donné lecture la veille. A la déclaration si catégorique du commandant prussien, il n’a trouvé à opposer que deux dépêches de Berlin et de Rouen, dans lesquelles l’autorité prussienne se réserve le droit de réprimer l’émeute de Paris.
Ces réserves sont formulées en ces termes par la Gazette de l’Allemagne du Nord, organe officiel de M. de Bismarck :
« IL EST DE LA PLUS GRANDE IMPORTANCE POUR NOUS QUE LE NOUVEAU GOUVERNEMENT DU COMITE CENTRAL DE PARIS AIT AUSSI L’INTENTION D’EXECUTER LE TRAITE DE PAIX.
« NOUS POURRONS DONC TRANQUILLEMENT ATTENDRE LA MARCHE ULTERIEURE DES CHOSES. »
Mais une révélation bien autrement grave nous est rapportée par un journal anglais, le Weekly Lloyd, que nous traduisons fidèlement pour l’édification de ceux qui, jusqu’à ce jour, ont eu des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne point entendre.
Voici ce que dit le journal anglais :
« Le comte de Bismarck en arrivant à Berlin s’entretint avec les notables qui sollicitaient l’autorisation de présenter leurs hommages au chef diplomatique de la campagne. A l’un, le chancelier fédéral affirmait que la Champagne ne serait pas longtemps occupée, attendu que la France payerait certainement l’indemnité aussi tôt que possible.
« A d’autres, M. de Bismarck confia que L’ASSEMBLEE NATIONALE AURAIT PREFERE VOIR LA PRUSSE OCCUPER PARIS, DESARMER LA GARDE NATIONALE PLUTOT QUE DE S’INCLINER DEVANT L’OPINION REPUBLICAINE. »
Ces lignes portent tout naturellement à croire que le gouvernement et l’Assemblée ont pu s’entendre avec M. de Bismarck pour étouffer la révolution et assassiner la République.
Le journal anglais nous donne lui-même à ce sujet tous les renseignements désirables. Continuons :
« Nous sommes en mesure, écrit-il, d’affirmer, de façon à défier même un démenti de l’ambassadeur que M. Thiers s’est cru le devoir d’envoyer à Londres, que ce sont bien MM. Jules Favre et Thiers qui ont fait au comte de Bismarck L’OUVERTURE DONT IL EST QUESTION CI-DESSUS, c’est-à-dire de lui livrer Paris, en s’autorisant de l’opinion de la majorité de l’Assemblée nationale.
« Quant à la réponse de M. de Bismarck à ces attrayantes ouvertures, elle serait navrante pour M. Thiers. Il aurait, assure-t-on, répondu que les affaires intérieures de la France ne le regardent pas, que d’ailleurs les hommes du Comité central, Assi entre autres, n’ont trompé personne ; que lorsque MM. Jules Favre et Thiers ont accepté, — alors qu’on vantait leurs vertus, — ces hommes intègres, comme instruments de leur opposition à l’Empire, ils ne le faisaient qu’au point de vue de leurs intérêts personnels ou dynastiques. Que, dans ce cas, le Comité central est encore le pouvoir qui lui inspire le plus d’estime ; qu’à peine vainqueur, il parle de s’effacer, tandis que vaincus par le ridicule, après avoir été déshonorés par le crime, les hommes du 4 septembre s’obstinent à vouloir demeurer ! »
Il résulte donc de l’opinion du journal anglais que le patriotisme de Versailles équivaut à un patriotisme monarchique. Le roi avant tout, même avec le Prussien, et meure la France si l’on peut crier Vive le roi !
Aujourd’hui, ils envoient l’amiral Saisset pour parlementer.
Méfions-nous d’un parlementaire qui se présente l’arme au poing. Cette concession cache une surprise, un piège ; ne nous y laissons pas prendre.


Quelques jours avant la révolution du 18 mars, l’Emancipation de Toulouse publiait l’article suivant qui fait honneur au sens politique de son auteur :
Les nouvelles de Paris sont de plus en plus graves.
Il y a un parti pris de compromettre la paix publique et de troubler la sûreté du pays.
Il y a un complot organisé pour exciter à la haine des citoyens les uns envers les autres, et pour faire succéder à la guerre contre l’étranger la hideuse guerre civile.
Les auteurs de cette criminelle tentative sont les drôles qui se gratifient indûment du titre de « défenseurs de l’ordre, de la famille et de la propriété. »
L’un des agents les plus actifs de ce complot contre la sûreté publique s’appelle Vinoy ; il est général, et il fut sénateur.
Lorsque Trochu, après avoir prêté publiquement serment de ne jamais livrer Paris, crut que le moment, depuis longtemps attendu par lui, d’ouvrir la grande ville aux Prussiens, était enfin venu, Trochu, par un procédé familier aux jésuites de toute robe, tint son serment en le violant. Il se démit de son titre de général en chef, et le passa aux vieux podagres que la bande décembriste avait jugé digne d’être un sénateur à sa discrétion.
Vinoy ne fit rien contre la Prusse, — au contraire. On ignore pas que Chanzy ayant déclaré que la résistance était possible, même après l’armistice, Vinoy déclara, en gémissant, qu’il protestait contre la reprise des hostilités, et que, plutôt que de la voir, il irait se constituer prisonnier en Prusse.
Mais les Prussiens sont partis ; les capitulards du gouvernement de la lâcheté nationale et de l’Assemblée rurale les renvoient avec force génuflexions, gorgés de l’or de la France, propriétaires de la Lorraine et de l’Alsace, nantis, en garantie, de tous les départements de l’est.
Changement de tableau.
Ces généraux, couards devant la Prusse, deviennent aussitôt des foudres de guerre contre les Français.
Oui, il y a une conspiration contre la République et contre le peuple ;
Oui, le parti de l’ordre cherche à donner à cette conspiration une issue heureuse pour lui, prochaine et sanglante.
De toutes parts, l’ouvrier demande du travail, et des garanties de salaire.
On lui répond en l’insultant ; et, en quelques endroits, — à Roubaix, par exemple, — les pêcheurs en eau trouble des comités démocratiques font chorus avec la réaction.
A Saint-Etienne, au Creuzot, à Marseille, même jeu, même comédie présente, même tragédie future.
Ne voilà-t-il pas que l’on déclare maintenir les lois stupides et odieuses édictées sous les monarchies contre la liberté de réunion et d’association ?…
Et, pour comble d’impudence, ne se permet-on pas de juger et de condamner les patriotes qui au 31 octobre, à Paris, ont voulu contraindre un pouvoir lâche et sans vergogne à se rappeler enfin qu’il était censé représenter non la Prusse, mais la France — et qu’il devait enfin tenter une sortie décisive, sous peine d’être reconnu coupable de haute trahison !
Au moment où le peuple de Paris vient de reconnaître par son vote que le plébiscite de novembre fut une grave erreur ; — au moment où des hommes graves comme Peyrat avouent que l’insurrection du 31 octobre, si elle eût réussi, pouvait seule sauver la patrie, — des hommes de guerre se réunissent, et sans hésiter, condamnent les Blanqui, les Flourens et autres à la peine de mort.
Il est vrai, très honorés seigneurs que
Les gens que vous tuez se portent assez bien ;

mais enfin, s’ils ne se sont pas fusillés, ce n’est pas votre faute, et nous nous hâtons de prendre acte de ce que, par vous, la peine de mort, en matière politique, est rétablie. C’est un précédent.


DEPÊCHES TELEGRAPHIQUES
Paris, samedi 25 mars.

M. Gladstone, répondait à M. Bentinck, dit qu’il a été informé des résolutions en faveur de l’établissement de la république en Angleterre, qui ont été adoptées dans le meeting républicain tenu mercredi à Londres. Il ajoute que l’intention du gouvernement n’est pas de demander aux jurisconsultes de la couronne si ce fait constitue un acte de trahison. Le gouvernement aime mieux ne pas intervenir, et s’en rapporter aux sentiments de loyauté des populations. (Agence Havas-Bullier.)


NOUVELLES ETRANGÈRES

ITALIE

Le colonel-brigadier Stefano Canzio, ancien commandant de la 1re brigade de l’armée des Vosges, à qui l’on venait d’annoncer sa nomination de chevalier de la Légion d’honneur, a écrit au chef du gouvernement français la lettre que voici :

Gênes, le 21 mars.

Monsieur le ministre,
Je lis mon nom parmi quelques nominations de chevalier de la Légion d’honneur faites dans l’armée des Vosges, et je m’empresse de vous annoncer que je n’accepte pas ces nobles insignes, Républicain accouru à la défense d’une république, il me suffit d’avoir la conscience d’avoir accompli un devoir. Je voudrais seulement qu’un plus grand accord de volontés, répudiant les périlleuses alliances des anciens instruments de tyrannie, eût pu rendre plus utile à la France une guerre qui n’a pas été sans gloire pour elle ni pour nous. Italien accouru pour défendre la cause d’un peuple frère, j’ai été largement indemnisé par les démonstrations de sympathie d’un grand peuple qui heureusement ne ressemble pas à ses représentants officiels.
Soldat de Garibaldi, je repousse les récompenses honorifiques d’un gouvernement tirant son autorité d’une assemblée au sein de laquelle a pu trouver accueil un Spartiate pour rire, rentré en ville ni vainqueur ni mort, l’un de ces hommes à la fatuité fanfaronne duquel la France doit ses malheurs actuels, le général Ducrot, en un mot, mentant à la vérité historique, aux premiers éléments de l’art militaire, à toute considération honnête, et colorant de stratégie les inventions d’un esprit dont je ne saurais dire s’il est plus bête que méchant.
Agréez, etc.
STEFANO CANZIO.
A. M. A. Thiers, président du conseil et chef du pouvoir exécutif de la République française à Versailles.


ESPAGNE

Havane, 1er mars. — Selon les lettres qui sont arrivées ici, il y aurait eu, le 16 février, un grand combat près de Mayari, entre 600 insurgés commandés par Maximo Gomez et 400 Espagnols. Ces derniers se sont battus avec bravoure ; mais leurs munitions ayant été épuisées, ils se sont vus forcés de battre en retraite. De part et d’autre, les pertes ont été très fortes. Les Espagnols ont eu 160 hommes mis hors de combat. On ignore le chiffre exact de la perte des insurgés, mais on croit qu’elle a été désastreuse.
Quatre cents insurgés, sous les ordres de Bembetta et de José Mandoga (l’Africain), ont attaqué une tour fortifiée, à neuf milles de distance de Puerto Peincipe. On s’est battu pendant deux heures sans résultats. Puis les rebelles ont levé le siège et ont effectué leur retraite.
La forteresse n’était défendue que par 25 hommes, dont trois ont été tués et douze blessés. (El Debate.)


Hier à trois heures du matin une canonnière remontait la Seine à toute vapeur.
Le bruit de la machine éveilla l’attention du vigilant chef de poste, le lieutenant Lot, de la 2e compagnie du 163e bataillon, qui, en un instant, eut ms toute sa compagnie suer pied et s’élança au pas de course à la poursuite de la canonnière. Il somma les passagers de s’arrêter, les menaçant de faire feu.
La machine fut arrêtée : en un moment les gardes nationaux furent à bord et firent dix prisonniers, marins et officiers de marine. On trouva sur ces derniers plusieurs pièces importantes qui donnent lieu en ce moment à une instruction minutieuse.


Une démonstration simple, mais touchante a eu lieu, le 15, sur la tombe du colonel Charras à Bâle. Les internés français, accompagnés des officiers suisses qui, il y a six ans, avaient porté Charras à sa dernière demeure, sont allés déposer une couronne sur la tombe de leur compatriote.
M. le docteur Klein a lu la biographie de Charras et a terminé par un discours en langue française. Il rappela la brillante carrière du colonel et ses derniers mots ont été : Vive la France ! Vive la République ! Il lui fut répondu par les cris de Vive la Suisse ! Vive la liberté !
Puis un sous-officier français, au nom de ses camarades, déposa une couronne sur la tombe de Charras.


Il y a quelques jours, M. Michelet consacrait à Garibaldi les lignes suivantes :
Il y a un héros en Europe.
Un !
Je n’en connais pas deux.
Toute sa vie est une légende. Comme il a les plus grands sujets d’être mécontent de la France, comme on a tiré sur lui à Aspromonte, Mentana, vous devinez que cet homme va se dévouer pour la France.
Et combien modestement !
Peu importe où on le mette, au poste le plus obscur et le moins digne de lui. Grand homme, mon seul héros, toujours plus haut que la fortune, comme sa sublime pyramide monte, grandit vers l’avenir !
Elle sera belle, l’histoire des nobles cœurs italiens qui firent tant d’efforts pour le suivre. Ni la mer, ni l’horreur des Alpes en plein hiver, ne les arrêtait.
Quel hiver ! le plus terrible.
Dans une tempête de neige qui a duré plusieurs jours et fermé tous les passages (fin novembre), un de ces vaillants n’a pas voulu s’arrêter.
A travers l’affreux déluge, de station en station il a obstinément monté. Le tonnerre des avalanches n’a pu le retarder. Il a monté, opposant aux frimas qui la raidissaient la force de son jeune cœur.
Tout hérissé de glaçons, quand il arrive en haut, il n’était plus qu’un cristal.
La tempête avait fini, l’homme aussi.
Il se trouva fini, raidi sous la voûte d’où l’on voit déjà la France.
C’est là qu’on l’a trouvé. Rien sur lui, point de papier qui le fit connaître.
Tous les journaux en parlèrent, mais ne purent dire son nom…
Son nom ? Je vais le révéler.
Celui qui, d’un si grand cœur, dans cet abandon de la France, s’était élancé vers elle, il s’appelait… Italie.


FAITS DIVERS

On lit dans le Rappel :
L’Assemblée, qui a préféré Versailles à Paris, n’y a pas précisément toutes les commodités qu’elle désirerait.
Les hôtels, réquisitionnés pour les officiers des troupes que les ruraux appellent à leurs secours, et envahis à prix d’or par les francs-fileurs de Paris, n’ont plus de chambres pour eux. On nous cite un député qui paye 10 fr. par jour un lit dans une cave. A l’hôtel des Réservoirs, on étend de la paille dans un corridor, et ça coûte 10 fr. par coucheur.
Le château est un dortoir. Dans la salle des glaces, il y a quinze lits. Dans la salle de Diane, pas de lits ; les députés y dorment sur les fauteuils et sur les chaises.
Il n’y fait pas chaud, et, la nuit dernière, un des principaux représentants de Paris s’est enveloppé des pieds à la tête dans la housse d’un canapé.
Un bon nombre couchait dans la salle des séances, avant les séances de nuit. Cette mesure a donné lieu, l’autre soir, à un incident. On venait d’entrer. Au coup de sonnette du président, on a vu subitement se dresser en sursaut un personnage casqué d’un mouchoir de couleur et drapé dans une couverture. C’était un représentant de Paris qui, ne sachant pas qu’il devait y avoir une séance de nuit, avait emprunté la couverture d’un pompier et s’était profondément endormi sur une banquette.


On écrit de Sedan, sous la date du 19 mars de ce mois :
« Depuis huit jours, la commission chargée par le gouvernement belge d’assainir le champ de bataille de Sedan opère la crémation dans les environs de cette ville.
Elle emploie un moyen très simple pour détruire les miasmes délétères qui étaient à redouter au moment des grandes chaleurs.
Voici ce moyen :
On fait ouvrir les fosses et l’on met les cadavres à nu, sans toutefois les déranger ; puis on fait verser, selon la quantité de cadavres amoncelés, du goudron de houille, de façon à les recouvrir d’une couche très épaisse de ce liquide.
Une fois le goudron infiltré partout, on fait arroser les cadavres à l’huile de pétrole, puis on y met le feu et l’on active les flammes à l’aide de bois de mélèze. Le feu s’étend ainsi partout et pénètre jusqu’au fond des fosses. Après trois heures de combustion, il ne reste que les os tout à fait réduits.
Pendant tout le temps de l’opération, les commissaires font des dégagements de clore en masse et les ouvriers avouent qu’ils ne sentent pas la moindre odeur cadavérique. Après la calcination des cadavres, il s’est formé, paraît-il au-dessus des fosses une couche solide de brai sec, qui a elle seule est capable d’empêcher les exhalaisons. Malgré cela, les délégués belges, d’accord en tout avec le conseil supérieur d’hygiène de Sedan, font semer du chlorure de chaux sec dans les fosses et les font recouvrir de terre et de chaux vive, de façon à former de bons tumulus.
Il paraît que, d’après les rapports de ces messieurs, à l’exception des enterrements faits sous la surveillance des autorités françaises, les enfouissements sont détestables. C’est ainsi que les fosses renfermant 160 cadavres d’hommes n’étaient recouvertes que de dix centimètres de terre ! »


La solennité prussienne d’hier, à Lons-le-Saulnier, s’est terminée, sur les dix heures du soir, par des rixes déplorables. Les cafés de la Grande-Place ont vu leurs vitres brisées et leur matériel fort endommagé. Des coups de feu ont été tirés, de nombreux coups de sabre et de baïonnettes ont été reçus. Un habitant a été tué et plusieurs grièvement blessés. A dix heures la ville avait un aspect peu rassurant.
Nous nous abstiendrons —et pour cause — de toute réflexion à ce sujet. D’ailleurs, les renseignements officiels nous manquent encore sur les débuts de ces tristes événements. (Sentinelle du Jura, du 23 mars.

VARIETES

LE 10 AOUT

LA COMMUNE INSURRECTIONNELLE

Qu’est-ce que le 10 août 1792 ?
C’est la journée où éclate dans le peuple la conviction que Louis XVI doit cesser de régner, où l’indépendance nationale doit périr.
On a vu combien cette pensée avait été lente à se former. Enfin, la lumière s’est faite.
La Législative, en proclamant, le 11 juillet « la patrie en danger », a déchaîné les imaginations. Chacun cherche autour de soi. Brunswick, par son manifeste, connu le 28 ou 29, achève d’ouvrir les yeux de ceux qui auraient voulu douter encore. Il donne un corps aux spectres qui obsèdent les esprits.
On tourna ses regards vers cette armée menaçante des Prussiens, dont les étapes étaient comptées, et pour s’y opposer, que trouvait-on ?
Un roi complice qui mettait son salut dans la défaite de la France.
Les plus inconnus, les plus misérables, ceux qui tiennent le plus à la patrie parce qu’ils ne possèdent pas d’autre bien, sentent qu’il n’y a plus un moment à perdre pour mettre le gouvernement en d’autres mains ; ils prennent sur eux la tâche dont leurs chefs s’effrayaient.
Ce fut la journée de l’instinct, celle où parut le mieux la force qui éclate dans la foule, quand tous les moyens ont été épuisés. Voilà pourquoi il est si difficile de découvrir ce que firent les chefs.
Où était Robespierre ? Les recherches les plus patientes n’ont pu retrouver ses traces. Il douta du succès et refusa d’entrer dans un projet dont il ne prévoyait que désastre.
Il en fut de même de Pétion, le maire de Paris. Personne ne désirait plus que lui le triomphe de l’insurrection, personne n’en doutait davantage. Le 3 août, il avait apporté à l’Assemblée législative la demande de la déchéance du roi, au nom de quarante-sept sections de Paris.
Malgré cette quasi-unanimité, l’Assemblée hésite à faire le dernier pas. L’image de la royauté, à la veille de périr, semble se réveiller. Ce n’était plus qu’une ombre, elle imposait encore.
Presque tous lui croyaient, et elle-même se croyait des forces qui n’étaient nulle part. Il s’agissait de frapper un dernier coup sur un fantôme armé de mille ans de souvenirs : nul ne se sentait le cœur de l’achever.
Merlin de Thionville, Bazire, Chabot, aiguillonnent vainement l’Assemblée ; elle l’écoute et refuse de décider.
Les jacobins s’excitent par des paroles ; ils ajournent leurs actes.
Chacun voit qu’il s’agit d’une heure décisive, et ceux que l’on avait coutume de suivre trouvent de nouvelles raisons de temporiser ; ou, s’ils tentent quelque mouvement, ils reviennent aussitôt sur leurs pas. Les jours se passent en de vains essais d’insurrection, que la crainte réciproque empêche à la fois de faire éclater ou d’étouffer en germe.
Le lendemain de l’arrivée des fédérés de Marseille, Barbaroux a projeté d’investir, à leur tête, les Tuileries ; il veut menacer, non frapper ; comme si, lorsqu’on déchaîne les éléments, on était sûr de les retenir à son gré. Au reste, cette menace il n’a pu l’exercer par la faute, dit-il, de Santerre ; qu’il a vainement promis le faubourg Saint-Antoine. Le 5, la section Mauconseil a résolu de marcher et de mettre Santerre à sa tête. Santerre se déclare malade. Le 6, c’est le tour des sectionnaires des Gobelins. Eux aussi avaient décidé de donner le signal, ils s’étaient ravisés.
Ainsi, les jacobins eux-mêmes manquent d’audace à cet instant suprême. La cour, s’il faut lui laisser ce nom, commence à espérer que tant de fausses entreprises lasseront leurs auteurs, ou, s’ils osent attaquer, c’est à elle dans doute que restera la victoire décisive.
Qui mit un terme à ces irrésolutions ? Qui raffermit les volontés ? Qui fixa le jour, l’heure et donna une seule âme à la foule ? Je veux bien croire que Danton ne faillit pas à lui-même, à pareil moment, et qu’il mit dans la balance le poids de ses colères.
Pourtant, quand je vois, dans la nuit du 10 août, si peu empressé jusqu’à minuit, se laisser harceler et presque enlever par les impatients, et, après de courtes absences, rentrer, se coucher et dormir, j’ai peine à reconnaître en lui l’activité d’un chef qui a tous les fils dans sa main. Il paraît céder au torrent plutôt que de commander : à moins que l’on aime mieux reconnaître dans ce sommeil tranquille la confiance d’un chef qui, ayant tout préparé, se repose d’avance dans la victoire.
Une seule chose est certaine. Vers minuit, par des rues séparées, et de tous les points de Paris arrivent à l’Hôtel-de-Ville quatre-vingt-deux hommes, presque tous inconnus. A ce nom, déjà redoutable, commissaires des sections, les factionnaires les laissent entrer ; ils venaient d’être élus, à cette heure tardive, précipitamment par vingt-six sections de Paris. On dit que par un petit nombre et au dernier moment : ce qui confirme que les résolutions les plus audacieuses se prennent dans la nuit, et n’appartiennent jamais qu’à quelques-uns.
C’étaient des hommes de toutes professions : artisans, gens de loi, scribes, marchands ; parmi eux ne se trouvait aucun des personnages qui ont laissé un nom dans la Révolution, si ce n’est peut-être Hébert, Léonard Bourdon et Rossignol ; presque tous ne devaient avoir que cette heure nocturne de vie politique.
(La suite au prochain numéro)

Lundi 27 mars 1871.

SOMMAIRE

PARTIE OFFICIELLE. — Proclamations électorales. — Lettre du citoyen Lefrançais. — Avis réglant le commandement de la garde nationale. — La commune à Marseille.

PARTIE NON OFFICIELLE. — Avènement de la Commune. — Association internationale des travailleurs. — Nouvelles étrangères.

VARIETES. — Le 10 août. La Commune Insurrectionnelle, par Edgar Quinet. (Suite.)

PARTIE OFFICIELLE

Paris, le 26 mars 1871.

La Proclamation suivante a été affichée hier sur les murs de Paris :

Citoyens,
Notre mission est terminée ; nous allons céder la place dans votre Hôtel-de-Ville à vos nouveaux élus, à vos mandataires réguliers.
Aidés par votre patriotisme et votre dévouement, nous avons pu mener à bonne fin l’œuvre difficile entreprise en votre nom. Merci de votre concours persévérant ; la solidarité n’est plus un vain mot : le salut de la République est assuré.
Si nos conseils peuvent avoir quelques poids dans vos résolutions, permettez à vos plus zélés serviteurs de vous faire connaître, avant le scrutin, ce qu’ils attendent du vote aujourd’hui.
Citoyens,
Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant de votre propre vie, souffrant des mêmes maux.
Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt, et finissent toujours par se considérer comme indispensables.
Défiez-vous également des parleurs, incapables de passer à l’action ; ils sacrifieront tout à un discours, à un effet oratoire ou à un mot spirituel. — Evitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère.
Enfin, cherchez des hommes de convictions sincères, des hommes du peuple, résolus, actifs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue. — Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le véritable mérite est modeste, et c’est aux électeurs à connaître leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter.
Nous sommes convaincus que, si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considéreront jamais comme vos maîtres.
Hôtel-de-Ville, 25 mars 1871.
Le Comité central de la garde nationale.
AVOINE fils, ANT. ARNAUD, G. ARNOLD, ASSI, ANDIGNOUX, BOUIT, JULES BERGERET, BABICK, BAROU, BILLIORAY, L. BOURSIER, BLANCHET, CASTIONI, CHOUTEAU, C. DUPONT, FABRE, FERRAT, FLEURY, FOUGERET, C. GAUDIER, GOUHIER, H. GERESME, GRELIER, GROLLARD, JOSSELIN, FR. JOURDE, LAVALETTE, HENRI (FORTUNE), MALJOURNAL, EDOUARD, MOREAU, MORTIER, PRUDHOMME, ROUSSEAU, RANVIER, VARLIN, VIARD.


L’avis suivant, réglant le mode de votation, a été publié par le Comité dans la journée du 26 :
AVIS AUX ELECTEURS
Le Comité central rappelle aux électeurs que le scrutin ne doit être clos qu’à minuit.
Les électeurs qui seront de service hors de leur arrondissement devront se réunir, soit par compagnie, soit par bataillon, constituer un bureau électoral, procéder au vote, et en envoyer le résultat à la mairie de leur arrondissement.
Les électeurs de service dans leur arrondissement devront voter dans leurs sections respectives.
Les chefs de poste sont chargés de délivrer les permissions nécessaires à cet effet, de manière à ne pas entraver le service.
Pour les membres du Comité,
CHOUTEAU, BOUIT, MOREAU.


D’après la loi électorale de 1849, un huitième des électeurs inscrits donne une majorité suffisante pour être élu. Le Comité central conserve l’esprit et la lettre de la loi précitée.
Paris, 26 mars, minuit.


Les citoyens qui désirent communiquer avec les personnes retenues soit à la Conciergerie, soit dans les maisons centrales, peuvent s’adresser pour les autorisations à l’ex-préfecture de police (secrétariat général) tous les jours, de dix heures à midi.


Deux individus qu’on accuse d’avoir tiré, il y a quelques nuits, sur une patrouille prussienne, ont été arrêtés par ordre du Comité de l’Hôtel-de-Ville. Ils sont détenus à Ménilmontant, et ils seront prochainement jugés par un conseil de guerre.


Ve ARRONDISSEMENT DE PARIS
(MAIRIE DU PANTHEON)

Citoyens,
Il y a peu de jours, votre municipalité était déserte ; — les hommes que vous aviez élus au 4 novembre, quand triomphaient les idées de réaction, sentant le courage revenir au peuple, se sont enfuis tour à tour.
Sur le désir de nos amis du Comité central, nous avons remplacé cette municipalité défaillante.
Nous l’avons fait au moment où de tristes compétitions, des menées qui se couvrent d’un prétendu amour de l’ordre et de la légalité préparaient peut-être une lutte armée et allaient, involontairement sans doute, ramener ces tristes journées, non oubliées de vous, où le sang du peuple inondait nos rues.
Malgré ces démonstrations hostiles, malgré les calomnies que nous dédaignons, nous sommes restés inébranlables dans nos sentiments de rapprochement et d’entente.
Nous avons réussi. La paix est faite, les malentendus expliqués, et toute chance de danger, nous l’espérons, éloignée à jamais.
Mais la paix dans la rue sera insuffisante si elle ne s’accompagne pas de l’accord dans les esprits, de l’homogénéité dans le conseil qui va gérer tous vos intérêts.
Les hommes du 4 septembre ont laissé consommer la défaite, ruiné ou compromis les destinées de la France.
Défiez-vous, citoyens, de ceux qui ont été leurs complices, leurs collaborateurs ou même leurs adhérents, — de ceux qui, sous couleur de respecter l’ordre, de défendre la légalité, prennent parti pour une assemblée monarchique, née sous cette double influence : la peur et la pression prussienne.
Ecartez de vous ceux qui regardent comme une voie fatale l’œuvre du salut que vous accomplissez dans un admirable accord.
Déjà vous avez les grands centres, bientôt le pays entier sera avec vous.
Electeurs du Ve arrondissement, vous prouverez par votre vote que vous vous associez à cette force immense, récemment révélée, qui résulte de l’union, de la fédération de la garde nationale ; — que vous ne blâmez pas ces jeunes citoyens dont l’énergie, le talent, la probité et l’audace heureuse ont subitement transformé une situation et vaincu la vieille politique.
Les autres classes, en réduisant le pays aux plus tristes extrémités, ont désormais donné la mesure de leur impuissance et de leur caducité : — elles ont perdu le droit de se dire les seules classes gouvernementales.
Laissez arriver l’honnêteté, le travail, la justice ; — ouvrez les portes au prolétariat instruit, au vrai peuple, à la seule classe pure encore de nos fautes et de nos déchéances ; à la seule, enfin, capable de sauver le pays.
Le maire provisoire,
D.-TH. REGERE
Les adjoints provisoires,
ACONIN, MURAT,


La lettre suivante a été adressée au Comité central de la garde nationale :
25 mars 1871.

CITOYENS,
Elu le 7 novembre dernier comme adjoint à la mairie du vingtième arrondissement, je n’ai pu prendre possession de mon poste jusqu’au 18 mars.
Depuis ce jour, et ne voulant point entraver par la moindre hésitation l’action qui venait de s’engager, par le fait même de ceux qui vous taxaient d’être un gouvernement anarchique, je me suis abstenu de me rendre à la mairie du vingtième arrondissement, ce qui me constitue par le fait à l’état de démissionnaire.
Aujourd’hui que la révolution du 18 mars est un fait accompli et reconnu, j’ai l’honneur de vous adresser, à vous citoyens, seuls représentants du pouvoir communal à cette heure, ma démission d’adjoint à la mairie du vingtième arrondissement, démission que je n’eusse jamais consentie, par respect pour les électeurs qui m’avaient honoré de leurs suffrages, à donner à M. Picard.
Salut et fraternité.
G. LEFRANÇAIS.
adjoint démissionnaire
à la mairie du XXe arrondissement.


D’après l’arrêté du Comité central en date du 24 mars, il y a trois commandants militaires pour la ville de Paris ; aucun d’eux n’a de prépondérance sur ses collègues. Ces trois généraux forment le conseil militaire et sont subordonnés au comité central.
La place de Paris seule commande le roulement des bataillons pour le service de la ville et des forts.
En conséquence, les chefs de légions sont avertis qu’ils n’auront désormais d’ordres à recevoir que de l’état-major de la place Vendôme.
L’administration des forts reste confiée au ministère de la guerre.
Toute convocation de bataillons en dehors de ces dispositions sera considérée comme nulle et non avenue ; quiconque enfreindra cet arrêté sera poursuivie pour usurpation de pouvoir.
Paris, le 26 mars 1871.
(Suivent les signatures.)


26 mars
LA COMMUNE À MARSEILLE

Le 24 mars au matin, la proclamation suivante a été affichée :
REPUBLIQUE FRANÇAISE
Liberté, Egalité, Fraternité.

PREFECTURE DES BOUCHES-DU-RHONE.

La commission départementale provisoire aux habitants de Marseille et du département des Bouches-du-Rhône.

Citoyens,
Une collision sanglante allait éclater parmi nous. La guerre civile était prête à sortir des circulaires et des provocations irritantes qu’un pouvoir aveugle lançait comme un défi aux grandes cités françaises.
Nous sommes intervenus.
Grâce à l’union de tous les groupes républicains, nous avons vu se dissiper le malentendu qui menaçait d’armer les uns contre les autres, dans une lutte fratricide ajoutée à tant d’autres désastres, les citoyens d’une même ville, les soldats d’une même cause.
Nous avons parlé d’apaisement, de conciliation. Marseille a répondu à notre appel par une manifestation imposante. Il n’a pas été versé une seule goutte de sang. On espérait nous diviser en deux camps : Marseille a été unanime à déclarer qu’elle soutiendrait le gouvernement républicain régulièrement constitué, qui siégerait dans la capitale.
Et par là, nous avons tous ensemble affirmé du même coup notre amour pour la République, notre sympathie pour l’héroïque capitale martyre qui, à elle seule, aurait sauvé notre patrie, si notre patrie avait dû être sauvée.
Après avoir échappé au danger, à force de patriotisme et de sagesse, Marseille ne pouvait plus avoir confiance dans l’administration préfectorale.
L’opinion publique exigeait une satisfaction.
Le conseil municipal, avec le concours de tous les groupes républicains de la cité, a dû instituer une commission départementale, chargée d’administrer provisoirement le département des Bouches-du-Rhône et la ville de Marseille.
Les membres de cette commission provisoire se sont mis immédiatement à l’œuvre. Ils comptent sur votre concours et sur votre confiance.
Maintenez avec nous l’ordre dans la cité, retournez paisiblement à vos travaux ; que le commerce et que l’industrie reprennent promptement l’essor pacifique qui doit contribuer au relèvement de notre patrie.
Nous veillons nuit et jour sur la République, jusqu’à ce qu’une autorité nouvelle, émanant d’un gouvernement régulier, siégeant à Paris, vienne nous relever de nos fonctions.
Vive Paris !
Vive la République !
Marseille, le 23 mars 1871.
Les membres de la commission départementale provisoire du département des Bouches-du-Rhône.
GASTON CREMIEUX, ETIENNE père, JOB, BOSC, DAVID, DESSERVY, SIDORE,
Conseillers municipaux :
MAVIE, ALLERINI, GUELLARD, BARTHELET, EMILE BOUCHET, CARTOUX.


Le comité républicain a publié l’adresse suivante :
Aux Marseillais.

CITOYENS,
Le comité républicain, réuni spontanément en présence de la manifestation de la garde nationale, déclare se rallier sans réserve à la proclamation du conseil municipal.
Le comité républicain honore Paris comme la capitale de la République, et demande qu’une Assemblée constituante y établisse son siège.
Le comité veut le maintien de la République et la nomination à toutes les fonctions d’hommes connus par leur dévouement aux principes de la démocratie.
Il demande que tous les complices de l’Empire, qui ont livré la France démoralisée et désarmée à l’invasion prussienne, soient à tout jamais exclus des fonctions publiques.
Le comité a pleine confiance dans l’énergie et l’initiative du conseil municipal pour maintenir haut et ferme le drapeau de la République et pour assurer à Marseille le respect des personnes et des propriétés publiques ou privées.
Pour le comité républicain :
Les membres du bureau,
LEART, président ;
SOIRON et JOSEPH MARTIN, vice-président ;
JULES RIGAULT et GAY, secrétaires.


CONSEIL MUNICIPAL
Extrait de la séance du 23 mars, 10 h. soir.

Sur la demande du club républicain de la garde nationale, le conseil municipal, animé d’un esprit de conciliation et de concorde, désigne trois de ses membres, les citoyens Bosc, Desservy et Sidore comme délégués à la préfecture pour faire partie de la commission provisoirement chargée de l’administration du département des Bouches-du-Rhône.
Pour extrait :
Le secrétaire,
PIERRE GAY.

PARTIE NON OFFICIELLE

Paris, le 26 mars 1871.

A l’heure où nous écrivons, le Comité central aura de droit, sinon de fait, cédé la place à la Commune. Ayant rempli le mandat extraordinaire dont la nécessité l’avait investi, il se réduira de lui-même à la fonction spéciale qui fut sa raison d’être, et qui, contestée violemment par le pouvoir, l’obligeait à lutter, à vaincre, ou à mourir avec la cité dont il était la représentation armée.
Expression de la liberté municipale légitimement, juridiquement insurgée contre l’arbitraire gouvernemental, le Comité n’avait d’autre mission que d’empêcher à tout prix qu’on arrachât à Paris le droit primordial qu’il avait triomphalement conquis. Au lendemain du vote, on peut dire que le Comité a fait son devoir.
Quant à la commune élue, son rôle sera tout autre et ses moyens pourront être différents. Avant tout, il lui faudra définir son mandat, délimiter ses attributions. Ce pouvoir constituant qu’on accorde si large, si défini, si confus pour la France à une assemblée nationale, elle devra l’exercer pour elle-même, c’est-à-dire pour la cité, dont elle n’est que l’expression.
Aussi l’œuvre première de nos élus devra être la discussion et la rédaction de leur charte, de cet acte que nos aïeux du moyen-âge appelaient leur commune. Ceci fait, il faudra aviser aux moyens de faire reconnaître et garantir par le pouvoir central, quel qu’il puisse être, ce statut de l’autonomie municipale. Cette partie de leur tâche ne sera pas la moins ardue si le mouvement, localisé à Paris et dans une ou deux grandes villes, permet à l’Assemblée nationale actuelle d’éterniser un mandat que le bon sens et la force des choses limitaient à la conclusion de la paix, et qui déjà se trouve depuis quelque temps accompli.
À une usurpation de pouvoir, la commune de Paris n’aura pas à répondre en usurpant elle-même. Fédérée avec les communes de France déjà affranchies, elle devra, en son nom et au nom de Lyon, de Marseille et bientôt peut-être de dix grandes villes, étudier les clauses du contrat qui devra les relier à la nation, poser l’ultimatum du traité qu’elles entendent signer.
Quel sera cet ultimatum ? D’abord il est bien entendu qu’il devra contenir la garantie de l’autonomie, de la souveraineté municipale reconquise. En second lieu, il devra assurer le libre jeu des rapports de la commune avec les représentants de l’unité nationale.
Enfin, il devra imposer à l’Assemblée, si elle accepte de traiter, la promulgation d’une loi électorale telle que la représentation des villes ne soit plus à l’avenir absorbée et comme noyée dans la représentation des campagnes. Tant qu’une loi électorale conçue dans cet esprit n’aura pas été appliquée, l’unité nationale brisée, l’équilibre social rompu ne pourraient pas se rétablir.
A ces conditions, et à ces conditions seulement, la ville insurgée redeviendra la ville capitale. Circulant plus libre à travers la France, son esprit sera bientôt l’esprit même de la nation, esprit d’ordre, de progrès, de justice, c’est-à-dire de révolution.


ASSOCIATION INTERNATIONALE
DES TRAVAILLEURS
Conseil fédéral des Sections parisiennes

TRAVAILLEURS,
Une longue suite de revers, une catastrophe qui semble devoir entraîner la ruine complète de notre pays, tel est le bilan de la situation créée à la France par les gouvernements qui l’ont dominée.
Avons-nous perdu les qualités nécessaires pour nous relever de cet abaissement ? Sommes-nous dégénérés au point de subir avec résignation le despotisme hypocrite de ceux qui nous ont livrés à l’étranger, et de ne retrouver d’énergie que pour rendre notre ruine irrémédiable par la guerre civile ?
Les derniers événements ont démontré la force du peuple de Paris, nous sommes convaincus qu’une entente fraternelle démontrera bientôt sa sagesse.
Le principe d’autorité est désormais impuissant pour rétablir l’ordre dans la rue, pour faire renaître le travail dans l’atelier, et cette impuissance est sa négation.
L’insolidarité des intérêts a créé la ruine générale, engendré la guerre sociale ; c’est à la liberté, à l’égalité, à la solidarité qu’il faut demander d’assurer l’ordre sur de nouvelles bases, de réorganiser le travail qui est sa condition première.

TRAVAILLEURS,
La révolution communale affirme ces principes, elle écarte toute cause de conflit dans l’avenir. Hésiterez-vous à lui donner votre sanction définitive ?
L’indépendance de la commune est le gage d’un contrat dont les clauses librement débattues feront cesser l’antagonisme des classes et assureront l’égalité sociale.
Nous avons revendiqué l’émancipation des travailleurs et la délégation communale en est la garantie, car elle doit fournir à chaque citoyen les moyens de défendre ses droits, de contrôler d’une manière efficace les actes de ses mandataires chargés de la gestion de ses intérêts, et de déterminer l’application progressive des réformes sociales.
L’autonomie de chaque commune enlève tout caractère oppressif à ses revendications et affirme la République dans sa plus haute expression.

TRAVAILLEURS,
Nous avons combattu, nous avons appris à souffrir pour notre principe égalitaire, nous ne saurions reculer alors que nous pouvons aider à mettre la première pierre de l’édifice social.
Qu’avons-nous demandé ?
L’organisation du crédit, de l’échange, de l’association, afin d’assurer au travailleur la valeur intégrale de son travail.
L’instruction gratuite, laïque et intégrale ;
Le droit de réunion et d’association, la liberté absolue de la presse, celle du citoyen ;
L’organisation au point de vue municipal des services de police, de force armée, d’hygiène, de statistique, etc.
Nous avons été dupes de nos gouvernements, nous nous sommes laissé prendre à leur jeu, alors qu’ils caressaient et réprimaient tour à tour les factions dont l’antagonisme assurait leur existence.
Aujourd’hui le peuple de Paris est clairvoyant, il se refuse à ce rôle d’enfant dirigé par le précepteur, et dans les élections municipales, produit d’un mouvement dont il est lui-même l’auteur, il se rappellera que le principe qui préside à l’organisation d’un groupe, d’une association, est le même qui doit gouverner la société entière, et comme il rejetterait tout administrateur, président imposé par un pouvoir en dehors de son sein, il repoussera tout maire, tout préfet imposé par un gouvernement étranger à ses aspirations.
Il affirmera son droit supérieur au vote d’une Assemblée de rester maître dans sa ville, et de constituer comme il lui convient sa représentation municipale, sans prétendre l’imposer aux autres.
Dimanche 26 mars, nous en sommes convaincus, le peuple de Paris tiendra à honneur de voter pour la commune.
Les délégués présents à la séance de nuit du 23 mars 1871 :
Conseil fédéral des sections parisiennes de l’Association internationale,
AUBRY (fédération rouennaise), BOUDET, CHAUDESAIGUES, COIFE, V. DUMAY, A. DUCHENE, DUPUIS, LEO FRANKEL, H. GOULLE, LAUREAU, LIMOUSIN, MARTIN LEON, NOSTAG, CH. BOCHAT.
Chambre fédérale des sociétés ouvrières,
CAMELINAT, DESCAMPS, EVETTE, GALAND, HAAN, HAMET, JANCE, J. LALLEMAND, LAZARE, LEVY, PINDY, EUGENE POTTIER, BOUVEYROLLES, SPOETLER, A. THEISZ, VERY.


NOUVELLES ETRANGÈRES

ALLEMAGNE

L’Allemagne du Nord envisage sous un point de vue assez hostile à la France les événements de Paris. Dans la partie sud, au contraire, et surtout en Autriche, la presse émet des considérations d’un tout autre ordre.
Voici ce que dit le Tages Presse, de Vienne :
« Depuis le siècle passé, Paris a vu plusieurs révolutions dans le sens démocratique. Mais le parti ultramontain et rétrograde s’est toujours hâté de fausser le résultat de ces révolutions, et tandis que Paris ne pouvait recueillir les fruits mûrs de ses efforts, les départements l’entraînaient dans le tourbillon de la réaction.
« A Paris, l’honneur d’avoir pris de grandes initiatives ; à la province, et notamment à la population des campagnes, la honte de les avoir déjouées. Il semble que Paris veuille donner aujourd’hui l’impulsion au système fédératif en France, afin de garantir à jamais l’existence de la république.
Il est incontestable que l’élément socialiste prend une part active à ce mouvement de Paris. Mais il paraît que les « ultras » de ce parti n’osent pas encore formuler leurs prétentions, et cela nous paraît être un symptôme aussi important que rassurant.
« Il existe un socialisme extravagant, condamnable et dangereux au point qu’une discussion sur ce sujet est impossible entre hommes sérieux. Mais il y a une foule de questions sociales et humanitaires non encore résolues ; ces questions doivent trouver tôt pou tard leur solution, si l’on ne veut pas qu’un déluge de sang se répande sur toute l’Europe. Enseignement universel, obligatoire et gratuit, séparation de l’Eglise et de l’Etat, abolition des impôts indirects et des monopoles ; impôts progressifs, développement des sociétés d’assurances et des établissements humanitaires, garantie d’un salaire minimum, surtout dans les temps de disette, réduction des dépenses publiques des pays fortement peuplés, enfin un projet rationnel et pratique pour un asile destiné aux invalides du travail : voilà des vœux qu’il ne faut pas, de prime abord, condamner comme des utopies, des vœux qui ne vont pas à l’encontre de l’expérience et de la science, et qui, pour la plupart, ont été chaleureusement recommandés par des esprits éminents, comme Stuart Mill et autres. Jusqu’ici, rien n’a encore été fait pour remplir les conditions d’un programme réellement social et humanitaire, et il semble que Paris ne veuille pas permettre cette fois-ci, comme après les autres révolutions, qu’on déchire sans autre préambule ce programme. »
— Le discours du trône, à l’ouverture du premier Parlement germanique, a produit une grande déception en Bavière. Les espérances sont refroidies, et l’on n’aperçoit plus à l’horizon que des brouillards humides. Et pourtant, comme le fit très bien un journal qui ne pousse jamais les choses bien loin ; le Morgen Post, le peuple a fait son devoir jusqu’au bout, il a payé ses victoires de son sang le plus pur. L’empereur Guillaume est resté débiteur du peuple, et il lui doit un équivalent des actions de grâce qu’il a rendues avec tant d’effusion à Dieu et à l’armée. En comparant ce discours à celui qui inaugura le premier Parlement de la Confédération du Nord, on y constate que la note libérale a singulièrement baissé, tandis que la note piétiste y est accentuée de la manière la plus large.
« L’unité allemande, ajoute le Morgen Post, est une idée populaire, mais à la condition que la liberté y soit comprise. Si l’on ne réussit pas à marier la liberté avec l’unité, l’empire germanique ne durera pas longtemps. »
Toute la presse libérale manifeste les mêmes appréhensions. Mais quand on considère la puissance immense que vient de conquérir le militarisme, l’écrasement autorité qu’il a aujourd’hui, les ressources de toute nature dont il dispose, on ne peut s’empêcher de trouver bien naïfs ces libéraux nationaux qui ont poussé à l’unité, dans l’espérance qu’elle tournerait à leur profit.
L’unité allemande sera, ce qu’elle annonce devoir être, une unité autoritaire, despotique, et l’empire durera autant que la force de l’armée. La liberté allemande est bel et bien enterrée.
La France a besoin d’une revanche ; elle n’a qu’à laisser faire l’Allemagne. Les déceptions et les actes de contribution amère que l’on peut prévoir déjà la vengeront suffisamment du mal qui lui a été fait.


ANGLETERRE

MOUVEMENT REPUBLICAIN EN ANGLETERRE. — Vendredi dernier, M. Georges Odger a convoqué un meeting à Wellington Brooke street, Hidborn. L’assemblée était appelée à prendre des dispositions pour amener un grand mouvement républicain, M. Odger occupait le fauteuil. Partout des drapeaux rouges et des bonnets phrygiens. Le président, dans un assez long discours, a établi que le devoir du peuple anglais était d’examiner quelle forme de gouvernement démocratique pourrait convenir à la Grande-Bretagne. Il faudrait tenir compte des aspirations populaires. Peu importerait à la nation que le chef de la république fût un premier ministre ou un président.
Vous êtes plus familiarisés avec la qualification de premier ministre et peut-être vaudrait-il mieux, dit-il, conserver cette appellation, qui n’implique aucune espèce de droit héréditaire. Aucune époque dans les annales de l’Angleterre n’a jamais été aussi favorable que celle-ci pour l’établissement d’un vrai mouvement républicain, et je crois pouvoir assurer que des provinces répondraient à l’appel de la capitale. Les républicains de Birmingham se rangeraient sous le drapeau de cette dernière. Du reste, messieurs, attendez-vous à ce que toutes sortes de calomnies vont être déversées sur votre mouvement.
M. Harry propose la résolution ci-après :
Nous, membres du meeting actuel, nous avons attentivement considéré les divers efforts infructueux faits dans la Chambre des communes pour ménager la dépense injustifiable des deniers du peuple : il n’en est jamais resté qu’un surcroît de prodigalité, et convaincu que tout gouvernement sous l’influence et le contrôle de quelques familles privilégiées qui monopolisent actuellement le pouvoir public de la nation, et qu’il est conséquemment inapte à faire dans les intérêts de la société entière des lois larges et fécondes.
Déclarons qu’une forme républicaine de gouvernement est seule capable de développer les grandes ressources du pays et digne de l’appui de tous les bons Anglais.
Cette résolution, appuyée par M. Smith et M. Lees et d’autres, est adoptée.
Le meeting nomme un conseil et des agents pour seconder le mouvement. Le président a annoncé que le programme républicain ne tarderait pas à être soumis au pays.
Les Anglais dont les propriétés en France ont souffert de la guerre avaient envie de demander des dommages-intérêts, savez-vous à qui ? — A la France !
C’eût été joli de nous faire payer les pendules volées par les amoureux de Gretchen.
Malheureusement pour ceux qui avaient eu cette idée ingénieuse, lord Enfield a répondu à M. Cadogan que « l’opinion des jurisconsultes de la couronne n’était pas favorable aux réclamants. »


Nous trouvons dans le Rappel les renseignements suivants :
On nous signale une petite rouerie du gouvernement de Versailles. Dans le but sans doute de provoquer le mécontentement des employés et de les porter à en jeter la responsabilité sur le mouvement de Paris, le caissier du ministère des finances vient de déclarer qu’il ne pourrait payer à la fin du mois courant les traitements sur lesquels ces prolétaires de l’administration se croyaient en droit de compter. Il donne pour prétexte que de nouvelles oppositions ont pu être mises en son absence au ministère des finances, qu’il ne les connaît pas, et ne peut par conséquent payer jusqu’au moment où la tranquillité rétablie lui permettra de revenir à Paris.
On sait ce que cela veut dire, et l’on comprend facilement ce petit manège. Mais les petits employés, qui, comme leurs frères des ateliers, ont eut si souvent à souffrir, n’eut pas attendu jusqu’à aujourd’hui pour se déclarer en faveur d’une réforme radicale. Le bon plaisir a fait son temps, et le principe de la commune libre compte chez eux de nombreux partisans. Les élections le feront bien voir.


Les provinciaux, auxquels on fait accroire que Paris est dans un état de bouleversement impossible à décrire, auraient été bien étonnés s’ils s’étaient promenés hier dans les rues ou sur les boulevards.
Tout avait repris sa physionomie habituelle. Les boutiques étaient rouvertes, les restaurants et les cafés revoyaient leurs clients, on sentait partout la tranquillité et la confiance.
Le jardin des Tuileries est rouvert, non plus seulement la partie que s’était réservée l’homme qui a fini par Sedan, mais tout le jardin où le public n’était pas entré depuis cinq mois.
Le jardin du Palais Royal, qui n’était fermé, lui, que depuis trois jours, également, a également rouvert ses grilles hier.


UNE PAGE D’HISTOIRE

Nous recommandons à l’attention toute spéciale de nos lecteurs le rapport publié par M. Crémieux, à l’appui du décret qui a destitué et flétri les magistrats indignes ayant fait partie des commissions mixtes de 1852.
C’est une page d’histoire qui mérite de se graver dans toutes les mémoires. Il est indispensable que la France ne perde jamais le souvenir des monstruosités sans nom qui ont inauguré le régime du 2 décembre, et il n’est pas moins nécessaire qu’elle voue à l’infamie, pour l’édification des générations futures, les misérables ambitieux qui se sont faits les complices et les instruments des abominables attentats commis à cette époque néfaste contre la morale, la justice de l’humanité.
On verra dans ce rapport, inséré plus loin, que les commissions mixtes n’ont pas condamné moins de 40 000 citoyens à la déportation à Lambessa ou à Cayenne, à l’exil et à l’internement. Dans certains départements du midi, les transportés des villes et même des campagnes se comptaient par milliers. Notaires, avocats, médecins, juges, grands et petits propriétaires, ouvriers, paysans étaient atteints indistinctement par ces épouvantables proscriptions.
Tous étaient égaux devant la haine cruelle et l’implacable vengeance de l’assassin du boulevard Montmartre.
Quel était donc le crime des infortunés qu’on envoyait ainsi à une mort presque certaine dans les marais pestilentiels de l’Afrique et des îles de la Guyane ? En expiation de quels noirs forfaits condamnait-on leurs familles au deuil, au désespoir et à la misère ? Leur crime, le voici : ils conservaient dans leur cœur le culte des institutions établies par le gouvernement de 1848, en application des principes de liberté et de justice de notre grande révolution ; ils réprouvaient du fond de l’âme l’odieux parjure de décembre, la violation du droit, l’anéantissement de la constitution ratifiée par les libres suffrages de toute la France. Leur crime, en un mot, était d’être républicains.
Quel était donc le crime des magistrats pour signer ces 40 000 condamnations prononcées dans le mystère et le silence des préfectures bonapartistes, sans instruction préalable d’aucune sorte, sans confrontation de témoins, sans qu’il eût été procédé à l’interrogatoire des accusés, à l’audition de leurs témoignages ! Jamais les justiciers de l’inquisition, jamais les affidés des Tibère et des Néron n’avaient accompli plus sinistre et plus criminelle besogne.
Or, que sont devenus les misérables qui ont ainsi traîné dans la boue sanglante du régime de décembre l’hermine de la justice, et donc les abominables arrêts ont insulté à toutes les lois divines et humaines ?
Ils ont été naturellement récompensés par le gouvernement qui les a ordonnés et qui en a tiré profit, et ce n’est pas sans une indignation douloureuse que les honnêtes gens les ont vus pendant dix-huit ans se prélassez avec la plus cynique insolence au milieu des honneurs, et même parvenir jusqu’aux rangs suprêmes de cette magistrature française dont ils sont l’opprobre et la honte.
La République devait une réparation à la conscience publique outragée, et M. Crémieux, s’inspirant de ce devoir nécessaire, lançait dernièrement un décret qui destituait et flétrissait tous les magistrats qui avaient collaboré à l’œuvre infâme des commissions mixtes. C’était une punition bien douce pour des hommes qui avaient sacrifié des légions d’innocents et fait des milliers de veuves et d’orphelins, — car personne n’ignore que les fièvres meurtrières de Lambessa et de Cayenne ont dévoré plus de la moitié des innombrables convois humains qui leur ont été jetés en pâture. Néanmoins, quelques-uns de ces personnages, oubliant que parmi leurs victimes se trouvaient des juges inamovibles, ont eu l’impudence insigne de protester publiquement contre le décret de M. Crémieux, en invoquant à leur profit le bénéfice de ce principe désormais insoutenable de l’inamovibilité qu’ils avaient foulé aux pieds comme tout le reste. Qu’en est-il résulté ? L’histoire refusera de le croire un jour : ils ont trouvé un chaleureux défenseur dans le ministre qui a remplacé M. Crémieux au département de la justice. M. Dufaure s’est empressé de faire droit à leur requête et de proposer à l’Assemblée de Bordeaux l’annulation du décret qui les frappait d’indignité et les expulsait des rangs de la magistrature. A en juger par l’accueil empressé fait à cette proposition par la majorité ainsi que par toute la cohue des réactionnaires, il n’est pas permis de douter que le décret de M. Crémieux ne soit bientôt annulé par les votes de la Chambre.
Dans quel temps vivons-nous ? Nous sommes, dit-on en République ; or, si, comme tout le fait craindre, les magistrats des commissions mixtes sont rétablis sur leurs sièges, rien n’empêchera M. Dufaure de les appeler un jour ou l’autre à juger les républicains, eux qui se sont faits jadis leurs bourreaux.
Aura-t-on l’excuse de pouvoir dire que, depuis 1852, les bourreaux ne sont amendés et ont acquis les qualités qui font les juges intègres ? Mais les hommes des commissions mixtes de 1852 ont renouvelé leurs hideux exploits en 1858, et chacun sait qu’avant le 4 septembre, ils n’attendaient qu’une victoire des armées impériales pour procéder encore une fois aux proscriptions en masse. N’a-t-on pas trouvé dans toutes les grandes préfectures de la France, et notamment à Lyon, des listes interminables de citoyens de toutes les opinions hostiles, voués d’avance à la prison, à l’exil ou à la transportation ?
Non, les bourreaux de 1852 n’ont pas changé : jusqu’à la dernière heure, ils sont restés fidèles à leurs précédents. Libre à M. Dufaure et à ses amis de la Chambre d’annuler le décret qui délivrait les honnêtes gens de la magistrature du contact de ces misérables ; ils n’effaceront pas la flétrissure indélébile qui leur imprime le rapport de M. Crémieux, et qu’ils garderont éternellement dans l’histoire.
LUCIEN JANTET (Progrès de Lyon.)


LES COMMISSIONS MIXTES

M. Ad. Crémieux a publié, sur le décret relatif aux membres des commissions mixtes, des observations dont nous reproduisons tous les points essentiels :
« L’ordre constitutionnel ne peut être troublé ; ni « les particuliers distraits de leurs juges naturels par aucune commission. »
(Constitution de 1790.)

Abbatucci, ministre de la justice, fut l’inventeur des commissions mixtes.
Le 2 février, les procureurs généraux furent saisis d’une circulaire que je vais littéralement transcrire :

CIRCULAIRE.

Paris, le 3 février 1852.
Monsieur le procureur général.
Animé du désir de mettre un terme aux difficultés qu’ont fait naître les nombreuses arrestations opérées à la suite des derniers troubles, et de voir la société délivrée des pernicieux éléments qui menaçaient de la dissoudre, le gouvernement veut qu’il soit statué, dans le plus bref délai possible, sur le sort de tous les individus compromis dans tous les mouvements insurrectionnels ou les tentatives de désordre qui ont eu lieu depuis le 2 décembre.
Déjà, par une circulaire du 29 janvier, insérée au Moniteur, M. le ministre de l’intérieur a donné l’ordre aux préfets de faire mettre sur-le-champ en liberté tous ceux des détenus qu’ils jugeaient avoir été seulement égarés et pouvoir être relaxés sans danger pour la sécurité publique.
MM. les préfets se seront sans doute empressés de répondre, à cet égard, aux intentions du prince président, et ceux qui ne l’auraient point fait encore devront prescrire l’élargissement immédiat de tous les détenus susceptibles d’être mis en liberté, sans autre examen, et en rendre compte dans le plus bref délai aux ministres de la guerre et de l’intérieur.
Après l’exécution de cette mesure, il restera dans les prisons un certain nombre d’individus plus ou moins compromis, à l’égard desquels il convient également de prendre une prompte détermination.
Le gouvernement a pensé que, pour concilier à la fois les intérêts de la justice, de la sûreté générale et de l’humanité, il ne pouvait mieux faire que de confier, dans chaque département, le jugement de ces inculpés à une sorte de tribunal mixte composé de divers ordres, assez rapprochés des lieux où les faits se sont passés pour en apprécier le véritable caractère, assez haut placés dans la hiérarchie pour comprendre l’importance d’une semblable mission, en accepter résolument la responsabilité, et d’offrir à la société comme aux particuliers toute garantie d’intelligence et d’impartialité.
Afin de laisser à ces commissions départementales une entière liberté d’appréciation, toutes les autorisations judiciaires, administratives ou militaires, qui ont pu jusqu’ici être chargées d’informer sur les derniers événements telles que commissions militaires, juges etc., commission d’instruction, etc., sont, dès à présent, complètement dessaisies et doivent cesser leurs opérations.
Toutes les pièces de procédure, acte d’information, procès-verbaux et autres documents recueillis dans chaque département par ces diverses autorités, seront immédiatement envoyés à la préfecture pour y être centralisés et mis à la disposition de la commission.
Voici maintenant comment sera composée et comment procédera cette commission :
§ Ier. — La commission sera composée : au chef-lieu d’une division militaire, du commandement de la division, du préfet et du procureur général ou procureur de la République ; au chef-lieu de cour d’appel qui ne sera pas chef-lieu d’une division militaire, du préfet, du commandant militaire du département et du procureur général ; dans les autres départements, du préfet, du commandant militaire et du procureur de la République du chef-lieu.
§ II. — La commission ainsi composée se réunira à l’hôtel de la préfecture. Là, elle compulsera tous les documents qui auront été mis à sa disposition, soit par les parquets, soit par les commissions militaires, soit par les administrations civiles, et, après mûr examen, elle prendra à l’égard de chaque inculpé, une décision qui sera inscrite sur un registre avec les motifs à l’appui et signée de trois membres.
Si, pour quelques inculpés, elle ne se trouvait pas suffisamment éclairée par les documents déjà recueillis, elle ordonnerait un supplément d’information qui pourrait être fait indistinctement par tout agent judiciaire, administratif ou militaire.
§ III. — Les mesures qui pourront être appliquées suivant le degré de culpabilité, les antécédents politiques et privés, la position de famille des inculpés, sont les suivantes.
Le renvoi devant les conseils de guerre ;
La transportation à Cayenne ;
La transportation en Algérie (deux classes, exprimées par ces mots : plus, moins) ;
L’expulsion de France ;
L’éloignement momentané du territoire ;
L’internement, c’est-à-dire l’obligation de résider dans une localité déterminée ;
Le renvoi en police correctionnelle ;
La mise sous la surveillance du ministère de la police générale ;
La mise en liberté.
Toutefois, la commission ne renverra devant les conseils de guerre que les individus convaincus de meurtre ou de tentative de meurtre, et ne prononcera la transportation à Cayenne que contre ceux des inculpés qui seront repris de justice.
§ IV. — Aussitôt que les délibérations seront closes, un état des affaires sur lesquelles il aura été définitivement statué sera dressé en triple expédition et envoyé aux ministères de la justice, de l’intérieur et de la guerre.
Cet état contiendra : 1° les noms et prénoms, lieu de naissance et de domicile des inculpés ; 2° la décision prise à l’égard de chacun d’eux ; 3° dans la colonne d’observations, un résumé succinct de la délibération, et particulièrement les motifs qui ont déterminé la commission à placer l’inculpé dans la catégorie indiquée par la décision, de manière à ce que le gouvernement puisse juger du mérite des classifications.
§ V. — Les présentes instructions ont été délibérées en commun par les ministres de la justice, de l’intérieur et de la guerre ; elles doivent dont être exécutées de concert par les fonctionnaires désignés qui dépendent des trois départements Ces fonctionnaires auront à se pénétrer de la double pensée qui les a dictées : accord entre toutes les autorités pour concourir à une grande mesure de justice et de sûreté générale ; célérité dans les décisions à prendre, afin de faire cesser au plus tôt une situation qui ne peut se prolonger davantage.
Le gouvernement compte assez sur la haute intelligence et le dévouement des membres qui composeront les commissions, pour être convaincu qu’ils marcheront ensemble dans une parfaite entente et avec toute l’activité dont ils sont capables, vers le but qu’il s’agit d’atteindre dans le plus court délai. Le gouvernement désire que tout le travail soit terminé et le sort des inculpés fixé au plus tard à la fin du mois de février.
§ VI. — Ces instructions ne sont pas applicables aux départements qui composent la première division militaire.
Pour les autres départements, elles remplaceront toutes celles qui auraient pu être adressée relativement au même objet, aux chefs de la justice de l’administration et de l’armée, et qui seront considérées dès lors comme non avenues.
Recevez, monsieur le procureur général, l’assurance de notre considération très distinguée.
Le garde des sceaux, ministre de la justice.
Signé : ABBATUCCI.
Le ministre de la guerre,
Signé : DE SAINT-ARNAUD.
Le ministre de l’intérieur,
Signé : F. DE PERSIGNY.


ŒUVRE DES COMMISSIONS MIXTES

Les commissions mixtes comprirent merveilleusement le double but qu’elles devaient atteindre. En trois semaines, leur œuvre fut consommée. Et quelle œuvre, grand Dieu ! Surveillance, internement, éloignement du territoire, expulsion de France, Algérie moins, Algérie plus, transportation à Cayenne, rien n’a manqué à ces atroces décisions auxquelles des magistrats ont consenti à s’associer.
Les sentences étaient prononcées. Un décret du 5-31 mars les sanctionna, et, dans la barbarie de leur exécution, le gouvernement dépassa la barbarie des juges. Aux peines si libéralement, si cruellement prononcées par les commissions mixtes, il ajouta des peines nouvelles contre celui qui, interné dans une ville de France, la quitterait sans autorisation ; la transportation dans la Guyane française, par mesure administrative, contre le malheureux qui, transporté en Algérie, quitterait, sans autorisation, sa résidence obligée.
En Algérie, les transportés furent soumis au travail obligatoire comme des forçats. Le colonel Bazaine et quelques autres prétoriens furent chargés de leur imposer ce régime ; et, pour les contraindre à le subir, un décret du 31 mai 18 juin 1852, vint combler la mesure.
Le décret ordonna que les transportés qui se refuseraient au travail et à l’obéissance, et contre lesquels tous les moyens ordinaires de répression disciplinaire auraient été épuisés, fusent conduits à Cayenne.
Voilà comment les commissions mixtes furent fondées, comment elles procédèrent, comment leurs décisions sur chaque inculpé, rendues dans le plus bref délai possible (1), furent accueillies par le gouvernement impérial. Et des magistrats, oui, des magistrats se sont mis en tiers dans ces réunions maudites ! Le tiers de la responsabilité qu’ils ont résolument acceptée (2) retombe sur eux et les écrase de son poids honteux et redoutable. Vous savez quelles condamnations les commissions mixtes ont prononcées ; mais le nombre, vous ne le savez pas. Le nombre de ces condamnations, écrites avec la signature des commissaires au pied de chaque décision, s’élève à plus de quarante mille (3) ! Laissez-moi transcrire quelques passages des lettres officielles qui m’ont été adressées :
« Dans le département des Pyrénées Orientales, plus de douze cents personnes ont été frappées. » (Lettre du préfet.)
« Plus de trois mille personnes ont été déportées dans le ressort d’Aix. » (Lettre du procureur général.)
« Il le serait plus facile de faire connaître le nom des personnes qui, dans mon département, n’ont pas été frappées au 2 décembre, que les noms de celles qui ont été atteintes. Les Basses-Pyrénées ont été transportées en masse à cette triste époque. » (Dépêche du préfet.) (4).
Je m’arrête, me demandant si jamais, dans l’histoire de notre magistrature française, rien de semblable s’était vu ! Nos magistrats qui, dans tous les temps, ont flétri les commissaires !
Et qui donc étaient les coupables ainsi frappés en masse ?
Pas un d’eux, entendez-le bien, pas un n’avait commis un crime ; pas un même n’avait commis un délit ! SI, à un certain nombre, on pouvait dire : Vous vous êtes levés en armes, tous pouvaient répondre : Oui, contre le criminel qui violait la constitution, qui foulait aux pieds les lois, qui, coupable et parjure, anéantissait la République ! Mais on ne les a pas même interrogés, et malgré toutes les fables imprimées et tous les récits merveilleux des batailles contre les insurgés de 1852, l’Europe saint qu’aucune résistance vraiment sérieuse n’a eu lieu sur aucun point.
Et qui donc étaient ces condamnés si nombreux ? Ils appartenaient à toutes les conditions, à tous les âges ; aux citoyens les plus importants des villes, aux représentants du peuple, aux magistrats inamovibles, aux magistrats des parquets, aux fonctionnaires publics, aux médecins, aux avocats, aux avoués, aux notaires, aux greffiers, aux huissiers, aux commerçants, aux ouvriers, étaient mêlés des villageois, d’humbles travailleurs des campagnes ; tous serviteurs dévoués de la loi, tous redoutés du gouvernement, même dans leur prison, d’où la nuit ils étaient enlevés rapidement et sans bruit.
Ecoutez le préfet de l’Eure, s’applaudissant d’avoir achevé l’œuvre de proscription dans les ténèbres, si favorables à de telles entreprises :

Lettre du préfet de l’Eure au ministre de l’intérieur.
8 mars 1852.
« Hier, vers trois heures de l’après-midi, M. le major Drouhot, commandant l’état de siège à Evreux, est venu me communiquer une lettre de M. le général commandant la 2e division, qui, par ordre de M. le ministre de la guerre, enjoignait de faire partir le jour même, et de diriger sur Vernon les nommés Houillier, Martin de la Rivière, Imbert, Morteil, Soyer et Bouquet, désignés par la commission départementale de l’Eure pour être transportés en Algérie.
« Sur-le-champ, et comme cela était demandé, j’ai fait établir, au moyen du registre des délibérations de la commission départementale de l’Eure, les notices individuelles de chacun de ces prévenus.
« Les transportés sont partis de la maison d’arrêt d’Evreux, à neuf heures du soir, et sont arrivés à l’embarcadère du chemin de fer de Vernon à une heure de la nuit, pour être dirigés, suivant l’ordre donné, sur le port du Havre, d’où ils feront voile jusqu’à destination.
« Tout s’est passé dans le plus profond silence, avec la tranquillité la plus parfaite et sans éveiller l’attention du public ; c’est tout au plus si aujourd’hui quelques personnes sont informées de ce départ. »
Oui, le silence au départ se faisait dans les villages, dans les campagnes. Et qui dira le désespoir dans les familles de tous leurs soutiens ? Ne croyez pas que les femmes elles-mêmes fussent à l’abri de ces lâches persécutions ! Dans un seul département, plus de deux cants ont été condamnées. Et combien ont suivi l’époux, le père qu’on leur enlevait ! La mort aussi a fait le silence dans les rangs si pressés des proscrits. Plus de huit mille n’ont pas revu leurs foyers.
Le croira-t-on ? Sur quarante mille condamnés, pas un n’a paru devant ses juges. Ai-je dit ses juges ? Pas un n’a paru devant ses bourreaux. Et des magistrats ont condamné des accusés sans les entendre, sans les voir, sans confrontation, sur des pièces secrètes, sur des rapports de police, sur le bruit fait par des délations. Est-ce bien vrai ? Des magistrats ! Mais ces gardiens de la loi avaient donc brisé les tables de la loi ? Quoi ! en 1852, soixante ans après la création de notre procédure criminelle, le témoignage devant l’accusé, les magistrats l’abolissent ? C’est dans le cabinet du préfet que trois hommes, tous trois fonctionnaires, aussi intelligents que dévoués (5), prononcent en secret, mystérieusement, tous seuls, toutes ces odieuses condamnations qui restent sans recours possible.
Et chacun de ces tribunaux sans nom, qu’on appela mixtes, comptaient un magistrat dans ces trois hommes qui tranchaient ainsi l’existence morale et l’existence physique des condamnés, qui jetaient dans le désespoir tant de familles innocentes. Et quand un décret, venu après dix-huit ans, se borne à exclure de leur siège ces juges qui tous se sont élevés sur ce sanglant piédestal ; quand ce décret, relevant la majesté de la justice, les mets en dehors des rangs purifiés de la magistrature française, on entend, du sein de quelques tribunaux, des protestations et des plaintes qui montent jusqu’à l’Assemblée nationale ! Au lieu d’applaudir, ils accusent ! Que dis-je ? Ceux qui ont prononcé, il y a 18 ans, ces odieuses sentences et qui, en les étalant devant celui qui les ordonna, ont atteint les plus hautes fonctions de la magistrature, ceux-là élèvent la voix et demandent réparation ! Oui, nous en sommes réduits à ce degré d’avilissement ! Comment ! quand on vous a chargés de proscrire, vous avez accepté cette abominable mission, et quand, après dix-huit ans de récompenses reçues, vous êtes renvoyés, sans autre punition que de vous retirer de ces sièges flétris auxquels notre décret va rendre l’honneur, vous osez invoquer le privilège de l’inamovibilité, vous qui, en 1852, avez proscrit Delord, inamovible ; Clerc Lassalle, inamovible ; Ballot des Minières, inamovible ; Cellerier, inamovible !
(Progrès de Lyon.)

VARIETES

LE 10 AOUT

LA COMMUNE INSURRECTIONNELLE
(Suite)

Que venaient-ils faire ? Ils avaient accepté ou ils s’étaient donné le mandat d’exécuter la chose la plus téméraire de la révolution. Les pouvoirs qu’ils avaient reçus à la hâte se réduisaient, la plupart, à ces mots : « Sauvez la patrie ! » Mais comment, où, de quels périls, par quels moyens, c’est ce que personne ne disait. Ils se réunissent sous le prétexte de correspondre avec leurs sections ; en réalité, leur mission est d’expulser la municipalité et de la remplacer. Malgré la violence de leurs passions, ils mirent à exécuter ce projet plus de patience et de dissimulation soutenue qu’on ne serait tenté de le croire.
Au lieu de se découvrir dès d’abord, ils commencèrent par s’établir tranquillement dans une chambre voisine de celle où siège le conseil légal de la Commune. Pendant plusieurs heures, ils gardent l’apparence de l’obéissance, communiquant à l’amiable avec ce conseil qu’ils sont chargés de dissiper. Vers minuit, le tocsin se fait entendre au milieu de la ville, d’abord timide, incertain, souvent interrompu, et bientôt plus hardi ; les églises les plus éloignées le répètent. L’audace des envahisseurs de l’Hôtel-de-Ville s’en augmente. A chaque tintement nouveau, la contenance des municipaux baisse, leur nombre diminue ; ceux qui restent sur leur siège inclinent peu à peu vers plusieurs des résolutions des insurgés.
Jamais ne s’étaient montrés si près l’une de l’autre à l’égalité et la révolte, séparés seulement par l’épaisseur d’une muraille. Le besoin de dissimuler disparaissait à chaque nouvelle du soulèvement des sections de Saint-Antoine, du faubourg Saint-Marceau et des fédérés de Marseille.
Cependant, les quatre-vingt-deux se continrent encore, et, par cette prudence, ils se servirent des magistrats légaux pour en tirer des ordres, des arrêtés qui ne leur furent jamais refusés.
Par là, ils trouvent le moyen de commander, sous un autre nom, aux troupes du château, de s’en faire obéir et de désorganiser la défense. Un poste d’artillerie avait été placé au Pont-Neuf, pour empêcher la jonction de l’insurrection des deux rives de la Seine ; ils demandent que ce poste soit éloigné. La commune légale en donne l’ordre, et il est signé du nom su secrétaire-greffier, Royer-Collard.
Un point important étai de s’emparer de la personne du commandant en chef de la garde nationale, Mandat ; il commandait aux Tuileries. Le conseil légal tend, malgré lui, cette embûche, il donne à Mandat l’ordre de se rendre à l’Hôtel-de-Ville. En recevant cette dépêche de l’autorité régulière, Mandat n’avait aucun motif de soupçon. Il obéit avec répugnance. Arrivé à l’Hôtel-de-Ville, les magistrats le reçoivent, et après quelques mots échangés, le renvoient aux Tuileries, près du roi. Mais alors ces inconnus l’entraînent dans la salle voisine, où il se trouve devant la commune insurrectionnelle, qui se démasque. Les quatre-vingt-deux lui enjoignent de signer l’ordre de retirer la moitié des troupes du château ; il s’y refuse héroïquement. Au même instant, des officiers livrent la lettre par laquelle il a ordonné d’attaquer les colonnes du faubourg-Saint-Antoine par derrière.
C’était deux fois la mort pour Mandat. Conduit dans la prison de l’Hôtel-de-Ville, on l’en arrache pour le traîner à celle de l’Abbaye. Il descendait les degrés de l’Hôtel-de-Ville, quand un home lui brise la tête d’un coup de pistolet. Santerre est nommé à sa place commandant général de la garde nationale.
Après s’être fait livrer le général, la commune insurrectionnelle juge qu’il est inutile de se contenir davantage. Elle a obtenu des magistrats au-delà de ce qu’elle a espéré ; le moment est venu de parler et de commander en son nom. Les quatre-vingt-deux font irruption dans la salle du conseil ; ils lui signifient sa suspension et prennent les sièges, vides la plupart, et que personne ne songe à disputer. Exemple singulier de circonspection dans la violence et de patience dans la révolte !
Tous concourent, même les serviteurs du roi, à livrer la royauté ; et que lui restait-il à espérer, quand on voit dans cette nuit le théoricien futur de la monarchie, Royer-Coliard, signer lui-même presque tous les arrêtés, dont le moindre perdait la couronne ?
Pétion, l’insurrection dans le cœur, partagé entre ses devoirs de maire de Paris et ses vœux pour les révolutionnaires, eût voulu disparaître pendant le temps de la lutte. Il avait lui-même donné aux insurgés l’idée ambiguë de le tenir prisonnier dans son hôtel, pour lui ôter toute occasion d’agir. Masi, dans les premières heures, ce projet n’avait pu être exécuté. Il avait conservé, en dépit de lui, une liberté dont il craignait d’user dans un sens ou dans l’autre ; et il ne savait comment perdre, sans être aperçu, ces heures où allait se décider le sort du roi et de la Révolution.
Pétion croit d’abord plus sage de se rappeler de celui qui, en ce moment, lui semble plus fort. Vers dix heures du soir, il se rend aux Tuileries, se montre au roi, et lui parle pour constater sa présence. « Il paraît, dit le roi, qu’il y a beaucoup de mouvement ? — Oui, répond Pétion, la fermentation est grande… et il s’éloigne.
Les regards le perçaient de tous côtés ; il s’y dérobe. Descendu dans le jardin, il s’y promène jusqu’à l’approche du jour, écoutant le tocsin, le rappel, la générale ; cherchant et se faisant, lui, maire de Paris, la solitude au milieu de la ville soulevée. Et dans une situation si étrange, il se montrait calme, presque impassible. De quelque côté que tournât la fortune, il se croyait sans reproche, parce qu’il manquait à ses amis aussi bien qu’à ses ennemis.
Quand le jour commença à paraître, sa contenance devint plus difficile ; il se remit à marcher à grands pas sous les arbres des allées, qui le couvraient mal contre les soupçons du château. Il eût voulu s’échapper, surtout depuis que le tocsin, toujours croissant, l’avertissait que la victoire pourrait bien rester aux sections. Mais les sentinelles le repoussent des portes. Dans cette anxiété, sûr de trouver la mort s’il rentre au château, c’est lui qui inspire la Législative l’ordre de le mander à sa barre. Elle l’envoie chercher par un huissier, accompagné de deux porte-flambeaux. Pétion se voit délivré, il traverse l’Assemblée et réussit enfin à se faire consigner chez lui par les sections. Ce dénouement, but de toutes ses pensées, il se hâte de le publier avec un étonnement joué qui, à la distance où nous sommes, paraît le comble du comique, mêlé à la tragédie nocturne dont le dernier acte allait s’achever.
Avec plus de dignité, l’Assemblée législative parut de même attendre les événements que recelait la nuit. Soixante membres à peine s’étaient réunis au premier tocsin. Ce groupe augmenta peu à peu sans aller jusqu’à deux cents. Pour remplir les heures sans pencher d’aucun côté, l’Assemblée profite de ce qu’elle n’est pas en nombre et écarte toute délibération sur la situation présente. Elle se fait lire, durant de longues heures, d’anciens rapports sur les dettes arriérées des ci-devant provinces, sur les dégrèvements demandés par les départements. Les députés semblent seuls être sourds au milieu des préparatifs de combat qui se font autour d’eux. Masque d’indifférence sous lequel les assemblées se plaisent à cacher leurs plus profondes alarmes.
Lorsque les émissaires apportèrent des nouvelles, on les entendit d’abord sans marquer aucune faveur à l’insurrection. Au contraire, ce fut la commune légale qui eut les honneurs de la séance. Cette disposition allait bientôt changer. La longue séance permanente du 9 au 10 devait finit par glorifier tout ce qui a été renié ou condamné à la première heure.
(La Révolution.)
EDGAR QUINET.

Mardi 28 Mars 1871

SOMMAIRE

PARTIE OFFICIELLE. — Résultats des élections municipales. — Révocation du citoyen Chaffin. — Commune de Toulouse.

PARTIE NON OFFICIELLE. — Le duc d’Aumale à Versailles. — Evénements de Toulouse. — Nouvelles étrangères. — Faits divers. — Tribunaux. — Armes à tir rapide. — Commerce cotonnier.

PARTIE OFFICIELLE

Paris, le 27 mars 1871

COMMUNE DE PARIS
RESULTATS DES ELECTIONS
Premier arrondissement (Louvre)
Adam 7 272
Meline 7 251
Rochart 6 629
Barré 6 294

Deuxième arrondissement (Bourse)
Brélay 7 025
Tirard 6 391
Chéron 6 066
Loiseau-Pinson 6 962

Troisième arrondissement (Temple)
Demay 8 730
Arnaud 8 679
Pindy 7 816
Cléray 6 115
Dupont 5 661

Quatrième arrondissement (Hôtel-de-Ville)
Lefrançais 8 619
Arthur Arnould 8 6008
Clémence 8 163
Amouroux 8 150
Gérardin 8 154

Cinquième arrondissement (Panthéon)
Jourde 3 949
Regère 4 026
Tridon 3 648
Blanchet 3 271
Ledroit 3 236

Sixième arrondissement (Luxembourg)
Leroy 5 800
Goupil 5 111
Robinet 3 904
Beslay 3 714
Varlin 3 602

Septième arrondissement (Palais Bourbon)
Parizel 3 367
Lefèvre 2 859
Urbain 2 803
Brunel 1 947

Huitième arrondissement (Elysée)
Raoul Rigault 2 175
Vaillant 2 145
Arthur Arnould 2 114
Alix 2 028

Neuvième arrondissement (Opéra)
Ranc 8 950
U. Parent 4 770
Desmarest 4 232
Ferry 3 732
Mast 9 691

Dixième arrondissement (Enclos St-Laurent)
Félix Pyat 11 813
Henri fortuné 11 354
Gambon 10 734
Champy 11 042
Babick 10 738

Onzième arrondissement (Popincourt)
Assi 18 041
Avrial 16 193
Delescluze 18 379
Mortier 19 397
Eudes 17 392
Protot 18 062
Verdure 15 657

Douzième arrondissement (Reuilly)
Varlin 2 312
Fruneau 2 173
Geresme 2 193
Theisz 2 150

Treizième arrondissement (Gobelins)
Léo Maillet 6 664
Durand 6 630
Chardon 4 761
Frankel 4 520

Quatorzième arrondissement (Observatoire)
Billioray 6 100
Martelet 5 927
Decamp 4 830

Quinzième arrondissement (Vaugirard)
Clément 5 025
J. Vallès 4 303
Langevin 2 417

Seizième arrondissement (Passy)
Docteur Marmottan 2 675
Bouteillier 1 959

Dix-septième arrondissement (Batignolles-Monceaux)
Varlin 9 356
Clément 7 121
Gerardin 6 142
Chalin 4 545
Malon 4 199

Dix-huitième arrondissement (Butte-Montmartre)
Blanqui 14 950
Théisz 14 950
Dereure 14 661
Clément 14 188
Ferré 13 784
Vermorel 13 784
P. Grousset 13 359

Dix-neuvième arrondissement (Buttes-Chaumont)
Oudet 10 065
Purget 9 547
Cournet 5 540
Delescluze 5 846
Ostyn 5 065
J. Miot 5 520

Vingtième arrondissement (Ménilmontant)
Ranvier 14 127
Bergeret 14 003
Flourens 13 498
Blanqui 13 338

Demain, le Journal officiel donnera la publication officielle du scrutin, en indiquant ceux des candidats qui, ayant obtenu au moins le huitième des voix des électeurs inscrits, doivent être dès maintenant considérés comme élus.


COMITE CENTRAL
Le général en chef, sur la proposition du commandant par intérim le 10e bataillon, casse de son grade le citoyen Chaffin, officier civil, payeur au 107e bataillon.
Le général en chef,
BRUNEL.


Un de nos amis, qui nous est envoyé de Toulouse, nous apporte le document suivant :

La garde nationale de Toulouse, réunie à l’occasion de la création de bataillons de garde constitutionnelle et de l’installation de M. de Kératry en qualité de préfet de la Haute-Garonne, a proclamé aujourd’hui à deux heures l’organisation de la commune aux cris de : Vive Paris !
Le corps d’officiers de la garde nationale sédentaire constitue la commune de Toulouse.
La commune déclare M. de Kératry déchu de son titre de préfet, et maintient le citoyen Duportal en qualité de délégué du pouvoir central.
La commune déclare vouloir la république une et indivisible, et elle adjure les députés de Paris d’être les intermédiaires d’une transaction désirable entre le gouvernement de la République et le peuple de Paris.
Dans ce but, elle somme le gouvernement d’avoir à dissoudre l’Assemblée nationale comme ayant accompli le mandat pour lequel elle a été élue, comme étant la cause de toutes les difficultés présentes et le fruit de la peur et de la corruption cléricale.
Elle adhère aux préliminaires de la paix et demande que, pour délivrer le plus tôt possible le sol de la patrie de la souillure de l’étranger, des mesures énergiques soient prises pour faire payer, sans délai, les frais de la guerre à ceux qui ont déchaîné ce fléau sur le pays et conclu une paix ruineuse et humiliante.
La commune de Toulouse fera respecter toutes les opinions et assurera la conservation de tous les intérêts publics et privés ; mais elle sévira avec vigueur contre toute tentative de perturbation.
Son but est de mettre la république à l’abri des conspirations monarchiques de toute sorte, et d’arriver, par le concours qu’elle entend donner à la représentation radicale de l’Assemblée, à la disparition de tous les malentendus qui prolongent nos déchirements.
Vive la République une et indivisible !
Suivent les signatures des officiers de l’état-major et celles des officiers du 1er bataillon (ouest), du 2e bataillon (sud), du 3e bataillon (centre), et du 4e bataillon (nord.)

PARTIE NON OFFICIELLE

Paris, le 27 mars 1871

Nous reproduisons l’article suivant du citoyen Ed. Vaillant, article qui nous paraît répondre d’une façon satisfaisante à une des difficultés du moment.
Le délégué rédacteur en chef du Journal officiel.
CH. LONGUET.

On nous assure, mais la nouvelle n’a rien d’officiel, que le duc d’Aumale serait à Versailles. Si cela était vrai, c’est que de Bordeaux à Versailles le duc d’Aumale n’aurait pas rencontré un citoyen.
C’est par des faits semblables que l’on voit combien le sens moral et civique s’est affaissé. Dans les républiques antiques, le tyrannicide était la loi. Ici, une prétendue morale nomme assassinat cet acte de justice et de nécessité.
Aux corrompus qui se plaisent dans la pourriture monarchique, aux intrigants qui en vivent s’unit le groupe des niais sentimentaux.
Ceux-ci déclarent que ces pauvres diables de princes ne sont pas responsables des crimes de leurs pères, de leur nom, de leur famille, pas plus que ne le serait le fils de Tropmann.
Ils oublient que le fils du forçat n’est pas condamné par l’opinion publique, s’il n’est forçat lui-même ; mais, à juste titre, la défiance s’attache à celui dont la jeunesse a dû subir l’influence de si mauvais exemples, dont l’éducation première a eu un tel directeur.
De même un prince, fils de prince, qui continue à s’appeler prince, et qui, comme d’Aumale en question, ose venir poser dans la France républicaine la question monarchique et la candidature de sa famille excite notre colère et appelle notre justice.
Et quand même ces princes qui rêvent de nous rejeter dans l’oppression auraient été éclairés par le génie de la Révolution, ils devraient alors comprendre qu’ils ne doivent pas devenir des agents de discordes et de guerre civiles, et ils devraient se condamner eux-mêmes à aller expier dans une contrée lointaine le malheur et la honte de leur naissance.
Car il ne suffit pas qu’ils se prétendent sans ambition, — nous nous rappelons les serments et les protestations de Bonaparte, — fussent-ils sincères, leur nom, leur présence, seraient exploités par ceux que l’ambition, l’intérêt, l’intrigue attachent à leur fortune, et, quelle que fut la volonté du prince, son influence néfaste serait la même.
De même que, dans le cours inaltérable des choses, tout élément discordant est éliminé et rien de ce qui est contre l’équilibre ne pourrait prévaloir, de même dans la société, tout objet de trouble dans l’ordre moral, tout obstacle à la réalisation de l’idéal de justice que poursuit la révolution doit être brisé.
La société n’a qu’un devoir envers les princes : la mort. Elle n’est tenue qu’à une formalité : la constatation d’identité. Les d’Orléans sont en France, les Bonaparte veulent revenir : que les bons citoyens avisent !


EVENEMENTS DE TOULOUSE

La commune a été proclamée à Toulouse dans la soirée du 25. Voici en quels termes le Messager de Toulouse du 26 annonce cet événement :
Hier, à cinq heures du soir, du haut du balcon du Capitole, la Commune a été proclamée à Toulouse par quelques officiers de la garde nationale.
Vers midi, le rappel avait été battu. L’objet présumé de la convocation était la formation d’une garde nationale constitutionnelle destinée à aller prêter main-forte à l’Assemblée de Versailles.
Les gardes nationaux convoqués se sont rendus drapeau en tête, à la préfecture. Il était alors deux heures. Là se trouvaient M. de Saint-Gresse, premier président ; M. Manau, procureur général ; M. Deleurrou, procureur de la République ; M. Castelbou, maire, et M. le préfet. Les officiers de la garde nationale, consultés, ont déclaré (à l’exception de huit) ne pas reconnaître Versailles et adhérer au gouvernement de Paris.
Vers trois heures, la manifestation s’est dirigée en armes, sur la place du Capitole.
Il y a eu, dans l’intérieur de la mairie, séance d’une heure et demie. Après quoi (il était alors cinq heures), M. Saint-Gaudens, régisseur du théâtre, a lu un manifeste proclamant la Commune à Toulouse, la déchéance de l’Assemblée nationale, la destitution de M. de Kératry et la nomination de M. Duportal comme délégué du pouvoir central de Paris.


Le même journal publie sur cet événement les détails suivants :
Il paraît qu’il y a eu d’abord, à un heure, réunion à la préfecture des officiers des mobilisés qui, en très grand nombre, ont été se faire inscrire pour prêter aide et concours à l’Assemblée de Versailles.
Les officiers de la garde nationale avaient été également convoqués. Mais tous ne se sont pas rendus à la convocation, et ceux qui s’y sont rendus ont déclaré ne pas vouloir reconnaître l’Assemblée de Versailles. Ils ont alors quitté la préfecture et y sont revenus plus tard plus tard, avec une partie de leurs hommes en armes, dans le but de proclamer la Commune.
C’est alors que les autorités civiles et judiciaires se sont réunies à la préfecture. La délibération a, dit-on, été longue et orageuse. On nous affirme que M. Saint-Gresse et M. Deleurrou, procureurs de la République, ont refusé d’adhérer à un acte de cette nature.
De la préfecture, la manifestation s’est rendue au Capitole, et c’est là qu’a été rédigée la proclamation lue par l’acteur Saint-Gaudens, capitaine adjudant-major de la garde nationale.
Combien étaient-ils pour faire de coup d’Etat ? Nous croyons être dans le vrai en disant qu’il n’y avait pas plus de douze cents hommes. Beaucoup de gardes nationaux, connaissant le but de la manifestation, avaient refusé de prêter leur concours et ne s’étaient pas rendus à l’appel.
Lorsque la proclamation a été lue du haut du Capitole, personne, en dehors des gardes nationaux manifestants, n’a crié : « Vive Paris ! » Des cris de « Vive Versailles ! » se sont, au contraire fait entendre. Et plusieurs des personnes qui les avaient prononcés ont été arrêtées sur le moment même.
Le bruit a couru que M. de Kératry était à Toulouse et qu’il attendait à l’Arsenal l’issue des événements. D’autres disaient qu’il était retenu prisonnier à la préfecture. Il ne nous a pas été possible de vérifier la vérité de ces derniers détails.
Une panique s’est produite, au passage des manifestants, dans les rues Saint-Etienne-Boulbonne, Saint-Romme et de la Pomme. Plusieurs magasins ont fermé.
Il n’y a eu dans la journée aucune collision, aucune tentative contre personne.
La population a assisté impassible et dédaigneuse aux actes qui se sont passés à la préfecture et au Capitole. Aucun militaire ne s’est mêlé à la manifestation.
Quel rôle ont joué en tout ceci nos autorités ? Que pensent-elles ? Comment tourneront les choses ? L’avenir nous le dira.
En attendant, nous conseillons aux Toulousains de ne donner aucun prétexte au désordre.
Nous ignorons le nom des membres qui font partie de la Commune. On les dit pris dans le comité des officiers de la garde nationale.
Dans la soirée, beaucoup d’agitation sur la place du Capitole, mais pas de troubles.


NOUVELLES ETRANGÈRES

ANGLETERRE

On nous écrit de Londres :
Paris est-il à la veille du retour si désirable de l’ordre et de la paix ? Les lettres que nous avons reçues ce matin, à la première heure, semblent faire pressentir un prochain apaisement.
Le comité de l’Hôtel-de-Ville, dans une proclamation que le télégraphe nous transmet en substance, se propose de céder sa place aux citoyens dont les noms sortiront, aujourd’hui, de l’urne électorale. S’il en doit être ainsi, nous ne voyons pas pourquoi l’Assemblée nationale se montre si hostile. Oublions les premiers jours de la lutte, pour ne voir que le résultat pratique des événements accomplis. Les actes du comité de l’Hôtel-de-Ville sont plus ou moins inconstitutionnels ; mais à l’heure des révolutions, bien des illégalités s’imposent.
La constitution de la municipalité de la capitale, celles des grandes villes de la France sont, en résumé, plus qu’un progrès social, c’est une victoire remportée sur le gouvernement arbitraire et personnel. Paris et les cités de second ordre ne seront pas livrés à la discrétion d’administrateurs officieux qui, pour plaire au pouvoir et pour servir son despotisme, chargeaient naguère encore les contribuables d’impôts iniques dont l’emploi n’était ni justifié, ni justifiable.
Si, de ce côté du détroit, nous nous montrons aussi accommodants, c’est que nous aussi, nous défendrions énergiquement nos franchises municipales.
Cependant, nous attendrons la mise en œuvre pour nous prononcer sur le résultat pratique de la reconstitution du conseil chargé d’administrer la ville de Paris.
— La presse anglaise constate que le mouvement démocratique s’accentue chaque jour davantage.
Vendredi, l’immense salle d’Old Street réunissait chefs et soldats de l’armée radicale. Il s’agissait de discuter l’opportunité de l’ouverture d’un club républicain dans la ville de Londres. Le président de l’assemblée qui comptait environ 1 500 individus, appartenant presque tous à la classe ouvrière, a fait d’abord sa profession de foi. Il constate le progrès des aspirations démocratiques dans l’opinion publique. Radical sans arrière-pensée, il pense, toutefois, que des concessions doivent être faites aux mœurs locales. Le principe monarchique héréditaire n’a, dit-il, d’autres adhérents que les intéressés directs. Birmingham, Newcastle, Nottingham et autres grands centres de population, ont ouvert chacun leur club républicain. Ce n’est point une guerre ouverte que le parti radical se propose de déclarer au pouvoir existant ; il veut faire l’éducation des masses et les amener à constituer, sans secousse, le gouvernement populaire.
Après cet exposé, fort applaudi, un comité a été nommé afin d’ouvrir au plus tôt le club républicain de Londres.


ALLEMAGNE

Le Nouvelliste de Hambourg affirme que le chancelier fédéral a invité à différentes reprises le gouvernement français à rendre les navires allemands capturés, en le menaçant, en cas de refus, d’en faire l’objet d’un nouveau dédommagement, dans la conclusion définitive de la paix.
— Il y a depuis quelques jours à Berlin une députation des industrielles de l’Alsace, venus pour présenter les vœux du pays relativement à la réorganisation projetée. Cette députation se compose de MM. Sangewald, président du tribunal de commerce, et Richard, de Strasbourg, du comte Dirckheim, de MM. Montmartin, ancien préfet et membre du conseil général, Herrenschmidt et Nestel, maire d’Hagueneau. Le prince de Bismarck et l’empereur ont reçu ces messieurs à différentes reprises, et on les a invités à la fête du Reichstag, à laquelle ils ont assisté au château impérial. Dimanche, un certain nombre de membres du Reichstag donne un dîner en l’honneur de la députation.
(Gazette de Cologne.)


Le journal de Constantinople, la Turquie, propose, dans un appel chaleureux, une souscription universelle en faveur de la France. Nous extrayons de cet appel les passages suivants :
« Elle n’est pas éloignée, six mois à peine, l’époque où la France, centre de l’Occident, brillait de toute sa splendeur de son génie, de sa civilisation, de sa puissance que des siècles de rayonnement lui avaient acquise. Six mois ont-ils pu effacer des siècles de gloire ? Six mois de revers ont-ils abaissé la nation française au niveau des romains de la décadence et des Grecs du Bas-Empire ? Non. Blessée, la France est tombée sur le champ de bataille perdant à flots son sang, mais elle est toujours la fille des soldats de Fontenoy et des penseurs de l’Encyclopédie. Du fond des ruines amoncelée sur la France, du sein de cette humiliation qu’un ennemi implacable a voulu lui infliger, naît chez tous les peuples une sympathie plus grande, plus rayonnante en faveur de cette nation qui a versé son sang pour toutes les nobles causes, qui a tiré constamment l’épée pour les opprimés contre les oppresseurs.
« En ce moment, tous les yeux convergent sur elle pour la voir, dans ses jours d’épreuve, occupée de sa réorganisation, et tournant ses forces vers une rénovation qui intéresse le progrès. Aujourd’hui, le grand courant civilisateur s’est ralenti. La France est à terre ; son industrie est désorganisée, son administration est à refaire ; ses finances sont épuisées, et elle a 5 milliards à payer. Elle est riche, dira-t-on ; oui, elle est riche et elle payera ; mais au prix de quels sacrifices ! Cinq milliards ! Dette écrasante pour une nation, obole pour l’univers. Cinq milliards ! presque rien pour les peuples mus par une même pensée. Et pourquoi ne se cotiseraient-ils pas, tous ceux qui ont regardé la France comme le flambeau de la civilisation ? Pourquoi, en échange de toutes les merveilles qu’elle leur a prodiguées, de toutes les lumières qu’elle a répandues, de toutes les découvertes dont elle a été l’initiatrice, pourquoi le monde entier, qui en a largement bénéficié, ne viendrait-il pas acquitter aujourd’hui une dette légitime de reconnaissance en contribuant à exonérer la France d’une charge aussi lourde ?
« Fait sans précédent, cette manifestation serait la protestation de tous contre la force, et l’affirmation solennelle de l’amour de l’humanité pour le droit ! Quel triomphe pour la justice si notre voix étant entendue, on voyait de toutes parts, dans la littérature, dans la presse, dans les salons, dans les administrations, dans les ateliers, des souscriptions s’ouvrir pour payer la rançon de celle qu’on appelle la France, mais dont le nom est : Fraternité.
« Puisse notre appel avoir de l’écho. Puissent nos confrères de toutes les parties du monde se joindre à nous et répéter : Souscription universelle. »


ITALIE

On nous écrit de Rome, le 23 mars 1871 :
M. Gadda, commissaire du roi à Rome, a décidément rapporté, de son excursion à Florence, l’ordre de pousser avec toute l’activité possible les préparatifs du transfert de la capitale. Les hommes du gouvernement italien ne manquent pas de flair et d’habileté. Ils aperçoivent des points noirs à l’horizon. Les cabinets commencent à s’occuper de Rome et du pape. L’Autriche vient d’adresser à l’Italie, à ce sujet, une note assez accentuée. Partout la marée montante du mouvement catholique menace de déborder les gouvernements. En France, M. Thiers passe, dit-on, pour être un vieil ennemi de l’Italie, surtout de l’Italie à Rome, et il se forme, dans l’opinion publique, un courant très anti-italien.
Sans doute, il y a loin des représentations de la diplomatie, de cette diplomatie qui n’a rien su ou rien pu empêcher, en Italie, à une intervention matérielle dans les affaires de la péninsule. Sans doute, si le gouvernement de Victor-Emmanuel a des adversaires dans la question de Rome, il a aussi des alliés. Sans doute, aussi, la France n’est guère en faveur de la convention du 15 septembre 1864.
Néanmoins on est inquiet à Florence, plus inquiet qu’on ne l’avoue. Voilà pourquoi, l’autre jour, M. Visconti-Venosta a déclaré en pleine Chambre qu’il sera impossible d’éviter l’immixtion des puissances étrangères dans la affaires de Rome en ce qui concerne la loi sur les garanties offertes au pape par l’Italie, et l’on n’a pas oublié les cris qu’a poussés l’opposition à cette nouvelle. Voilà pourquoi encore, après de longs tâtonnements, on a résolu de pousser activement les préparatifs du transfert. On sait par expérience, à Florence, toute la puissance d’un fait accompli. Et en effet, ce transfert effectué, la cause du pouvoir temporel des papes serait bien gravement compromise.
Toute la question est donc de savoir si le transfert de la capitale consolidera l’annexion de Rome.
En attendant, des masses d’ouvriers travaillent jour et nuit, y compris le dimanche, aux sièges provisoires du sénat et de la Chambre. A chaque instant, nous apprenons que de nouveaux employés sont arrivés de Florence avec leurs familles.
— Il n’y a pas eu de démonstrations le 19, fête de Garibaldi et de Mazzini. La police n’a pas voulu pousser à bout les papalins.
Plusieurs garibaldiens de Rome viennent d’arriver de France et racontent leurs exploits dans les cafés. On ne leur permet pas de porter la chemise rouge.
Il y a à Rome et dans la province une foule de fondations pieuses (luoggi pii), le gouvernement italien veut les soustraire à la direction du clergé, au moins celles qui n’ont pas le caractère d’institutions étrangères. Il a demandé un état du personnel et des revenus de chacune d’elles, et menace d’employer la force pour l’obtenir, si on le lui refuse. Par ordre du pape, les fondations obéissent, mais en protestant, contre l’immixtion du pouvoir civil et en spécifiant qu’elles ne cèdent qu’à la menace.
— On a célébré à Milan l’inauguration du monument de Beccaria. Grands discours pour l’abolition de la peine de mort, entre autres un discours du prolixe Démosthène italien, M. Mancini : on a conclu à l’abolition universelle. En attendant, le projet du code civil maintient dix cas de peines de mort.


PRINCIPAUTES DANUBIENNES

Un incident semblable à celui de Zurich vient de se produire à Bucarest. Le 22, pendant que les Allemands de cette ville fêtaient l’anniversaire de la naissance de l’empereur Guillaume, la salle où ils étaient réunis a été envahie, et même démolie au dire d’une dépêche, après une lutte dans laquelle il y a eu plusieurs blessés.
Le consul général d’Allemagne présidait à cette fête si brutalement et si odieusement troublée.
Cette affaire a motivé immédiatement la démission des ministres et du préfet de police. Elle pourra bien raviver les idées d’abdication du prince Charles, sans compter les satisfactions que nécessairement exigera l’empire d’Allemagne.
On assure que la Porte a appelé l’attention des puissances garante des Principautés sur la nécessité de prendre des mesures pour rétablir l’ordre à Bucarest.


FAITS DIVERS

Versements reçus par la Caisse d’épargne de Paris, du mardi 21 au lundi 27 mars, de 1 002 déposants dont 38 nouveaux, 27 765 fr.
Remboursements effectués la semaine dernière à 1 609 déposants, dont 213 soldés, 79 870 fr. 89 en espèces, 4 200 en bons du Trésor.


La coupe des douleurs, nous écrit-on de Strasbourg, ne sera pas longtemps épuisée pour nous, les martyrs et les victimes volontairement sacrifiées de cette fatale guerre.
Chaque jour apporte sa nouvelle part à nos souffrances.
Une des plus cruelles et des plus poignantes qui pouvaient nous être réservées, c’était d’assister au retour de nos frères prisonniers.
Dans quel abîme de sombres réflexions, dans quel découragement, dans quel désespoir nous plonge la vue de ces malheureux revenant pâles, amaigris, courbés par la tristesse, la maladie et les privations, vous ne pouvez guère le comprendre. Il faut être ici, voir tous ces visages de femmes baignés de pleurs, toutes ces figures d’hommes contractées par un orage intérieur, il faut éprouver nos sentiments, il faut comprendre la profondeur et l’étendue de notre misère pour se faire une idée de l’immensité du mal moral dont souffre cette population.
Après les six et sept mois de captivité endurés par nos soldats et nos volontaires, nous les voyons depuis quelques jours revenir par petits groupes dans leurs foyers, dans leurs anciennes garnisons, chez des parents et des amis.
Rentrer en France était leur rêve, ils auraient tout oublié, eux les victimes de l’ignorance et de la félonie des chefs, leurs angoisses, leurs maux, leur douleur d’avoir perdu tant de camarades, s’ils n’avaient pas trouvé leur patrie déshonorée.
C’est la tête haute et avec la ferme résolution d’aider la France à se relever dignement en mettant à son service le dévouement le plus absolu, qu’ils comptaient revenir dans leur pays, tandis que c’est la mort dans l’âme, la honte au front qu’ils reparaissent timidement dans ce Strasbourg, qui eût dû être leur première étape en France.
C’est le cœur saignant que nous voyons ces pauvres soldats en uniformes déchirés, souillés, incomplets, à l’aspect morne et hâve, longer craintivement les rues, tandis que les Prussiens se pavanent insolemment dans des voitures découvertes, riant aux éclats, narguant la foule et insultant à sa douleur.
La population s’en venge bien, savez-vous comment ? Elle accueille à bras ouverts nos malheureux soldats, et malgré la dure charge des garnisaires allemands, c’est à qui en amènera un ou plusieurs chez lui, à manger à sa table et coucher dans sa chambre. Dans la rue on dédommage nos pauvres frères de l’armée de la vue de Prussiens sur un sol jadis français par la sympathie qu’on leur témoigne ; la vue d’un soldat français, d’un pantalon rouge, comme dit naïvement le peuple, fait battre le cœur à chacun, aussi veut-on montrer le visage le moins triste possible à ces infortunés.
Quelquefois même, les sentiments nationaux font explosion en dépit de la prudence ; c’est ainsi que l’on affirme que, dimanche soir, il y avait un très gros attroupement près de la gare où venaient de débarquer quelques centaines de nos pauvres prisonniers. L’effusion était touchante, l’on comprenait du regard ce que l’émotion empêchait quelquefois d’exprimer, lorsqu’un vieux chevronné, dans un moment de douleur et de désespoir, saisit le sabre d’un des Prussiens qui s’était permis de se mêler aux groupes, et lui aurait peut-être fait un mauvais parti, mais il fut promptement désarmé par des soldats allemands, qui alors le maltraitèrent ; l’indignation de la foule devint de l’exaspération, lorsque les Prussiens mirent la main suer quelques personnes qui protestaient en faveur de nos soldats.
Les cris de : Vive la France ! A bas les Prussiens ! retentirent de tous côtés, et dans la tombée rapide de la nuit, il y eût peut-être une collision sanglante, regrettable à tous égards, car nous n’osons pas encore oublier que les canons sont toujours braqués sur la ville.
A quand la fin de toutes ces épreuves ?
Je voudrais bien que les hommes qui ont voté la paix soient contraints à partager notre vie pendant quelques mois, ils comprendraient alors peut-être tout ce qu’il y a de honte et de douleur dans ce fait de dénationaliser, à son corps défendant, une population aussi patriotique que celle qu’ils ont livrée à la Prusse.


On lit dans le Pungolo, de Naples, du 13 mars :
Hier, dans la journée, le Vésuve a lancé sur les campagnes environnantes une telle quantité de cendres que les pâturages étaient devenus presque nuisibles aux bestiaux ; puis il s’est apaisé tout à coup, après avoir entendre de fortes détonations. Pendant la nuit, la fumée même a cessé. Cela n’a pas empêché de nombreuses sociétés d’étrangers de se rendre, dans les premières heures de la soirée au pied de la montagne, du côté de l’Atrio del Cavallo, pour voir la lave à demi-éteinte. Longtemps on a vu parcourir en tous sens à la lueur des torches, des gens traversant des localités escarpées et périlleuses.
On a déploré ces jours-ci, la mort d’un imprudent qui s’était aventuré sans guide vers le cratère, au moment où l’éruption était dans toute sa force. Il a été jeté à terre, probablement pendant l’ascension, par une des pierres ardentes qui roulaient en quantité du haut de la montagne ; avant qu’on ait pu le secourir, il était la proie de la lave, qui coulait lentement de ce côté.


Le steamer anglais Stromboli est sorti du port du Havre hier matin, à destination de Liverpool.
Il avait à son bord un grand nombre de soldats ayant fait partie de l’armée de Garibaldi.
Tous ces militaires, qui sont Américains, étaient venus offrir leur concours à la République française à l’époque de la guerre.
Le plus vif enthousiasme régnait sur les quais lorsque le Stromboli se mit en mouvement pour partir.
Au moment où ce steamer traversait le pont Notre-Dame, des bouquets furent envoyés à bord par un grand nombre de spectatrices, qui agitaient leurs mouchoirs en faisant des signes d’adieu aux braves volontaires.
Les vaillants garibaldiens, fort émus par ces témoignages de reconnaissance, poussèrent à plusieurs reprises les cris de Vive la République ! chaleureusement répétés par les nombreuses personnes que le départ du navire avait attirées.


Dans la ville de Bologne, en Italie, se publie depuis 1814 un journal hebdomadaire humoristique, intitulé la Rana (grenouille).
En 1867, après les visites des souverains de l’Europe à l’Exposition de Paris et lorsqu’on croyait généralement que ce rapprochement des divers potentats allait ouvrir une nouvelle ère de paix dans le monde, la Rana publiait dans son numéro 52, du 27 décembre, un calendrier-caricature représentant Napoléon III comme tenant la paix et la guerre entre ses mains, et marquant au-dessus de chacune des douze heures du cadran, les douze phases par lesquelles avait passé et devait encore passer le règne de l’ex-empereur des Français.
Après avoir indiqué à la première heure la République de 1848, à la deuxième, la Présidence, à la troisième, le coup d’Etat du 2 décembre, sur laquelle se trouve l’aiguille marquant les heures, il arrive à la dixième heure sur laquelle se trouve l’aiguille marquant les minutes et qui indique l’occupation de Rome. A la onzième heure est indiquée la guerre avec la Prusse, et à la douzième, la chute de l’Empire.
La prédiction de notre confrère d’Italie s’est amplement confirmée.


La première loge maçonnique a été inaugurée, ces jours-ci, à Rome. Ce fait est d’une certaine importance, quand on pense à la dernière encyclique du pape, au concile et à l’infaillibilité de Pie IX


Un grand bateau, dit toue, qui avait failli sombrer par suite d’une voie d’eau près de Meudon, avait été ramené sur la berge afin d’être radoubé. On venait de le dresser sur sa sole et de l’étançonner, la quille en l’air à une certaine hauteur. Ceux qui avaient exécuté cette opération commençaient à s’éloigner, quand un craquement se fit entendre.
A ce bruit indiquant la rupture des étais répondit un cri terrible ; il était poussé par la dame D…, qui venait de voir sa petite fille âgée de cinq ans, mue par la curiosité, courir du côté du bateau.
Les spectateurs s’élancèrent ; mais ils ne purent arriver que pour relever le corps de l’enfant, que cette masse énorme avait instantanément écrasé.


Le Courrier agenais raconte ainsi l’arrestation d’un forçat évadé de Cayenne :
La gendarmerie de Casteljaloux vient de faire une importante capture en mettant la main sur un forçat échappé de Cayenne.
Ce bandit de la pire espèce, à peine âgé de trente ans, est déjà connu comme un héros légendaire.
Né à Tonneins, il raconte lui-même sa fuite avec une sorte de forfanterie : après avoir poussé au large une forte embarcation montée par vingt-cinq autres condamnés, dans une rixe survenue en mer, sept d’entre eux ont été tués.
Lundi soir, cet homme, d’une force herculéenne et d’une rare habileté, se présentait chez le sieur Traouquet en qualité de chiffonnier ; reçu avec défiance, il a hardiment fait parade d’un revolver à quatre coups et déclaré qu’il voulait tuer son frère, sa femme et son enfant.
Le brigadier prévenu surprend à l’improviste ce dangereux malfaiteur, mais il a fallu tous les gendarmes pour l’emmener en prison. Une foule de curieux a entendu ses menaces ; mais dans la nuit, la surprise a été grande, à la vue des menottes brisées, des serrures ébranlées, et d’une grosse pierre arrachée de la muraille à l’aide des barres de fer qui supportaient le lit. Une heure de plus et la cage était vide.


Un singulier marché a été conclu à Gora Koperzyka, en Bohême :
Un habitant de cet endroit, un certain François Sapeta, possédait entre autres antiquités une femme qui avait plus d’expérience que de charmes. Sapeta, qui n’est pas un archéologue fanatique, caressait depuis longtemps l’idée de se défaire de son trésor, lorsqu’une de ses connaissances, un monsieur Ochab, se présenta très à propos, pour l’aider à réaliser son rêve. M. Ochab lui offrit dans les derniers jours du carnaval dix florins sonnants, s’il voulait lui céder sa femme. L’affaire conclue, M. Ochab, qui, pour le moment, n’était pas en fonds, donna, en guise d’arrhes, un florin de papier, et il fut arrêté aussitôt les neuf florins restants payés, Mme Sapeta passerait en la possession de l’acheteur. Quelques jours plus tard ; M. Ochab se présenta chez le vendeur, paya la somme convenue et se disposa à prendre possession de la femme qui lui appartenait de droit. Cependant, Mme Sapeta qui, probablement avait ouï parler de l’abolition de la traite des esclaves en Europe, et qui semble avoir quelques notions de droit constitutionnel, appuya sa résistance d’un argument en forme de fourche, au moyen duquel elle persuada à l’acheteur de vider les lieux d’un pas accéléré.
M. Ochab déposa entre les mains du juge de paix une plainte contre le vendeur et réclama le double des arrhes payées, parce que Mme Sapeta n’aurait pas livré la marchandise, ainsi qu’il était convenu. Le juge de paix, jurisconsulte consommé s’il en fût, ordonna à Mme Sapeta de rendre les arrhes à M. Ochab, mais il condamna ce dernier à une amende de trois florins au profit des pauvres, pour achat de marchandise suspecte. Le juge ne défendit pas la vente ultérieure de la dame Sapeta, convaincu qu’il était que ce vieux tendron du beau sexe ne trouverait plus d’autres amateurs.


Hier, dit le Daily Telegraph du 24, l’administration de la poste a annonce l’interruption des communications télégraphiques en suite d’un nouveau tremblement de terre. Ces troubles apportés au service régulier semblent la suite des secousses constatées hier et avant-hier sur divers points.
Nous apprenons par un télégramme de Plymouth qu’à 8 h. 30 m., la nuit dernière, une secousse trois fois renouvelée, de deux minutes en deux minutes, a eu lieu simultanément à Plymouth et à Davenport.
Sur plusieurs points du Lancashire, pendant la nuit de jeudi, on a ressenti plusieurs oscillations.
A Preston, des éclairs ont accompagné le tremblement de terre. Le vent était très variable, soufflant tantôt au nord, tantôt à l’ouest.
La même nuit, Landudno a ressenti vers huit heures cinq minutes une violente secousse. Le sol et les maisons tremblaient. Un bruit semblable à une décharge d’artillerie se faisait entendre à un intervalle de deux à trois minutes. Le phénomène s’est renouvelé à deux heures du matin, mais avec moins d’intensité. La mer était calme, mais le ciel se montrait chargé de nuages, d’où partaient de fréquents éclairs.


Dans une crémerie du faubourg Saint-Antoine venait chaque matin prendre son repas un jeune garçon de quatorze à quinze ans, nommé Emile D…, apprenti graveur, de l’extérieur le plus honnête et mis avec une grande propreté.
Avant-hier, ayant quelque chose à chercher dans son logement particulier situé à l’entresol, le maître de l’établissement laissa l’apprenti seul, en le priant de l’appeler, s’il venait quelqu’un.
Dans le cours de la journée, il s’aperçut qu’une vingtaine de francs et un porte-monnaie de maroquin vert manquaient dans le tiroir-caisse de son comptoir. L’idée ne lui vint pas de soupçonner de ce vol un habitué aussi fidèle, un jeune garçon d’une physionomie aussi avenante qu’Emile D…
Avant-hier matin, en arrivant à son heure habituelle, l’apprenti fut pris d’un éternuement. Il tira précipitamment son mouchoir, et le porte-monnaie vert que, par une inexplicable imprudence, il avait gardé dans sa poche après l’avoir dérobé, sauta sur le comptoir.
La preuve du vol était flagrante. Le crémier saisit au collet le larron et appela des gardes nationaux qui l’arrêtèrent.
Questionné sur les motifs de sa mauvaise action, le jeune garçon a répondu qu’il étudiait le dessin pour devenir artiste, et qu’il avait pris cet argent, afin d’acheter les modèles qui lui manquaient.
Cette explication n’a pas paru devoir excuser son méfait, et l’arrestation a été maintenue.


Un assez grand rassemblement s’était formé avant-hier matin au bord de la Seine, à proximité du pont d’Austerlitz ; il était occasionné par un événement assez bizarre.
Un homme d’une quarantaine d’années, bien mis, essayait de faire baigner son chien, qui paraissait avoir peu de goût pour les exercices aquatiques. Comme l’animal, après maintes hésitations, refusait positivement de tenter l’aventure, il le prit par la peau du cou et le lança dans le fleuve.
A peine dans l’eau, le chien se retourna vivement et revint vers le bord. Mais la berge étant en cet endroit revêtue d’une muraille presque à pic, il fit d’inutiles efforts pour remonter. Son maître se coucha afin de lui tendre la main. Malheureusement il se pencha d’une façon si exagérée, qu’il perdit l’équilibre et tomba.
Deux mariniers, qui travaillaient non loin de là, accoururent promptement, lui tendirent une perche et parvinrent à le retirer sain et sauf, ainsi que son chien.
Une fois en sûreté, le monsieur se palpa, et au lieu de manifester sa joie de se voir sauvé de la mort, donna des marques de grand désespoir.
Questionné, il répondit qu’au moment où il se penchait pour aider son chien à remonter, son porte-monnaie, placé dans la poche de côté de son paletot, avait glissé dans l’eau.
C’est en voulant le ressaisir qu’il était tombé lui-même.
Un gamin, sans autre vêtement qu’un pantalon de toile bleue et une bretelle de lisière, offrit d’aller chercher le porte-monnaie.
— Va, dit le monsieur, tu auras une bonne récompense !
Le gamin pique une tête, plonge à diverses reprises, et après avoir excité, en tardant à reparaître, l’inquiétude des assistants, se montre tout ruisselant, tenant triomphalement à la main le porte-monnaie, qu’il rapporte à son propriétaire.
Mais avant de le lui remettre, il s’arrête et tend l’autre main.
Le monsieur avait confié aux assistants que son porte-monnaie contenait 850 fr. tant en billets de banque qu’en or et argent, et, comme il avait promis une bonne récompense, on attendait l’effet de sa générosité. Aussi un murmure d’indignation s’éleva-t-il dès qu’on le vit tirer de la poche de son gilet et offrir au gamin qui avait risqué sa vie une pièce de vingt sous.
Le gavroche allait peut-être accepter quand un survenant s’écria :
— On t’offre vingt sous ; je t’en donne quarante, si tu rejettes ça à l’eau.
Le monsieur s’élança ; mais, plus prompt, le gamin renvoya le porte-monnaie dans la rivière.
— Combien donnez-vous maintenant pour le repêchage ? demanda-t-on au propriétaire de l’objet.
— Cinq francs.
— Ce n’est pas assez.
— J’irai jusqu’à dix.
— Mettez en quinze.
Le marché fut conclu ; le gamin replongea et rapporta le porte-monnaie.
Quelques instants après, il payait à boire, dans un cabaret voisin, aux spectateurs de l’événement.


On lit dans l’Avenir de Vichy :
Dans la nuit de lundi à mardi, un violent incendie a dévoré tout un corps de bâtiment aux Chabannes, commune de Vesse. L’alarme n’a pas été jetée assez vite dans la population de Vichy, et quand la foule, se précipitant en masse, est arrivée sur le lieu du sinistre, une grande partie de la maison s’était déjà effondrée dans les flammes.
Une femme avait été carbonisée.
Un sous-officier de l’hôpital militaire, un brave et digne garçon, un homme de dévouement, M. Marchal, a, le premier, pénétré dans la maison embrasée, et, se dirigeant à tâtons parmi les tourbillons de fumée et de flammes, saisit le cadavre.. Il regrettait amèrement de ne pas avoir été prévenu à temps. Au moment où il arrivait au pas de course sur le lieu de l’incendie, cette malheureuse femme avait déjà cessé de vivre.
Nous citerons également la conduite de M. Ramin, maire de Vesse, qui a fait preuve en cette circonstance d’énergie, d’intelligence et d’activité.


Le premier train d’essai vient de parcourir d’un bout à l’autre la ligne de la Roche-sur-Yon (Napoléon-Vendée) à Bressuire, appartenant à la compagnie des chemins de fer de la Vendée. Ce train était occupé par les ingénieurs du contrôle de l’Etat, chargés de procéder à la réception de la ligne, accompagnés du président et des ingénieurs de la compagnie.
Le chemin de la Roche-sur-Yon à Bressuire s’étend sur une longueur de 85 kilomètres environ ; il traverse le département de la Vendée et une partie du département des Deux-Sèvres. A la Roche-sur-Yon, il se raccorde à trois lignes : celle qui vient des Sables-d’Olonne, appartenant à la compagnie de la Vendée ; celle de la Roche à Nantes, appartenant à la compagnie d’Orléans, et celle de la Roche à la Rochelle, qui fait partie du réseau de la compagnie des Charente. A Bressuire, il trouve, dans la gare où il aboutit, deux tronçons appartenant à la compagnie d’Orléans, l’un dirigé vers Niort, l’autre vers Angers.


Le bataillon des mobiles du Pas-de-Calais, qui se trouvait au havre et devait se rendre par étapes, de cette ville à Arras, y est arrivé hier soir par chemin de fer, devançant ainsi de plusieurs jours la date fixée par l’autorité militaire.
D’après l’itinéraire qui leur avait été tracé, nos mobiles devaient passer par Eu et se rendre d’Eu à Abbeville. Dès leur arrivée à Eu, ils reçurent de l’autorité allemande l’ordre de rendre les honneurs militaires aux troupes allemandes qu’ils rencontreraient sur leur route.
Le commandant, pour éviter à ses troupes cette humiliation, par crainte aussi peut-être d’un conflit, les dirigea sur Saint-Valery-sur-Somme, d’où un train les conduisit directement à Arras.


Nous apprenons que le citoyen Turpin, du comité d’initiative du 18e arrondissement, victime des gendarmes, le 18 mars 1871, sur les buttes Montmartre, est décédé le 27, à une heure.
L’enterrement civil aura lieu, le mercredi 29 à midi précis.
Réunion : hospice Lariboisière.


Le Grand-Hôtel, qui avait été réquisitionné d’urgence pour un service public, est aujourd’hui complètement évacué et rendu à sa destination industrielle.


TRIBUNAUX

A l’audience du 22 mars de la justice de paix du 4e arrondissement, M. Fontaine (de Melun), ayant a statuer sur le refus de payement par un locataire des termes de juillet à octobre 1870, et janvier 1871, a rendu le jugement suivant :
En ce qui touche le loyer échu en juillet :
Attendu que, échu et dû conséquemment avant les événements politiques, ce terme de loyer est incontestablement exigible et que le locataire ne peut, à aucun titre et sous aucun prétexte, en refuser le payement, le tribunal, jugeant en dernier ressort, le condamne à en payer le montant, soit la somme de cinquante francs, avec intérêts du jour de la demande en justice.
Mais en ce qui touche les loyers échus en octobre et en janvier :
Vu les malheurs publics et eu égard aux circonstances, le tribunal dit qu’il y a lieu de faire droit, quant à présent, sur ce chef de la demande et déclare surseoir à y statuer.

VARIETES

LES ARMES À TIR RAPIDE

Les fusils Remington

Le type simplifié, sinon l’idée première, des armes de cette catégorie se retrouve dans l’arme de salon du système Flobert que tout le monde connaît.
Il n’existe que très peu d’armes à clapet, appliquées à l’usage de la guerre, qui aient jusqu’ici mérité une attention sérieuse, et l’on eût pu croire que ce système n’avait d’autre destinée possible que de servir de moyen de passe-temps agréable et instructif à la jeunesse désireuse de s’initier aux exercices du tir, si une individualité marquante dans cette famille n’était arrivée dans ces derniers temps à un degré de notoriété, qui nous engage à nous y arrêter et à donner sur cette arme les éléments d’appréciation qu’a fournis l’expérience qui en a été faite depuis quelques années.
L’arme à laquelle nous faisons allusion est le fusil du système américain Remington que quelques pays en Europe, notamment le Danemark et la Suède, et en Orient l’Egypte, ont, comme on le sait, adopté pour leur armement.
Nous ne pouvons mieux faire pour donner notre opinion sur cette arme que de reproduire ici quelques appréciations puisées dans divers écrits sur ce sujet et avec lesquelles concordent complètement nos propres observations :
« L’arme Remington est d’une construction simple, mais qui repose sur un principe faux, en ce sens que le calcul agit sur le fond du clapet dans la ligne du canon, c’est-à-dire au-dessus du véritable point de résistance, lequel se trouve dans l’axe de rotation de la culasse mobile, il en résulte que la force du gaz qui tend à ouvrir l’obturateur agit en bras de levier et conséquemment avec un effort d’autant plus puissant.
« Comme la résistance résulte de l’arc-boutement des deux pièces, le clapet et le chien, qui viennent s’enchevêtrer l’un dans l’autre, il arrive que, par suite de la rouille produite par l’humidité, par l’action du gaz et par les fréquents nettoyages qui en sont les conséquences, l’arc-boutement destiné à maintenir la fermeture de la culasse cesse d’être parfait et insensiblement finit par donner lieu à un porte-à-faux de la cartouche dans l’écart du clapet, produit par l’usure des surfaces d’arc-boutement.
« D’où il suit que la cartouche pourra, par suite de ce porte-à-faux, crever au bourrelet, et donner lieu conséquemment à des fuites de gaz très incommodes pour le tireur ; de plus, le choc répété du clapet finit par provoquer sa rupture ou celle du chien même, en exposant alors la vie du soldat.
« Ces circonstances expliqueraient les accidents relativement nombreux qui ont lieu avec les deux fusils : le Remington et le Laidley ou Chick, tous deux construits sur le même principe, aussi bien en Europe qu’en Amérique.
« Ainsi au Canada, à Montréal, en septembre 1866, un corps de volontaires Canadiens, à qui on voulait donner des carabines Remington, s’est refusé à s’en servir, l’arme ayant fait explosion lors des expériences : aux essais à Springfield (E.-U.), les modèles Remington ont également éclaté plusieurs fois, et pendant les trois mois qu’a siégé la commission, le fusil a dû être reconstruit, renforcé et modifié à diverses reprises : au commencement de 1867, un accident du même genre a eu lieu à Birmingham, avec un fusil Laidley, et a déterminé la mort du tireur, le sieur M. Farland, mécanicien de M. Remington : en fermant la culasse, avant d’avoir lâché la détente, le percuteur a produit l’inflammation de la cartouche par suite de ce que celle-ci était trop large pour entrer facilement dans la chambre : le tireur essaya de fermer le clapet et en le forçant l’explosion a eut lieu.
« En Autriche, un fait absolument semblable eut lieu à Vienne, et le lieutenant Kereb ; membre du comité d’artillerie, qui en a été la victime, a été grièvement blessé à la main et a dû passer six semaines à l’hôpital et subir deux opérations très douloureuses. A liège, en Hollande, etc., des accidents analogues se sont également produits sans avoir heureusement des conséquences aussi graves. »
Ces détails sont en partie puisés dans des études publiées dans le New-York Herald, du 12 octobre 1866, et dans le journal de Vienne Der Kamerad Nos des 4 décembre 1866, 9 et 12 avril 1867.
Le mécanisme du fusil Remington est beaucoup trop délicat pour offrir les garanties de solidité qu’une arme de guerre doit nécessairement présenter. La platine est exposée à la pluie et aux intempéries de l’air ; elle se dégrade facilement et il est nécessaire de nettoyer souvent les pièces intérieures. A cet effet, il est indispensable de démonter le mécanisme et de démontage fort difficile exige le secours d’un étau.
La batterie mobile, servant d’obturateur, se meut en avant et en arrière dans le même sens que le chien, d’où il résulte que celui-ci doit être armé au cran de bande avant que l’arme puisse être chargée.
Là réside un défaut du système, que l’on retrouve également dans bon nombre d’autres armes et sur lequel on ne peut assez attirer l’attention par rapport aux accidents qui trop fréquemment en sont le résultat.
De plus le mode de rejet de la cartouche tirée est fort insuffisant, — l’extracteur ne fait que ramener la douille quelque peu en arrière, ce qui rend nécessaire le secours des doigts pour la saisir et la rejeter avant l’insertion dans la chambre de la cartouche nouvelle.
Enfin, la fabrication du fusil Remington est difficile et délicate, — elle exige beaucoup de précision dans l’ajustage des axes de rotation et en dernière analyse, la solidité du mécanisme ne s’obtient qu’à la condition d’une perfection pour ainsi dire absolue dans l’exécution d’atteindre dans une fabrication courante même se faisant par les moyens mécaniques les plus complets, et qui devient impossible à plus forte raison dans une fabrication à la main.
Ce point, on le reconnaîtra, est d’une grande importance pratique, car il n’est pas indif

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