Discours au banquet du XXe anniversaire de l’IRELP

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« Il ne peut y avoir que des réponses momentanées et diversifiées

qui, toutes, ininterrompues vont dans le même sens

mais qui, pour autant, ne constituent pas une réponse finie. »

Discours au banquet du 22 juin 1019

« Chers amis, chers camarades,

Nous sommes entre nous et c’est un repas d’anniversaire ; autant de raisons de nous féliciter et de nous réjouir.

En corse, on dit « ci campenù ». Chacun remarquera la proximité avec le « Gaudeamus » rabelaisien.

Un anniversaire et quel ! Les vingt ans de l’IRELP.

Je ne gloserai pas sur la symbolique forte de la vingtaine d’années qui va du classique éloge de l’amour printanier au nostalgique et amer reproche de Paul Nizan.

Mais les institutions, car l’IRELP est une institution, n’est-ce pas ?, ne fonctionnent pas au rythme des hommes. Je ne dis pas que cela est bien ou que cela est mal, c’est simplement un rythme, une respiration autre ; peut-être même un appétit autre. Un être humain peut être rassasié et nous espérons l’être à la fin de la soirée. Une intelligence humaine – et l’IRELP n’est rien d’autre qu’une intelligence humaine organisée – ne peut jamais être repue.

Au sortir du colloque de mars 2008, nous pouvions clamer non sans orgueil : « La démarche historique n’a de sens que dans son propre dépassement, son mouvement permanent dans lequel chaque moment prépare le suivant qui va le dévorer.

L’esprit humain ne peut fonctionner que de cette manière.

L’équilibre est mortel.

Le mouvement, la contradiction ne le sont pas.

C’est dans un tel développement de positions et de négations successives, superposées, entremêlées que l’intelligence accède à la plénitude que Hegel compare à l’orgie bachique faite de désordre apparent et de sérénité accomplie. »

Notre fête en appelle d’autres ; notre anniversaire n’est pas tombal.

Certes, nous ne pouvons, ce serait à la fois présomptueux et indécent, spéculer sur l’avenir. Je rappelle souvent la phrase du libre-penseur Victor Hugo « l’avenir est un fantôme aux mains vides qui n’a rien et promet tout ». Nous n’avons pas vraiment rien et nous ne promettons pas tout.

Pour les autres éléments marquants de cet anniversaire, il y a le Livre d’Or avec 20 messages d’amis, dont certains sont ici, et 20 textes jalonnant notre activité et le livre de synthèse sur l’histoire de la Libre Pensée ; cela, d’un certain point de vue, est déjà inscrit. Pour ainsi dire, cela fait presque partie du passé. Ce qui ne signifie nullement que les conditions concrètes de la réalisation de l’un et de l’autre soient vulgaires ou subalternes. Je n’en dirai pas plus, ne voulant sacrifier à Hermès, le dieu grec des commerçants et … des voleurs. Vous connaissez toutes et tous l’état des finances de l’IRELP.

Aujourd’hui, nous avons réfléchi ensemble sur la diversité des convictions et sur l’unité des appartenances dans la Libre Pensée. Même s’il est beaucoup trop tôt pour avoir assimilé le contenu des riches messages et interventions de ce jour, et que la lecture des Actes nous donnera encore plus à réfléchir et à agir, parce que réfléchir sans agir n’est guère utile, nous pouvons très présomptueusement avancer deux pistes, parmi certainement beaucoup d’autres.

En cette fin de journée de juin peut-être n’est-il pas indifférent de convoquer une autre journée de juin que j’imagine, le soleil se couchant, semblable à la nôtre, mais qui a vu l’exécution par la soldatesque nazie d’un certain nombre de résistants, au nombre desquels l’immortel historien Marc Bloch. Ce dernier écrivait « le doute méthodique est d’ordinaire le signe d’une bonne santé mentale ». Cela est vrai et cela est le signe distinctif de l’humanité, bien plus que la station verticale. Sans doute méthodique, pas d’humanité. Ce doute philosophique est le point de départ et la raison de vivre de la Libre Pensée : le refus de la chose que l’on présente comme établie, intangible et immuable. L’existence organisée de la Libre Pensée est le signe de la bonne santé mentale de l’humanité, au moins dans ses aspirations et dans ses espérances.

Et c’est ici que le message de ce colloque doit nous inquiéter, sinon nous tourmenter, du moins nous préoccuper, même s’il dépasse très largement la situation individuelle de chacun d’entre nous ici, quelque soit son pays et quelque soit sa responsabilité ou sa place : comment l’unité dans la Libre Pensée peut-elle vivre avec la diversité des convictions ? Si cette unité n’est possible que dans la plus extrême diversité, si une unité sans diversité ne donne que l’unanimité des cimetières, et que la solidité d’une arche n’est possible que par la présence, en quelque sorte, active, interactive, de chacune de ses parties, que l’absence ou la dilution d’une composante annihile l’ensemble, comment faire ? Il est facile, ô combien, d’appeler à la diversité mais la pratiquer demande un quotidien exigeant. Ce n’est qu’une question et elle n’appelle pas de réponse ce soir, non pas pour interdire l’échange entre nous tous et qui sera fructueux assurément, mais parce que cette question n’appelle pas de réponse uniforme ; il ne peut y avoir que des réponses momentanées et diversifiées qui, toutes, ininterrompues vont dans le même sens mais qui, pour autant, ne constituent pas une réponse finie. Si la réponse était finie, il n’y aurait plus de place pour le doute méthodique.

Pour cette quête, il nous faut un outil.

Dans le colloque a circulé et circule ce soir, un projet d’appel international visant à aider la plus intense coopération scientifique et historiographique qui doit se mener dans et pour la liberté de recherches sur le plan qui est le nôtre, celui de la Libre Pensée. Cela est écrit mais cela doit être souligné : personne n’est en concurrence avec personne. La situation monopolistique interdit le doute méthodique. Je vous demande de réserver le meilleur accueil possible à cet appel. »

Quand l’Histoire nous aide à avancer

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Hostile à toute forme de dogmatisme, fondée sur la méthode du libre examen et éloignée de l’esprit de secte si répandu, la Libre Pensée prend sa source dans la lointaine Grèce ancienne, émerge comme association en 1847, à la veille de la Révolution de 1848 qui inaugure le Printemps des peuples en Europe, et surmonte, tout au long de son histoire, plusieurs crises qui auraient pu être lui être fatales, à la suite des coups meurtriers que lui assènent ses ennemis tant extérieurs, comme en 1940, qu’intérieurs, comme à de nombreuses reprises depuis le début du XXe siècle. Recrue d’ans et d’épreuves, elle demeure néanmoins d’une jeunesse éblouissante et d’une vitalité étonnante. Continuer la lecture de « Quand l’Histoire nous aide à avancer »

Tournage d’un documentaire sur Madeleine Pelletier

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Interview à propos de Madeleine Pelletier

Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis chargée de production dans l’audiovisuel et je travaille en collaboration avec des réalisateurs de documentaires depuis un certain nombre d’années.

L’histoire du documentaire sur lequel je travaille actuellement, c’est celle d’un coup de foudre pour une femme extraordinaire que j’ai découverte il y a de cela maintenant quatre ans grâce à la lecture d’un article de presse. Madeleine Pelletier (1874-1939), petite fille misérable devenue première femme interne en psychiatrie par la seule force de sa volonté, autodidacte, militante politique de gauche, féministe « intégrale », pionnière du droit à l’avortement. La lecture de cet article a été un déclic, le point de départ de mes toutes premières recherches. À partir de là, plus j’en apprenais sur Madeleine Pelletier, plus j’avais envie d’en savoir sur elle. J’ai acheté mes premiers livres, compulsé tout ce que je trouvais sur internet

Alors pourquoi ne pas me lancer à mon tour ? Tout naturellement, l’idée de lui consacrer un documentaire est née et j’ai commencé à écrire mon sujet. Un peu plus tard, j’ai fait la connaissance de Christine Bard, historienne spécialiste de l’histoire des femmes, à qui j’ai parlé de mon projet. Son adhésion immédiate m’a confortée dans l’idée que ce documentaire était fédérateur. Et puis il y a eu mon amie Laurence qui m’a fait un magnifique cadeau en acceptant d’incarner Madeleine Pelletier à l’image.

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