Quand l’Histoire nous aide à avancer

Hostile à toute forme de dogmatisme, fondée sur la méthode du libre examen et éloignée de l’esprit de secte si répandu, la Libre Pensée prend sa source dans la lointaine Grèce ancienne, émerge comme association en 1847, à la veille de la Révolution de 1848 qui inaugure le Printemps des peuples en Europe, et surmonte, tout au long de son histoire, plusieurs crises qui auraient pu être lui être fatales, à la suite des coups meurtriers que lui assènent ses ennemis tant extérieurs, comme en 1940, qu’intérieurs, comme à de nombreuses reprises depuis le début du XXe siècle. Recrue d’ans et d’épreuves, elle demeure néanmoins d’une jeunesse éblouissante et d’une vitalité étonnante.

Peu soucieuse de regarder en arrière pendant bien trop longtemps, son fringant institut de recherche, l’Institut de recherche et d’études de la Libre Pensée (IRELP), vient de lui rendre l’immense service de se retourner vers son passé, en publiant un ouvrage collectif intitulé Histoire de la Libre Pensée, afin qu’elle observe mieux l’image de son visage sans ride et persiste contre vents et marées à combattre les dogmes de tous ordres dont le carcan empêche l’humanité de s’émanciper complètement. Comme Amédée Jacques (1813-1865), ce normalien qui fonde la revue littéraire et philosophique La Liberté de pensée en 1847, aujourd’hui encore les libres penseurs sont « […] les défenseurs de la souveraineté absolue de la raison » et considèrent qu’est leur « ennemi » « […] tout ce qui porte ombrage à la liberté de penser […] ».  Le congrès national de la Fédération nationale de la Libre Pensée d’août 2019 s’inscrit toujours dans les pas d’Amédée Jacques : « […] une camisole de force est passée sur la pensée, c’est-à-dire sur le droit de réfléchir par soi-même, de ne pas être d’accord, de le dire, de le faire savoir, de dialoguer, d’écouter, d’argumenter » comme le démontre la résolution Sommes-nous libres ?

Histoire de la Libre Pensée est incontestablement un ouvrage important en ce qu’il donne la parole aux libres penseurs d’hier et d’aujourd’hui pour mettre au jour leur passé et les aider à avancer vers l’avenir. Non seulement il comble une lacune mais servira longtemps de référence pour lire les pages encore obscures du présent immédiat. Le lecteur y entendra des voix amies, disparues, comme celles de Ferdinand Buisson, Émile Noël, André Lorulot ou Marc Blondel, ou toujours fortes, comme celles des autres auteurs. Ces voix me parlent le doux langage de la liberté de l’esprit et m’invitent à déjouer le piège que Victor Hugo dénonce dans Les Châtiments : « Un jour, Dieu sur sa table / Jouait avec le diable / Du genre humain haï ; / Chacun tenait sa carte ; L’un jouait Bonaparte, / L’autre Mastaï1 / […] / – Prends ! Cria Dieu le père, / Tu ne sauras qu’en faire ! / Le diable dit : – erreur ! / Et, ricanant sous cape, / Il fit de l’un un pape, / De l’autre un empereur. »2

1  Nom de famille de Pie IX.

2  Jersey, juillet 1855.




” Une mémoire algérienne “, un nouveau livre de Benjamin Stora

Une Mémoire algérienne
Benjamin Stora

Nous vous recommandons vivement la lecture de la somme publiée par Robert Laffont dans la collection « Bouquins » sous le titre « Mémoire algérienne » de Benjamin Stora.

L’auteur a été Professeur des universités et Président du Musée national de l’histoire de l’immigration.

Le titre du recueil est des plus judicieux car Benjamin Stora est connu et reconnu comme le spécialiste incontournable de l’histoire algérienne, notamment de cette triple guerre : une guerre coloniale livrée par la France, une guerre nation

aliste menée par les indépendantistes 

algériens, et une guerre civile entre Algériens, et entre Français, du fait de la forte présence démographique et sociale de ces derniers sur le territoire algérien qui s’enchevêtre, se superpose et se confond mais qu’il est nécessaire de comprendre dans la nuance et le détail, ce qui est le cas.

Il y a unité du sujet qui est l’histoire algérienne avant et après 1954 mais une des forces de l’ensemble est que les différents points de vue sont examinés avec la rigueur de l’historien sans que l’humanité indispensable à la rédaction (donc à la lecture) y perde.

Au moment où le peuple algérien, une fois de plus, écrit l’Histoire, cet ouvrage est des plus utiles : les textes écrits dans le passé s’inscrivent dans une continuité et dans une réflexion à long terme. Ils ne sont pas écrits dans l’urgence et la parution de l’ensemble ajoute encore à l’étude nécessaire de ce millier de pages.

Ajoutons et cela a son importance, pour lui comme pour nous, que Benjamin Stora partage les valeurs et les combats de la Libre Pensée et de ses animateurs.

A lire et à faire lire.

Christian Eyschen, Secrétaire général de la Fédération nationale de la Libre Pensée.
Jean-Marc Schiappa, Président de l’Institut de Recherches et d’Etudes de la Libre Pensée.




Note de lecture M. Vovelle octobre 2018

Mémoires vides ou perdues, Essai sur l’Histoire et le souvenir
par Michel Vovelle


Michel Vovelle nous convie à faire le tour du propriétaire, un peu comme dans « La Bataille du bicentenaire » ou, sous une forme différente et théorisée, dans « De la cave au grenier ». C’est, ici, un aller-retour, un dialogue entre Histoire et mémoire et, d’emblée, l’auteur nous avertit de toute sa méfiance envers le « devoir de mémoire ». Il nous livre cet essai sur « des souvenirs personnels, voire intimes, évoqués sans trop de complaisance, encore que parfois sollicités » (p. 182)

 

Lire la note de lecture complète parue dans La Raison N° 635