PHILIPPE SURET CANALE N’EST PLUS

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Chers amis, chers camarades,

Philippe Suret-Canale nous a quittés hier, en milieu d’après-midi. Hospitalisé à Cochin, les dernières nouvelles qu’il m’avait données de lui étaient plutôt rassurantes. Le 23 avril, il m’annonçait son départ possible en rééducation « pour remarcher ». Puis son état s’est brutalement dégradé.

Philippe avait vu le jour en 1936, l’année des grandes grèves ouvrières au terme desquelles furent arrachées des conquêtes sociales essentielles : la semaine de quarante heures et les congés payés. Cette circonstance a dû laisser une empreinte très forte chez lui : Philippe a toujours été du côté du progrès et de l’amélioration du sort des hommes. Sans dogmatisme aucun, parce qu’il avait l’esprit parfaitement libre. Cette liberté se manifestait par un humour de tous les instants qui faisait rire les plus austères. La grande culture qu’il avait acquise et sa belle profession de graveur de médailles l’avaient constamment nourrie.

Philippe avait donc tout naturellement rejoint la fédération des Hauts-de-Seine de la Libre Pensée, il y a déjà de longues années. Il en a tenu parfaitement les comptes pendant plusieurs d’entre elles. Il égayait les assemblées générales annuelles et les banquets organisés en commun avec la fédération de Paris pour l’anniversaire de la décollation de Louis Capet, ci-devant roi de France puis des Français.

Philippe avait ainsi placé ses pas dans ceux de son frère aîné, Jean Suret-Canale, célèbre historien français. Le hasard du calendrier faisant bien les choses, je lui avais adressé, à la fin de l’année 2019, la copie d’une lettre figurant dans le dossier conservé par l’IRELP du congrès national de la Libre Pensée de 1949 par laquelle les responsables du groupe rennais recommandaient à André Lorulot et Jean Cotereau une intervention auprès du ministre de l’éducation nationale en vue de réparer une injustice dont Jean avait été victime.

Voici cette lettre1 :

LETTRE ADRESSÉE PAR LE GROUPE RENNAIS DE LA LIBRE PENSÉE À ANDRÉ LORULOT ET JEAN COTEREAU

(Source : dossier d’archives relatif au congrès national du Mans de 1949)

Rennes, le 20 mars 1949

Nous sommes particulièrement peiné de constater ce qui arrive à notre camarade Suret-Canale, un très bon et vrai camarade Libre Penseur depuis le 13 juillet 1946.

C’était un jeune professeur au Lycée de Rennes, qui s’est marié peu après son adhésion et parti à Brest. Pas de groupe à Brest. Il part ensuite à Dakar, toujours en liaison avec nous et très généreux.

Nous ignorons le fond de l’incident, mais nous voulons considérer qu’il y a là une injustice flagrante dont nous nous indignons.

Il y a eu dans le passé des « Francisco Ferrer » et dans une République démocratique et Union française, la Liberté de Pensée ne doit-elle pas exister. Nous venons de connaître Madagascar etc…2

La CGT est-elle légal ou non ! FO et la CFTC le sont-elles également.

Il faut une intervention d’urgence près du ministre de l’Éducation Nationale voir la Ligue de l’enseigt … adresser un manifeste. L’on me connaît comme socialiste dont je ne suis plus beaucoup satisfait de la collaboration cléricale, mais là en libre penseur, soyons indignés de tels procédés.

Cet article que je te joins vient de paraître dans l’Ouest Matin.

[…]

Notre Fédération nationale comme la Ligue des droits de l’Homme doit intervenir devant toute injustice en réclamant la réparation du préjudice subi.

Signature illisible

La fédération des Hauts-de-Seine de la Libre Pensée et moi-même adressons nos sincères condoléances à la famille de Philippe.

Le président,

Dominique GOUSSOT

1 L’orthographe a été conservée.

2 Je suppose qu’il s’agit des massacres de 1947.