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Le Conseil d’Administration de l’IRELP s’est réuni le 12 septembre 2020

Convoqué régulièrement, le CA s’est tenu au siège de la FNLP, la salle de réunion de l’IRELP n’étant pas adaptée. En plus des administrateurs, étaient présents les membres de la commission de contrôle nouvellement élue.

Dans son rapport, le Président a rappelé que longtemps, il a fallu résoudre la contradiction entre le fait que la Libre Pensée soit plus vieille association de ce pays, et ait été la dernière à se doter d’un centre de recherches. Cette phase est terminée depuis le CA de septembre 2018.

Si nous attendions depuis quelque temps à un choc majeur (du type « crise économique »), la forme de ce choc (pandémie, confinement, crise économique) nous a, évidemment, surpris. Mais tout ce qui dépendait de nous a été effectué et l’IRELP n’a pas été affecté par le confinement. Il n’y a aucune outrecuidance à le dire. Notre strict plan de travail a été retardé seulement « de cinq semaines » comme cela a pu être écrit. Seule ombre au tableau, la question du Congrès international de Madrid de 2020 reporté ainsi que les activités internationales en relations avec ce Congrès. Par ailleurs, nous enregistrons un nombre de cotisations inégalé en 2020, ce qui est signe de très bonne santé.

Nous avons édité les Actes du colloque 2019, un an après la tenue du dit colloque.

L’ouvrage Histoire de Libre Pensée est un succès éditorial et financier incontestable : Le 2e tirage est presque épuisé, il faut donner mandat au bureau pour les modalités du 3e tirage.

L’organisation du local a enregistré un progrès spectaculaire (les photos n’en rendent pas pleinement compte).

Le Colloque des 13 et 14 mars 2021 (Paris) pour le 150e anniversaire de la Commune de Paris se prépare.

Il nous faut réfléchir aux moyens d’expression, notamment Recherches & Etudes, qui fonctionne avec deux numéros par an, un thématique, un varia. Au printemps, nous avons décidé que le numéro d’octobre soit consacré aux épidémies/pandémies.

La discussion, particulièrement riche et instructive, a mis en relief différents points.

Tout d’abord, il faut se féliciter du CA « new look » et de sa composition incluant des professionnels de la recherche ; une dimension et une forme nouvelles de notre réflexion s’en sont suivies.

Si la revue papier doit continuer (« tout doit exister »), il est indispensable qu’elle soit accessible sur Cairn (site de revues en ligne sur lequel on peut acheter des articles), c’est une vitrine obligée ; en outre, elle est gratuite dans les facultés et permet donc d’être en contact avec les étudiants. L’inscription sur d’autres sites comme Calenda ou Carnet Hypothèses doit être soigneusement étudiée (ce qui implique une personne pour donner vie à cela). La meilleure qualité de la maquette de la revue a été soulignée.

Nous avons un fonds (archives, publications, livres) qu’il faut exploiter et faire connaitre. Car il s’agit, certainement, des archives les plus importantes au monde sur la Libre Pensée. Paradoxalement, le travail de classement a été plus significatif cette année.

Il va falloir poursuivre les entretiens/interviewes en les distinguant de visio-conférences avec des auteurs ou des conférenciers, de manière telle que l’échange avec le public puisse être possible.

Plus généralement, l’IRELP a gagné sa place comme Institut mais il nous faut toujours réfléchir à comment ouvrir, nous faire connaitre, etc.

Nous avons plusieurs moyens d’expression qu’il faut différencier en sachant que le public est toujours différent (et donc qu’il faut nous adresser différemment à ces publics différents) : Recherches & Etudes, le site (qui est la vitrine de l’IRELP, pas plus mais pas moins), les vidéos et conférences, la lettre d’informations (la plus factuelle possible), Liaisons (lettre électronique d’argumentation).

La Bibliothèque doit fonctionner avec la confection d’une base de données.

Il faut trouver à chaque fois la personne idoine.

Le Président a conclu cette discussion. Toutes les suggestions sont prises en considération en vue de leur réalisation. Un vote unanime s’en est suivi afin que le bureau « mette en musique » les propositions du CA.

Un point particulier a été, logiquement, consacré aux finances et il a été donné quitus à la trésorière par vote unanime.

La réunion s’est terminée comme prévu à 12h 15.

Suite à un article publié dans la revue 20&21, Annie Lacroix-Riz fait valoir son droit de réponse

Nous publions ici le droit de réponse d’Annie Lacroix-Riz publié dans la revue 20&21 à un article précédent de cette revue. Le droit de réponse étant strictement réglementé (et tant mieux), on peut estimer que si publication de cette réponse il y eut, c’est que les termes normaux d’une critique historique n’avaient pas été respectés. ==> lire la réponse d’Annie Lacroix-Riz

Présentation du livre ” Une histoire de la Libre pensée ” par Quentin Dauphiné, dans “Révolution permanente”

Télécharger l’article de Quentin Dauphiné

 

Sur Collectif, coord. Louis Couturier, Christian Eyschen, Jean-Marc Schiappa, Histoire de la Libre Pensée, IRELP, 2019.


L’IRELP (Institut de Recherches et d’Etudes de la Libre pensée), a édité une Histoire de la Libre pensée.
En France, pour les militant.es la « Libre pensée » renvoie avant tout à l’évocation d’une organisation laïque : la FNLP (Fédération nationale de la Libre pensée). Cet ouvrage nous rappelle utilement que la réalité est plus polysémique, et donc plus riche. Il prend le parti de défi nir la Libre pensée ainsi : elle n’est pas une doctrine, mais une méthode.
Qui dit méthode, dit méthode d’explication du monde et de la société : autrement dit, le rationalisme, et en tout cas la démarche d’explication de la réalité sociale et physique sans faire appel à une divinité ni à un texte révélé.
Cela étant, il est nécessaire deux distinguer deux éléments quand on parle de « libre pensée », c’est quelque part le sujet central de ce livre :
– une attitude philosophique et intellectuelle, impliquant la remise en cause des dogmes dominants et des pouvoirs en place ;
– un courant militant organisé, dont on peut dater l’apparition du milieu du 19e siècle même s’il a pris des formes variées depuis.
Le livre en question nous montre le passage – ou plutôt la superposition – entre ces deux dimensions, ce qui l’amène à se centrer plus spécifiquement sur la situation française : la France est un des pays où la libre pensée a pu jouer un rôle majeur, notamment lors de la mise en place d’une laïcisation à peu près complète des institutions (loi de Séparation de 1905).
Une Libre pensée dont les thématiques d’action sont fortement imprégnées de la Révolution française.
Un aspect important de l’ouvrage est de faire entrevoir – ce sont plus des moments-clefs qu’une narration continue – les grands débats de la Libre pensée française face aux événements ayant déchiré le 20e siècle et le 21e siècle débutant : une histoire heurtée, pas toujours rectiligne ni glorieuse. Du basculement de nombreux libres penseurs dans l’Union sacrée, en passant par le soutien accordé au Front populaire puis la rupture avec ce dernier, les luttes d’après 1945, concentrées sur la défense de la laïcité scolaire (le fameux slogan « fonds publics pour l’école publique, fonds privés pour l’école privée ») et de la loi de 1905, jusqu’à l’indépendance difficilement acquise face au gouvernement «socialiste» de 1981…,
le livre se termine sur une note positive et prudemment optimiste, finissant par embrasser le début de l’année 2020. On aurait aimé que les termes de certains débats internes – qui relèvent aussi de débats plus généraux dans le mouvement ouvrier – soient présentés plus
explicitement. Ainsi la scission des années 1990, ou même les remous internes plus récents comme lors de la scission du trotskysme « lambertiste », assez bien représenté parmi les « cadres » de la Libre pensée française.
Des éléments seraient aussi à creuser. Par exemple l’entrecroisement entre mouvement ouvrier (notamment l’anarchisme), franc-maçonnerie (républicaine bourgeoise) et travail d’émancipation intellectuelle face aux préjugés de la société bourgeoise (cf. le rôle des femmes libres penseuses) : c’est à peu près la seule organisation qui peut ouvertement revendiquer des sensibilités idéologiques allant de l’anarchisme jusqu’aux républicains radicaux (le pilier de la « gauche » sous la 3e République). Si la séparation « définitive » (sachant que l’Etat capitaliste cherche toujours à intégrer le mouvement ouvrier quand il ne le réprime pas) entre mouvement ouvrier et bourgeoisie prend corps lors de la seconde moitié du 19e siècle et se matérialise dans le sang avec la répression de la Commune, comment analyser une telle conjonction dans une organisation ? Cela est-il porteur de sens et de perspectives ? Une figure comme celle de Ferdinand Buisson, dont le rôle majeur est rappelé y compris dans l’élaboration de la loi de Séparation, semble apporter une réponse affirmative à ces questions ; mais lui-même, n’a-t-il pas basculé dans l’Union sacrée en 1914 ?
Finalement, ce livre apporte d’utiles éclairages, même si bien entendu on peut discuter telle ou telle affi rmation. Et surtout – ce qui est sans doute un de ses buts – il donne en envie d’en savoir davantage sur cette Libre pensée qui provoque des cauchemars parmi les
plus obscurantistes des dignitaires catholiques.


Quentin DAUPHINÉ

PHILIPPE SURET CANALE N’EST PLUS

Chers amis, chers camarades,

Philippe Suret-Canale nous a quittés hier, en milieu d’après-midi. Hospitalisé à Cochin, les dernières nouvelles qu’il m’avait données de lui étaient plutôt rassurantes. Le 23 avril, il m’annonçait son départ possible en rééducation « pour remarcher ». Puis son état s’est brutalement dégradé.

Philippe avait vu le jour en 1936, l’année des grandes grèves ouvrières au terme desquelles furent arrachées des conquêtes sociales essentielles : la semaine de quarante heures et les congés payés. Cette circonstance a dû laisser une empreinte très forte chez lui : Philippe a toujours été du côté du progrès et de l’amélioration du sort des hommes. Sans dogmatisme aucun, parce qu’il avait l’esprit parfaitement libre. Cette liberté se manifestait par un humour de tous les instants qui faisait rire les plus austères. La grande culture qu’il avait acquise et sa belle profession de graveur de médailles l’avaient constamment nourrie.

Philippe avait donc tout naturellement rejoint la fédération des Hauts-de-Seine de la Libre Pensée, il y a déjà de longues années. Il en a tenu parfaitement les comptes pendant plusieurs d’entre elles. Il égayait les assemblées générales annuelles et les banquets organisés en commun avec la fédération de Paris pour l’anniversaire de la décollation de Louis Capet, ci-devant roi de France puis des Français.

Philippe avait ainsi placé ses pas dans ceux de son frère aîné, Jean Suret-Canale, célèbre historien français. Le hasard du calendrier faisant bien les choses, je lui avais adressé, à la fin de l’année 2019, la copie d’une lettre figurant dans le dossier conservé par l’IRELP du congrès national de la Libre Pensée de 1949 par laquelle les responsables du groupe rennais recommandaient à André Lorulot et Jean Cotereau une intervention auprès du ministre de l’éducation nationale en vue de réparer une injustice dont Jean avait été victime.

Voici cette lettre1 :

LETTRE ADRESSÉE PAR LE GROUPE RENNAIS DE LA LIBRE PENSÉE À ANDRÉ LORULOT ET JEAN COTEREAU

(Source : dossier d’archives relatif au congrès national du Mans de 1949)

Rennes, le 20 mars 1949

Nous sommes particulièrement peiné de constater ce qui arrive à notre camarade Suret-Canale, un très bon et vrai camarade Libre Penseur depuis le 13 juillet 1946.

C’était un jeune professeur au Lycée de Rennes, qui s’est marié peu après son adhésion et parti à Brest. Pas de groupe à Brest. Il part ensuite à Dakar, toujours en liaison avec nous et très généreux.

Nous ignorons le fond de l’incident, mais nous voulons considérer qu’il y a là une injustice flagrante dont nous nous indignons.

Il y a eu dans le passé des « Francisco Ferrer » et dans une République démocratique et Union française, la Liberté de Pensée ne doit-elle pas exister. Nous venons de connaître Madagascar etc…2

La CGT est-elle légal ou non ! FO et la CFTC le sont-elles également.

Il faut une intervention d’urgence près du ministre de l’Éducation Nationale voir la Ligue de l’enseigt … adresser un manifeste. L’on me connaît comme socialiste dont je ne suis plus beaucoup satisfait de la collaboration cléricale, mais là en libre penseur, soyons indignés de tels procédés.

Cet article que je te joins vient de paraître dans l’Ouest Matin.

[…]

Notre Fédération nationale comme la Ligue des droits de l’Homme doit intervenir devant toute injustice en réclamant la réparation du préjudice subi.

Signature illisible

La fédération des Hauts-de-Seine de la Libre Pensée et moi-même adressons nos sincères condoléances à la famille de Philippe.

Le président,

Dominique GOUSSOT

1 L’orthographe a été conservée.

2 Je suppose qu’il s’agit des massacres de 1947.